‹ De la cécité des couleurs dans ses rapports avec les chemins de fer et la marineChapitre 2 sur 19 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dans plusieurs mémoires précédents \ j'ai traité de la cécité des couleurs sans jamais perdre de vue le côté théorique de ce singulier phénomène. Mais ce sujet ne laisse pas que d'avoir aussi une grande

. importance pratique, car non-seulement cette affection du sens de la vue donne lieu tous les jours à de fâcheux inconvénients dans les différents domaines des sciences, des arts et de l'industrie, mais elle peut encore être la cause des accidents les plus graves sur les chemins de fer et sur mer. L'attention publique a été attirée sur ce côté de la question par des travaux scientifiques, ou bien par des sinistres, et, à en juger par certains faits que nous rapportent les journaux ou les livres, on semble aujourd'hui plus généralement convaincu de la nécessité de contrôler sérieusement le sens des couleurs parmi les marins et les employés de chemins de fer, afin de garantir les communications contre ce danger caché auquel on a beaucoup trop peu pris garde. Notre temps est probablement mûr

-2>otii' iiiie réforme à cet égard et il semble qu'il ne manque, pour son a23j)lication générale et immédiate, qu'une méthode pratique, un l^lan réfléchi et une énergique initiative. C'est pour contribuer à combler cette lacune que nous avons entrepris et publié ces pages.

A la Suède revient l'honneur d'avoir pris l'initiative de cette réforme, de sorte qu'un contrôle sévère du sens des couleurs du personnel est exercé sur toutes nos voies ferrées. Cette réforme a été

' Frithiof Holmgren. 1. De la cécité des couleiirs et de la théorie des couleurs de Young-Helmhoitz (en suédois), dans les Actes de la Société médicale d'Upsala, Tol. VI, p. 634.

2. Du périmètre de Fôrstep et de la topographie du sens des couleurs, ibidem, vol. VII, p. S 7 (en suédois).

3. De la théorie de la cécité des couleurs, ibidem, vol. IX, p. 119 & 187 (en suédois).

4. Un cas de cécité des couleurs, ibidem, vol. X, p. 541 (en suédois).

5. Du diagnostic et de la théorie de la cécité congénitale pour les couleurs (en suédois), dans les Archives médicales du Nord, 1874, vol. VI, nos 24 & 28

F. Ilolmgi'en, Céc. des coul. 1

décidée promptement et introduite d'une manière non moins rapide, sûre et conséquente: cela prouve, sans aucun doute, les avantages de la méthode, du plan et des principes d'ailleurs qui ont été suivis et nous permet de conclure que, si ce n'étaient pas les meilleurs qu'on pût imag-iner, il faut les considérer tout au moins comme répondant suffisamment à leur but. Nous sommes donc autorisé, en quelque mesure, à esj)érer que leur publication pourra être de quelque utilité, d'autant plus qu'à notre connaissance il n'existe nulle part de travail traitant à fond cette question.

La connaissance de la méthode d'exploration et des principes qui s'y rapportent n'a été jusqu'ici répandue que par l'exposition orale et l'application devant des médecins et des employés de chemin de fer, dans l'amphithéâtre de physiologie d'Upsal, pendant la dernière partie de l'année 187G. Ce qu'il y a de remarquable, c'est par conséquent que toute la réforme se soit établie en Suède avant que des règles ou certains principes aient été imprimés. Une des causes les plus importantes de ce fait se trouve, comme cela ressort de notre aperçu historique, dans la conviction que nous j^artagions dès l'abord des avantages de la parole sur l'écriture en pareille matière. L'autre raison, c'est que nos résultats ont été obtenus avec une rapidité inattendue et que le temps que nous y avons consacré nous a empêché de publier ce travail avant que la réforme ait été introduite. Si ce fait devait rendre moins indispensable pour le moment la publication de ces travaux, il ne faut pas oublier l'importance et la nécessité d'une direction qui pourra servir dans l'avenir à nos propres chemins de fer aussi bien qu'à l'introduction d'une pareille réforme ailleurs.

