‹ De la célébration dimanche, considérée sous les rapports de l'hygièneChapitre 15 sur 17 · I. Que la présidence, c'est la monarchie · texte numérisé non relu

I. Que la présidence, c'est la monarchie

Tu Tas dit, Cavaignac, et je l'ai entendu de mes oreilles : La France va prouver, par le choix de son président, si klle est républicaine ou non»

Vous croyiez donc^ vous autres, la question de la République résolue par le coup de balai de février? — Pauvres sots I

Vous la croyiez résolue par la manifestation du 17 mars ? — Imbéciles !

Vous la croyiez résolue parles élections d*avril, première aipplicâtion du suffrage universel ? — Insipides !

Vous la croyiez résolue, le S mai, par l'adhésion des plénipotentiaires du Peuple? — Qui? çiessieurs de l'Assemblée nationale? vos représentants? Est-ce qu'ils sont engagés à quelque chose? est-ce qu'ils ont prêté serment?...

Vous croyiez la question de la République jugée, confirmée par le vote de la Constitution? — Mais la Constitution, c'est la question.

La Constitution, vous dîs-je, n'a fait que poser au pays la question de la République. A présent c'est au pays et au paysan à la résoudre. Nous saurons dans six semaines $i la Trance est républicaine ou non!...

Bravo, constituants ! Vous voulez que votre fille demeure vierge, et vous commencez par la marier? Prenez- vous donc la République pour une Victoria, que vous lui mettez pour condition ce qui fera d'elle une monarchie? Et vous prétendez que nous l'aimions, votre matrone ! que nous, fils de la Liberté, nous ayons foi dans sa vertu ! que nous prenions son drap de noces pour notre drapeau ? Avez- vous oublié ce que chantait la Vivandière, au retour de Moscou :

Quand au nombre il fallut céder

La victoire infidèle, Que n'avais-je pour vous guider

Ce qu'avait la Pucelle 1

Ah! citoyens représentants, que votre Constitution se sent des lieux que vous avez fréquentés trop longtemps !... Je veux dire l'école des Chartes , non autre chose. Vous

excitez, dans lè f)ays, la fringale monarchique ; le pa^s vous répondra par une monarchie.

Chaque pays, chaque guise. En France, le Peuple, qui se soucie peu des subtibilités parlementaires, lAds qui a Touïe fine et la langue affilée, le Peuple ne sait, ne comprend qu'une chose : c'est que celui qui commande les autres, qui agit, qui exécute, en un mot qui gouverne, celui-là est le maître de la maison. Et quand on lui parle d'une demoiselle de bonne maison qui a besoin d'un protecteur, d'un ami, pour lui tenir, compagnie, gérer et administrer ses tiens, la conduire dans le monde, veiller sur elle la nuit, le Peuple comprend tout de suite qu'il faut la taarier ! Marion pleure f Marion crie, Marion veut qu'on la marie!

Votre président sera roi, vous dis-je, ou ne sera rien du tout. Et si vous voulez causer un moment, je m'engage à vous le faire voir, clair comme eau de roche.

Vous seriez-vous par hasard imaginé, nos Solons et nos Lycurgues, que le Peuple ayant à marier sa fille, la République, irait lui donner un manant tel que vous ou moi? — Cavaignac, Lamartine, Ledru-Rollin ou Thomas Diafoirus? — Qui, un soldat, un rimeur, un bachelier! président de la République ! Fous que vous êtes ! Est-ce que le Peuple connaît ce monde-là? Est-ce qu'il s'inquiète de leurs galons ou de leurs diplômes?... Ce qu'il faut au Peuple, pour la République, ce qu'il demande, c'est un bon mâle, de forte encolure et de noble race.

Le Peuple s'inquiète peu, croyez-moi, de la distinction du législatif et de V exécutif. L'exécutif, pour lui, c'est tout. Autre sans doute sera le notaire, autre le fiancé. Pourvu que le, président fasse vite et bien, il aura, au jugement du Peuple, assez d'esprit. Sa virilité fera son mérite^ et habet mea mentula mentemi Votre législatif, c'est un eunuque, quelque chose au dessous de rien!

