‹ De la cécité des couleurs dans ses rapports avec les chemins de fer et la marineChapitre 14 sur 19 · Coup d'oeil sur les principes généraux de la méthode · texte numérisé non relu

Coup d'oeil sur les principes généraux de la méthode

Au point de vue de la théorie, notre méthode se rapproche le plus de celles de Seebeck et de Maxwell, car elle se base sur la comparaison entre différentes couleurs. Elle cherche donc immédiatement à découvrir la ])ercei3tion chromatique du sujet sans prêter attention aux noms qu'il donne aux couleurs, car, en général, il ne lui est pas nécessaire de désigner ces noms. Notre méthode se rapproche le plus de celle de Seebeck, en ce qu'elle n'exige pas d'appareil spécial pour produire les nuances nécessaires à l'examen : elle suppose qu'il se trouve d'avance une provision d'objets de différentes couleurs. Elle s'accorde encore avec cette méthode en ce que, loin de permettre au sujet, comme celle de Maxwell, de rester passif et de n'émettre son jugement que sur la ressemblance ou la dissemblance entre les nuances indiquées, elle le force lui-même à faire son choix entre ces nuances et par conséquent à révéler par un acte la nature de son sens chromatique.

Mais au point de vue de l'application pratique, notre méthode diffère essentiellement de celle de Seebeck. Cette dernière fournit assurément, dans un certain sens, un résultat plus complet que la nôtre en ce qu'elle exige que le sujet classe complètement, d'après leurs ressemblances ou dissemblances réciproques, les nombreux objets diversement colorés qui lui sont soumis. Il peut donc en résulter un tableau complet de tout sou système de couleurs. Notre

métliode, an contraire, demande que le snjet cherclie, parmi une grande quantité d'objets diversement colorés, ceux qni senls ressemblent à la couleur de l'échantillon que lui montre l'examinateur. La diiférence est évidente. La méthode de Seebeck est sans aucun doute préférable, lorsqu'il s'agit d'étudier la nature de la cécité des couleurs dans son ensemble, c'est-à-dire tant que celle-ci est encore inconnue. Sa méthode fournit alors une idée plus complète que la nôtre de la nature de la cécité des couleurs. Mais pour notre but actuel, il ne s'agit au fond que de découvrir un vice dont nous connaissons d'avance toute la nature. Notre mission pratique est donc évidemment de chercher, si possible, un seul signe certain qui puisse nous faire atteindre ce but par le chemin le plus court.

Si l'on peut découvrir une seule preuve qui trahisse le vicié aussi sûrement que s'il déroulait à nos regards tout son système de couleurs, cette méthode doit être incontestablement préférée à l'autre, car elle conduit au but beaucoup plus vite et plus facilement. C'est le cas de notre méthode. Loin de nous naturellement la pensée de nier en général la valeur d'une exploration complète, mais nous voulons dire qu'elle jjeiit parfois être superflue. Elle peut convenir fort peu à l'intérêt pratique, s'il faut la payer par une grande perte de temps et elle peut même être préjudiciable en ce qu'elle peut cacher sous une foule de détails ce qui est essentiel, en un mot nous empêcher de »voir la ville à cause des maisons». Tout cela peut s'appliquer à la méthode de Seebeck lorsqu'on a en vue le but que nous poursuivons ici. Notre méthode, en revanche, cherche à saisir aussi rapidement que possible un ou deux caractères essentiels en négligeant tous les autres. Une seule plume caudale suffit pour faire connaître le paon, une seule fleur ou un seul fruit la plante d'où ils sont arrachés, et pour reconnaître un homme on a généralement besoin de ne voir que la figure. Ce n'est que lorsque le visage est défiguré pour une cause quelconque, ce n'est que lorsque les fleurs, les fruits ou les plumes caudales font défaut, qu'il faut en certains cas recourir à d'autres caractères.

Notre méthode repose sur ces principes ; aussi ofii'e-t-elle la même certitude que celle de Seebeck. Mais, pour ce qui est du temps nécessaire pour eflectuer l'épreuve, elle se rapporte à celle du savant allemand à peu près comme une minute à une heure. Cela peut sembler très-indifférent au premier coup d'œil, mais, en réalité, c'est d'une importance immense au point de vue pratique, quand il s'agit d'examiner une multitude de personnes

successivement. Un simple calcul nous montre en effet que l'exploration réclamant un jour d'après notre méthode, exigerait deux mois, si l'on employait celle de Seebeck.

Il est juste de reconnaître que c'est en réfléchissant aux résultats acquis par l'emploi de la méthode de Seebeck et en suivant la théorie Young-Helmholtz, ainsi que les principes que nous avons indiqués au sujet de ce qu'on doit exiger d'une méthode pratique, que nous sommes arrivé à formuler notre propre méthode, telle que nous allons l'exposer en détail dans ce qui suit. Nous reconnaîtrons aussi qu'elle est très-sim^^le et facile à trouver; mais nous croyons également que c'est souvent le cas de tout ce qui est pratique et utile et que la simplicité offre un grand avantage. Nous avons préféré cette méthode, parce qu'elle nous semble plus que toute autre remplir les conditions de sûreté, de rapidité et de commodité que nous avons montrées nécessaires à une méthode pratique. Le seul inconvénient notable, que d'ailleurs elle partage avec la plupart des autres, c'est qu'elle exige la lumière du jour. Elle ])eut certainement être employée à la lumière artificielle (la lumière électrique, celle du magnésium, certains agencements de lumière de lampe pourvue de verre bleu), mais elle y perd beaucoup.

Après ce rapide aperçu des principes généraux de la méthode, nous allons rendre compte de ses détails, et nous ne manquerons pas de citer, en général, les raisons pour lesquelles nous avons, entre plusieurs possibilités, choisi telle ou telle manière de procéder.

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