Classification des espèces de cécité des couleurs
Dans ce qvii précède nous avons indiqué, conformément à la théorie, les différentes formes de sens défectueux des couleurs auxquelles nous croyons qu'il faille appliquer le nom de cécité des couleurs et qui, par suite de leur nature d'après la théorie, doivent être considérées comme des espèces différentes. On approuvera cette même division, si l'on considère les rapports où elle se trouve avec la méthode suivie pour les découvrir et basée sur la théorie Young-Helmholtz; c'est ce que nous allons exposer.
Pour faire mieux saisir l'ensemble, nous rangerons les différentes espèces de cécité des couleurs sous des rubriques spéciales i^our chacune d'elles. Nous pourrions bien diviser cette cécité en congénitale et acquise, mais comme cette division n'a égard qu'au mode d'origine, mais non à la nature même de cette cécité et n'influe aucunement sur la manière de la découvrir, elle n'a aucune importance pratique pour le cas qui nous occupe. D'ailleurs, notre division se rapporte, comme tout notre mémoire sur cette matière, essentiellement à la cécité congénitale des couleurs. La voici:
Frithiof Holmgren, Mém. IL
I. Cécité totale des couleurs (Total fârgblindhet), daus laquelle la faculté de percevoir les couleurs fait absolument défaut et où le sens visuel par conséquent peut seul saisir la différence entre l'obscurité et la lumière, ainsi que les différents degrés de l'intensité de lumière.
II. Cécité partielle des couleurs (Partiel fârgblindhet), où la faculté de certaines perceptions de couleurs, mais non pas toutes, fait défaut. Elle se subdivise en:
l:o. Cécité comjdète ou ty^nque des couleurs (Fullstàndig ou typisTi: [partiel] fcirghlindhet), où l'une des trois sensations fondamentales, l'un des trois organes percepteurs des couleurs dans la rétine, fait défaut, et où par conséquent le cliamp visuel coloré n'a que deux champs. Ce groupe comprend trois espèces, savoir:
a) la cécité -pour le rouge ^ (rodhlindhet),
b) la cécité pour le vert (gronhlindhet),
c) la cécité pour le violet (violetthlindhet), suivant que l'une ou l'autre des trois perceptions fondamentales fait défaut.
2:o. Cécité incomplète des couleurs ( ofullstdndig fàrghlindhet), où l'une des trois espèces d'éléments ou bien toutes sont inférieures eu excitabilité ou en nombre à celles du sens chromatique normal. La cécité incomplète des couleurs montre, comme le sens normal, trois zones dans le champ visuel, mais s'en distingue par un champ central anomalement petit. Ce groupe comprend toute une série de formes et de degrés différents dont une partie — les degrés supérieurs qu'on pourrait appeler cécité incomplète pour le rouge et cécité incompll'te pour le vert (et cécité incomplète pour le violet) — y forme des transitions aux espèces correspondantes de cécité complète des couleurs, et dont une autre partie — les degrés inférieurs, que nous appellerons sens chromatiqve faible — ^ forme la transition au sens normal des couleurs.
Nous allons montrer plus loin que cette classification, basée entièrement sur la théorie Young-Helmholtz, est parfaitement pratique et conforme à l'expérience. Nous ne connaissons aucune classification qui, tout en distinguant exactement entre les différentes formes essentielles de sens défectueux des couleurs, trace une limite
' Cette espèce de cécité pour les couleurs est la plus connue jusqu'à présent. C'est celle dont Dalton était atteint. Si donc l'on veut se servir du terme Daltonisme pour désigner la cécité des couleurs, il ne faut pas l'appliquer à toutes les espèces, mais uniquement à la cécité pour le rouge.
plus sure, plus tranchée et plus pratique entre le sens défectueux des couleurs et le sens normal.
Pour la classification des différentes formes du sens défectueux des couleurs, on a ordinairement eu égard aux méthodes d'exploration employées et l'on a établi la division d'après celles-ci, bien moins que d'après une théorie du sens des couleurs. Mais en tout cas, on trouve que la classification en usage dans ces derniers temps laisse à désirer, soit en ce qu'une partie des formes du sens défectueux des couleurs n'est pas entrée en compte, soit au contraire parce que même des cas de sens chromatique normal manquant d'exercice ou d'intelligence ont été rangés parmi les espèces de sens défectueux des couleurs.
Comme exemple de la première espèce, il faut mentionner la classification du docteur Stilling qui se base sur la théorie des quatre couleurs primitives, complémentaires deux à deux. D'après lui, il n'y aurait que deux espèces de cécité des couleurs, savoir: ((Rothgriinblindheit» et «Gelbblaublindheit» (la cécité pour le vertrouge et celle du bleu-jaune). Sans vouloir nous permettre de critiquer ici la théorie elle-même, nous ferons simplement remarquer ail point de vue pratique que, d'une part, cette classification ne fait aucune différence entre les diverses espèces de cécité pour le rouge et pour le vert, puisque M. Stilling les range dans une seule, et que, d'autre part, toute la série des formes que nous avons rangées sous la rubrique de cécité incomplète des couleurs échappe à son schème.
Comme exemple d'une classification de la dernière espèce, on peut citer celle qui semble générale en France et qu'emploient le docteur Favre et le docteur Féris. Elle se réduit à peu près à ceci: tous ceux qui donnent de faux noms aux couleurs primitives appartiennent à une classe; ceux qui ne se trompent que sur les nuances, mais non sur les couleurs principales sont rangés dans une autre, et enfin ceux qui à plusieurs reprises éprouvent quelque hésitation à désigner les couleurs forment une troisième classe. Il est clair que cette classification ne donne guère d'idée à proprement parler de la nature des différentes espèces et que la troisième classe doit renfermer une foule de personnes douées d'une vue normale, mais qui ont commis des méj)rises ou ont hésité lors de l'épreuve, par suite d'un défaut d'exercice.