Eh ! dites-moi : Jamais despote manqua-t-il de législations, de constitutions et de traditions pour contenir s^

fougue et modérer sa jeunesse? Cela pourtant ne fit'jamais le moindre tort du despotisme.

Les lois de Moïse, la charte du peuple juif, étaient écrites bien avant qu'ils eussent des rois. Cela n'empêcha point les melks hébreux d'être rois dans toute la force du terme, et rois despotes. Pourtant, les bourgeois dlsraël n'avaient entendu ordonner que la puissance executive ; ils s'étaient réservé le greffe.

La loi des XII tables et toute la Constitution romaine existaient depuis longtemps lorsque vinrent les Césars, qui ne firent qu'ajouter le titre, .ancien dans la République, d'empereur, à celui de consul, que portaient auparavant les chefs du pouvoir exécutif. Les Césars en furent-ils moins des AUTOCRATES, très bons, très pieux, très clémerUs , très augustes, je le veux; mais enfin des autocrates ? Or, Y autocratie, la plénitude de la puissance executive, était la même chose que Y autonomie, la plénitude du pouvoir législatif : les magnanimes empereurs le firent bien voir !

Est-ce que la Russie n'a pas ses institutions, ses lois, ses castes, etc., contre lesquelles lutte depuis deux siècles le génie des Pierre-le-Grand, des Catherine et des Nicolas? — £h bien ! Nicolas, c'est un monarque absolu, un despote.

Croyez-vous qu'en France, avant 89, il n'y eût ni constitution, ni parlement, ni loi?.. Et cependant le roi, parce qu'il faisait les choses, parce qu'il avait seul le droit de les faire, était réputé la loi vivante. Si veut le roi, si veut la loti c'était encore un despote. Et quand la Constitution semi-républicaine de 1790 eût été faite, Louis XVI, chef du pouvoir exécutif de par cette Constitution, était encore si bien le ^maître, malgré le contrat paraphernal qui le liait, qu'il lui suffisait, pour avoir raison de la République, de lui répondre, lorsqu'elle lui faisait quelque amoureuse instance : Je ne veux pas 1 et se tenir coi !...

Est-ce que le système constitutionnel n'existait pas tout formé, et les matériaux des codes, les principes de l'admi-

nistration n'étaient-ils pas là, quand arriva Bonaparte? Estce que la Constitution de Tan VIII, que jura d'observer le général, œuvre de Sieyès, n'était pas le résumé des idées et de Texpérience antérieure? Est-ce qu'à tout prendre, Bonaparte ne gouverna pas uniquement en vertu des lois, des mœurs, des institutions qu'il n'avait point faites, et qu'il avait trouvées ? — Mais il avait le pouvoir exécutif, et bien qu'on ne l'eût donné d'abord à la République que comme tuteur, il fit d'elle tout ce qu'il voulut... Il fut empereur et despote.

La Charte de 1844, et celle de 1830, ne furent-elles pas tour à tour le préliminaire obligé de l'avènement des deux dernières dynasties? N'avait-on pas eu soin de stipuler que le roi ne pourrait rien faire qui ne fût prévu dans le contrat? Mais il était dit aussi que le chef de l'État exercerait le droit conjugal; et que reste-t-il au père de la fille, quand le mari et la femme couchent ensemble?. . Je maintiens que la puissance royale fut plus grande encore, sous les deux dernières dy jasties, qu'elle n'avait été sous l'ancien régime. Ne savez- vous pas que toute obligation suppose réciprocité? Plus vous gênez l'étalon, plus vous enflammez sa vertu.

Vous croyez énerver votre président parce que vous lui mettez des entraves ! Je vous dis, moi, que vous ne faites qu'irriter sa fougue, et la rendre plus irrésistible. Ne vous ai-je pas entendu tous, dire, à propos de la présidence, comme cela se disait autrefois de la monarchie constitutionnelle, que le président, tout-puissant pour le bien, serait impuissant pour le mal? comme si, en fait de gouvernement, pas plus qu'en feit de mariage, l'homme pouvait répondre de ses œuvres !. .. Sauriez- vous, par hasard, le secret de faire à volonté des garçons ou des filles?...