Il est évident qu'on peut employer une foule de méthodes autres que celles dont nous avons parlé. Mais s'il devait se montrer que le problème pratique en tout ou en partie peut être résolu en somme d'une manière préférable à la nôtre, notre travail doit tout au moins chercher à soulever des questions qui n'ont jamais été discutées publiquement ou l'ont été d'une manière insuffisante: ce sera peut-être contribuer par là à obtenir plus d'unité et d'ensemble sur différents points essentiels. On ne saurait trop apprécier l'importance d'une pareille unité dans la méthode d'examen, la classification et les principes relatifs au renvoi du personnel; cela importe non-seulement à la science, surtout à la statistique, mais encore au but purement pratique. Ce fait ressort avec plus d'évidence lorsqu'il s'agit du contrôle du sens des couleurs chez les marins. Car toute réforme de ce genre dans le domaine de la marine prend naturelle-

ment mi caractère international. La collision de deux navires de nationalités différentes peut être causée par un seul homme, et il est clair qne si des deux navires qui se rencontrent dans l'obscurité, les mouvements de l'un sont dirigés par un individu atteint de cécité des couleurs, aucune des parties n'a un bien grand intérêt à ce que les vicias ^ soient bannis de l'autre.

Selon nous, on acquerra plus facilement cette unité et en général une connaissance profonde de toute la question, si l'on s'attache strictement à une théorie déterminée du sens des couleurs. L'expérience a justifié suffisamment notre assertion. ISTotre classification comme notre méthode d'examen des viciés se rattache à la théorie Young-Helmhoitz, et nous ne pouvons nous disi)enser d'en rappeler ici les éléments principaux. Cette théorie n'est certainement pas la seule, ni même la dernière qui ait été exposée et fait des partisans, mais c'est à notre sens la meilleure pour le but que nous poursuivons, et on verra qu'elle répond essentiellement à tout ce que, dans un intérêt pratique, on peut être en droit de demander à une théorie. Nous n'avons nullement l'intention d'ailleurs d'essayer de la défendre ou d'en prouver l'exactitude. Nous employons surtout cette théorie pour un usage déterminé, dans la conviction que la théorie est indispensable pour pouvoir résoudre d'une manière systématique et rigoureuse une partie des questions pratiques qui se présentent dans le cas qui nous occupe.

En résumé, le but de cet ouvrage est de donner une notion pratique et claire de la nature de la cécité des couleurs, de son importance pour les chemins de fer et la marine, puis un exposé succinct des principes à suivre et des mesures à prendre pour chercher le plus promi^tement et le plus sûrement à prévenir les accidents qui continueraient à menacer les voyages en chemin de fer et sur mer, si le j^^^rsonnel avait le sens de couleurs défectueux. La raison pour laquelle nous nous occuj^erons ici presque exclusivement des chemins de fer, c'est que la réforme en vue dans ce domaine a déjà été introduite et qu'une riche expérience est déjà acquise. D'ailleurs, il est clair que ce qui s'applique à l'un des domaines j)eut également servir à la navigation, au moins dans tout ce qu'il y a d'essentiel.

La cécité des couleurs, même dans beaucoup d'autres domaines

' Pour la. simplicité du discours, nous rendrons désormais, faute de mieux, par vicié le mot suédois far'jblind, correspondant à l'allemand farben-hlind et à l'anglais colonr-hlind. Comme on le verra par la suite, les termes souvent usités en France de Daltonien et de Daltonisme ne sont pas parfaitement exacts, (Note du traducteur.)

de la vie pratique, amène de sérieux inconvénients, et comme il est désirable que l'examen du sens chromatique soit entrepris sur une g-raude échelle dans les écoles, afin de g-uider dans le choix de la carrière, nous espérons que ce mémoire servira en quelque mesure à ce but: nous serions fort heureux d'ailleurs d'avoir une occasion bien rarement accordée à la physiologie de pouvoir être utile à l'humanité, sans l'entremise de la médecine pratique.

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