Votre président sera tout-puissant, cela suftit. Le Peuple, qui sait très bien qu'en telle afTaire qui peut pense, le Peuple se rit de vos distinctions. Le futur sera vigoureux, je vous

en avertis. Ce n'est pas toQt, il sera noble. Ka^jei crainte que le Peuple, qui s'y connaît, fasse pour sa papille une mésalliance.

On déclame, on plaisante à tort et à tn^rers^» sur Louis Bonaparte. Quelques-uns, comme Antony Thoucçt^ , vont jusqu'à l'indignation. Pour moi, après y avoir r^écht, je suis de l'avis du prince : je trouve que son yéritable titre à la présidence est justement de n'être rien de ce que ses envieux lui demandent, ni homme de guerre, ni homme d'affaires, ni homme d'état. Son titre, à lui, c'est d'être Napoléon. La Fran(^, monarchique jusqu'à la moelle, ne demande rien de plus. N'oubliez donc pas que le président de la République est avant tout le mari de la République: le reste lui viendra avec le mariage. Ceux-là ont, grand tort, à mon sens, qui, confondant, comme dit le proverbe, le Bon Dieu avec les prunes, s'en vont fouiller la vie du candidat, calomnier ses intentions, préjuger ses principes, on bien encore lui demander un programme .1...

Quoil cet écerve^é veut régner sur la France! s'écrie un républicain badaud, à qui il faudrait un grand homme pour gouverner l'État ! lui qui entrant un matin dans Strasbourg, en culotte jaune et petit chapeau, aux cris de Vive l'empereur ! se laissa prendre dans un cul-de-sac comme un blaireau dans un terrier !

Lui qui faillit allumer la guerre entre deux nations amies, pour prix de l'hospitalité que lui donnait l'une, et du pardon que lui avait dédaigneusement accordé l'autre !

Lui qui, coupable du même crime que le duc d'Ëngliien, aurait dû^être traité comme le duc d'Ënghien, si le gouvernement suisse et le gouvernement français avaient fait justice !

Lui que plus tard nous avons vu revenir en France par Boulogne, un aiglon sur le poing, comme un varlet de fauconnerie I

Lui que la cour des pairs envoya pour ^ santé m fort de

EsLiùf aux sifQets et aux éclats de cire de tous les Parisiens!

Lui qui, grâce à quelque connivence du pouvoir, s'évada de prison, déguisé en blouse, une planche sur l'épaule, et cassa sa pipe en passant sur le ponUlevis, comme il- Ta raconté dans Thistoire de son évasion; écrite par lui-même, édition Temblaire, prix un sou /. . .

Lui qui depuis fut sergent de ville à Londres !>

Qui joua la comédie à Ëglington !

Qui, par deux fois, monté à )a tribune de TAssemblée

nationale, s'en tira comme madame Mansion, Qui ne dit ni

oui ni non I

Il est drôle le l^apoléon, avec sa pipe cassée ! avec son ai« gle ! avec sa culotte de peau !..•

Mais, reprend un autre, au langage plus parlementaire, sans doute son altesse est comme le perroquet de Normandie, qui, s'il ne chante pas, n'en pense pas moins. A défaut d'une campagne d'Italie, d'un traité de Gampo-Formio, d'une expédition d'Egypte, nous aurons au moins un programme ?

Nous connaissons les idées de M. de Lamartine ; nous savons, à peu près, ce que veut le citoyen Ledru-RoUin, ce que veulent MessieursThiers et Mole. Cavaignacet Bugeaud, si leur politique laisse à désirer, peuvent invoquer huré états de service. Mais Louis Bonaparte ?•••

Je demande à Louis Bonaparte :

S'il renonce aux droits que lui conférait certain sénatusconsulte de 1804, invoqué par lui contre Louis-Philippe, lors de l'expédition de Strasbourg ? conséquemment, s'il {Hrétend faire relever sa candidature d'autre chose que dé la volonté du Peuple?

Si, n'ayant pas voté sur les principaux articles de la Constitution, il'croit pouvoir, en sûreté de conscience, prêter serment à la Constitution?

S'il accepte la République 4émocratique, une et indivisi-

ble, telle qu'elle est définie par la Constitution ; ou s'U est pour la République démocratique et sociale ?

S'il est vrai qu'il se laisse ou se fasse appeler Monseigneur?

S'il croit à la durée de la paix en Europe^ et pourquoi ?

S'il serait partisan de l'intervention en Italie, en Pologne et ailleurs ^ et sur quoi il fonderait, devant l'opiaion du pays et la diplomatie européenne, l'utilité pour nous et ia légitimité de cette intervention ?

S'il est vrai qu'il ait pris, au sujet de sa candidature , les conseils de l'Angleterre et de la Russie, comme le bruit en court ; ou s'il s'en tient au bon plaisir des électeurs français?

S'il a un système de crédit à substituer au système actuel, qui, au moment du péril, trahit à la fois le pays et l'État, et quel est ce système ?

S'il considère toute espèce de papier-monnaie comme une contrefaçon des assignats, et comment il pense résoudre le problème du crédit agricole ?

S'il croit possible de réduire l'eflfectif de l'armée, de diminuer le chiffre du budget, et comment?

S'il admet le droit au travail, ou s'il le repousse?

Quelles sont ses idées sur le recrutement, la colonisation, l'organisation judiciaire, le. conseil d'État, les libertés communales et départementales, la liberté de la presse, la liberté de l'enseignement, l'impôt progressif? etc., etc.

Si, après avoir vu les hommes de la gauche, de la droite, du centre,— on dit même les socialistes ! — il compte faire un gouvernement de conciliation, ou un gouvernement d'exclusion ? Dans l'un et l'autre cas, où sont ses sympathies, ses préférences?...

— Bah ! interrompt là-dessus un républicain du lendemain, bien connu du Charivari^ Jérôme Paturol, vous demandez au prince Louis son programme ! Vous l'avez ce programme ; c'est Y Extinction du paupérisme^ un volume în-32, Paris, rue Neuve-des-Petils-Champs, n'» 36. — L'ex-

tinction du paupérisme, entendez-vous? Que demandezvous de plus? L'Empereur y a rêvé vingt ans, sans pouvoir résoudre le problème. Or, ce que n'a pu faire Napolcon-le- Grand, Napoléon-le-Jeune Taccomplira. Car Napoléon-Ie- Jeune est socialiste, communiste même, ne vous en déplaise. Voici son système.

Il pose en principe, page 5, que la prospérité d'un pays dépend de la prospérité générale.

A côté de ce principe lumineux.^ fécond, il pose cette mineure, non moins merveilleuse, pages 6, 7, 8, 9, — que le commerce, l'industrie, l'agriculture, l'administration, sont minés par un vice organique, lequel vice organique consiste principalement dans^la division égalitaire des propriétés.

Il conclut parla nécessité, pour sauver le pays, de recréer la grande propriété, et d^ organiser le travail sur des bases nouvelles.

Celte organisation, suivant le réformateur napoléonien, sera la suivante :

Dans chaque département et commune, les ouvriers et prolétaires nommeront des prud'hommes, à raison d'un prud'homme par dix ouvriers ;

Il y aura pour dix prud'hommes un directeur ; Et pour dix directeurs un gouverneur.

Les prud'hommes auront le grade de sous-officier ; les directeurs celui de capitaine ; les gouverneurs celui de colonel.

Les ouvriers seront considérés comme simples soldats. — Es seront organisés militairement. (Page 28.)

Il sera formé par eux des colonies agricoles, auxquelles seront livrés les 6 millions i 27,000 hectares de terres actuellement incultes. Ces colonies serviront tout à la fois de réservoirs pour l'industrie libre, qui y prendra les ouvriers dont elle aura besoin, et de déversoirs pour le trop-plein de la population. (Pag. 26.)

Les prud'hommes seront chargés^ conjointement avec les maires des communes^ d'envoyer à ces colonies les hommes que l'industrie libre ne pourra occuper; et réciproquement de fournir à l'industrie les sujets dont elle pourra avoir besoin. (Pag. 27.)

Les colons seront logés dans des barraques en torchis et clayonnage, de 4 m. 60 sur 2 m. 90. La discipline y sera sévère; la vie salutaire {sic)^ mais rude; l'entretien le pl%is simple possible. Le logement, la solde^ la nourriture^ l'habillement, réglés diaprés le tarif de Varmée (pag. 30), et bornés au strict nécessaire. (Pag. 96.)

Les individus sans ouvrage trouveront dans ces établissements à utiliser leurs forces et leur intelligence au profit de la communauté. (Pag. 23.)

Les colonies, lorsqu'elles seront en plein rapport, devant donner, grâce à la modicité de la solde, d*immenses bénéfices, ces bénéfices seront employés à acheter de nouvelles terres; car, observe l'auteur avec une souveraine raison, tout système qui ne renferme pas en lui-même un moyen d'accroissement continuel est défectueux. (Pag. 32.)

Les colonies agricoles auront donc la facilité d'étendre leur domaine, de multiplier leurs établissements, (page 33), au détriment, bien entendu, de la propriété privée, qui devra peu à peu disparaîtt'e.

Ainsi, tandis que par notre loi égalitaire les propriétés se divisent de plus en plus — ce qui nous rapproche de plus en plus du régime démocratique, — le communisme napoléonien reconstruira la grande propriété et la grande culture. (Page 33.)

Et quand il ne restera plus en France de terres à acheter et de propriété à envahir, la compagnie établira des succursales en Algérie, en Amérique même (page 34) : le globe entier y passera. Partout où il y aura un hectare de terre à défricher et à acquérir, la communauté de Loiiis-Napo|éon

sera là avec ses capitauœy avec son armée de trenvailleurs^

avec son incessante activité, (Ibid.)

il^our organiser de la sorte le travail, et convertir le pays

en communautés militÎEdres, il en coûtera, toutes rectifica-

■ ■ ■•'• tlons faites aux calculs du prince Louis, environ 160 mil-

LioiHs PAA Ali au pays (voir le devis de son altesse impériale, pages 35 à 43.^ — Cette somme de 160 millions sera acquittée, comme de justice et de raison, par la propriété rurale et industrielle, puisque c'est à l'intention de cette propriété, et pour la débarrasser du prolétariat, que doivent être fon« dèes les colonies agricoles. ;

Vous demandez a Napoléon-Louis Bonaparte son programme, son système ? IJ existe, je vous le répète, ce programme ; il était, en septembre dernier, à sa quatrième édition. Enlevé qu'il est par les habitants des campagnes, qui tous applauclissent aux idées du futur empereur, il n'est pas étonnant que les représentants du Peuple, à Paris, n'en aient pas connaissance.

Ah ! vous ne vouliez point de l'organisation anodine de Louis Blanc ! £h bien ! vous serez organisés, haut }a baguette, par M. le constable.

Ah ! vous ne vouliez pas du phalanstère I Eh bien 1 Napoléon-le-Jeune vous fera loger dans des barraques l

Ah I vous ne vouliez de la communauté pas plus que de la conscription ! Eh bien ! vous serez tous soldats, soldats à vie, comme Çfapoléon sera président. Vos femmes seront cantinières; vos garçons, tambours ; vos filles, à douze ans, feront l'œil aux tourlourous.

Ah ! vous vous plaigniez des 48 centimes de la République I Vous paierez 90 avec l'empereur.

Ah î vous trouviez. que c'était trop lourd, un budget de 4840 millions! Vous l'aurez de deux milliards, plus la communauté de gamelle.

Ah! ah ! gaillards l on vous apprendra ce que c'est que la liberté, l'égalité et U fraternité I

Ainsi dit Jérôme Palurot.

Honte à la France ! hurle à ces mots un montagnard à barbe rouge et cheveux plats : honte et malédiction ! Nous sommes toujours la même race, vaniteuse, hypocrite el lâche ! Et nous osons nous attribuer l'initiative de la civilisation et du progrès! Nous qui depuis quatorze siècles avons baisé la semelle de 60 tyrans ; nous qui avons massacré nos frères les Albigeois el les Huguenots, coupables d'avoir revendiqué la liberté de conscience ; nous qui avons proscrit l'industrie de notre pays, parce qu'elle |)rote«tatt contre le pape ; nous que l'avarice seule a faits révolutionnaires en 89, et qui, repus des biens nationaux^ sommes vite revenus au despotisme , nous qui avons délaissé les Vauban et les Turgot, pendant que nous caressions les Louvois et les abbés Terray ; nous qui laissons mourir de faim nos inventeurs el nos artistes ; nous qui ne subsistons que de contrefaçons et de plagiats : nous qui n'avons aujourd'hui ni constitution nationale, ni philosophie nationale, ni art national, qui avons laissé périr jusqu'à notre littérature nationale ; nous qui avons adoré et flétri tour à tour la Légitimité, la République, l'Empire, la Restauration, la Quasi-Restauration, aussi incapables de vivre avec nos rois que de nous passer de rois; nous qui n'avons jamais su que jouer à cache-cache avec la liberté ! — A quoi nous sert-il d'avoir produit Montaigne, Rabelais, Bayle, Descartes, Molière, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Buffon, Diderot, Dalembert, CondilJac, Condorcet, Volney, la série la plus riche, la plus éclatante de libres penseure ? L'agitation philosophique n'a jamais été chez nous qu'une dispute de marguiHers, le mouvement politique qu'une querelle de robins el de gentillâtres. Les premiers soldats de la liberté, dans la rue : au coin du feu, valets de cour et rats d'église.

Viens donc, Napoléon^ viens prendre possession de cette race de tartufes, de ce peuple de courtisans. Ils disent de toi que lu n'es qu'un crétin, un aventurier, un fou. Tu as

fait la police et joué la comédie; tu as toute l'étoffe, à la férocité près qui n'est plus de notre âge, des Néron et des Caligula. Viens, te dis-je, tu es Thomme qu'il nous faut. Viens mettre à la raison ces bourgeois ;• viens prendre leur dernier enfant et leur dernier écu ! Viens venger le socialisme, le communisme, le fouriérisme, le cabétisme ! Viens : les apostats de tous les règnes sont là qui t'attendent, prêts à te faire litière de leurs consciences comme de leurs femmes ! Ton oncle Jérôme disait, dans sa pétition à Louis-Philippe, qu'il ne demandait plus, en rentrant en France, qu'à vivre et mourir en citoyen français. Mais toi, tu Tas compris : ta famille était réservée pour de plus grandes choses ; il manquait une gloire au nom des Bonaparte. Viens terminer nos discordes en prenant nos libertés ! Viens consommer la honte du Peuple français ! Viens, viens, viens î...

A ces invectives, à ces sarcasmes, Napoléon-Louis n'a qu'une chose à dire, mais à laquelle je défie qu'on trouve de réplique : La France est en folie; il lui faut un homme!.. A défaut d'homme, elle ne reculerait pas pour un âne !...

Que parlez- vous de titres, de programmes, de solutions financières, de droit au travail, de respect à la propriété ? Napoléon nous tombe comme Priape dans la Guerre des Dieux, Dès qu'il paraît, les autres ne sont auprès de lui que des polissons

Voulez-vous maintenant que je vous dise la raison de tout ceci, ce qui fait qu'en ce moment nous éprouvons un si grand besoin de nous donner un roi ! Je vais vous satisfaire. Mais, auparavant, laissez-moi vous conter un apologue.

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