‹ De la certitude:Chapitre 10 sur 20 · INTRODUCTION. LXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LXI

société doit mellre en œuvre, dont le libre et armonieux développement fait sa force, sa dinité, sa vie. La politique, en donnant à ce mot le sens le plus élevé qu'il comporte , ne peut donc ^lus rester étrangère à la philosophie, et par cela onême la philosophie ne peut rester indifférente à la politique. Il faut désormais que ces deux sciences, trop longtemps séparées, se pénètrent et s'éclairent mutuellement; que Tune, sans quitter un instant le terrain des faits, s'élève un peu plus vers l'idéal , qu'elle fasse une plus grande part à l'intelligence , à la pensée , à la perfectibilité humaine ; que l'autre descende davantage dans la vie réelle, qu'elle montre le côté utile, le côté pratique de ses résultats, et ne néglige aucun problème qui intéresse l'organisation, le gouvernemeut et le perfectionnement de la société. Définir avec plus de précision qu'on ne l'a fait jusqu'à présent les devoirs et les droits de l'homme en général ; démontrer que les derniers ne sauraient exisler sans les premiers, et que les uns comme les autres ont leur :fondement commun dans la partie spirituelle de notre être, c'est-à-dire dans nos facultés inlellec- .tuelles et morales; suivre le développement, ou si Von veut, la réalisation successive de ces devoirs et de ces droits d'abord dans la famille , puis dans

UUI HiT&OBUGIIOU.

TEtal, ensuite dans la société universelle du genr€ humain; rétablir dans Topinion la sainteté du mariage , objet de si vives et si persévérantes atta» ques ; défendre avec le mariage le droit de jwopriété, sans lequel il n'y a pas de famille possible ; rechercher dans quelle mesure la famille et l'individu, sans sacrifier aucune des conditions de leur existence ou de leur dignité, doivent être subordonnés tous deux à Tunité de l'État ; montrer que cette unité a pour condition indispensable celle de réducation ; enfin, dire ce que c'est que l'État ea lui-même, quel est le but et quel est le principe de son existence, quels sont les éléments dont il se compose nécessairement, quel degré d'autorité lui appartient sur les divers ordres d'associations qu'il comprend dans son sein, quels sont ses obligations et ses droits par rapport aux états étrangers, ou quels principes naturels doivent présider aux relations internationales ; telle est, en grande partie, la tâche que la philosophie devrait entreprendre aujourd'hui. Je ne lui en connais pas de plus noble ni de plus utile ni de plus propre à la relever dans l'esprit de noire temps. Elle y trouverait le moyen de s'assurer dans l'ordre moral une puissance et une considération analogues à celles des-^ sciences physiques dans la sphère des intérêts

iNTioDOcnoir. txm

téridâ* Toujours appuyée sur k spéculation, sur 1ê& résultats les plus eonsidérables de la psyclKV logie et de la métaphysique, il n'est pas à craindre qu'elle s'abaisse jusqu'à la discussion des partis; ce sont les partis, au contraire, qui seront forcés de s'élever à la hauteur de ses principes ; elle leur rendra la dignité, l'autorité, la conviction qu'ils ont perdues, ou du moins qu'ils ont gravement compromises.

Mais il y a une autre question sur laquelle la philosophie n'a pas moins de droits, et qui appelle d'une manière encore plus vive, peut-être, ses austères et impartiales méditations; je veux parler de la question religieuse. Comment connaître entièrement la nature morale de l'homme, et en déduire les conditions de son existence civile et politique, si Ton ne tient aucun compte de son caractère religieux, c'est-à-dire des facultés, des instincts et des besoins qui occupent certainement la première place dans la vie? Les anciens ont conçu l'homme tantôt comme un animal religieux, tantôt comme un animal politique, c'est-à-dire destiné à vivre ^n société : il est les deux à la fois et ne saurait être l'mk sans l'autre. Quoi qu'on ait pu dire en faveur du contraire, ou pour démontrer qu'il est au moins possible, OR n'a jamais rencontré une société sans

UUV IHTAODCCnOir.

religion ; et la religion elle-même . è la considérer seulement dans ses éléments extérieurs, nous présente une société régulièrement organisée , dont la constitution diffère suivant les lieux et les temps : ici elle forme une démocratie , là une aristocratie , ailleurs une monarchie absolue, plus loin une monarchie tempérée par des assemblées représentatives; elle a son gouvernement, sa législation , sa jurisprudence, qui viennent se heurter à chaque instant contre le gouvernement, la législation et 1( jurisprudence civils, même quand ces deux ordn d'institutions demeurent absolument distincts. ^^ • L'influence que la religion exerce ou qu'elle peut9 -' exercer par ses dogmes est encore bien plus considérable ; elle intervient dans tous les actes de h vie et presque de la pensée ; elle ne veut pas seulement offrir une sanction et Tappui de son autoritéa^^ aux lois éternelles de la justice et de la morale, .^ elle prétend en avoir seule la connaissance ; elh ne permet pas qu'on les sépare de ses dogmes ni même de ses symboles, parce que toutes les parties dont elle est formée ont à ses yeux une égale importance, elle les croit émanées de la même source— et les regarde comme immuables et divines ; enfin, cette règle ayant une valeur absolue dans sa pen-^ sée, et lui paraissant être la sauvegarde de tout ce^

ihtroductioh. lxv

^'il y a de vrai et de bon chez les hommes , elle ne se contente pas de l'appliquer à la vie privée , ^lle cherche aussi à la faire prévaloir dans la vie pu- ^ïique, dans le gouvernement de l'Élal, et à con- ^^ndre, autant que cela dépend d'elle, la société ^vile avec la société religieuse. Cet esprit n'appartint pas à un culte plus qu'à un autre, on le ren- ^^ntre également dans tous, et Ton ne concevrait SUère qu'il en fût autrement : une législation TUi se croit divine, capable de sufflre à tout et par- ^^ite comme son auteur, n'en souffre pas volontiers ^ïie autre à côté d'elle d'une origine purement hu- O^aine ; ou si elle la souffre, elle veut qu'e le lui ^oit soumise et qu'elle soit placée sous la garantie cie sa propre autorité. 11 est donc impossible, pour Ceux qui pensent que l'ordre social doit élrc fondé Sur la raison et le droit naturel, de ne pas se p'acer dans une position d'esprit tout à fait indépendante èi regard de la religion, et de ne pas lui appliquer les mêmes procédés d'analyse et de critique avec lesquels on se rend compte d'un système de philosophie.

Ce droit de libre examen en matière de religion n'est déjà plus une pure théorie ; il est reconnu en principe dans noire législation, et il existe de fait dans la pratique de nos institutions publiques.

LXVl INTBODUCTlOir.

L'État protège la religion, il la soutient de ses deniers, il l'entoure de respect et d'honneurs; sans la placer au*^dessus d une discussion grave et approfondie, il la défend contre Tinsulte et Toulrage, Il ne peut donc pas être accusé d'indifférence h son égard ; il ne mérite donc en aucune manière ce reproche d'athéisme qu*on lui a adressé si sou* vent. Non. VÉtat tel qu'il est constitué parmi nous n'est ni athée ni indifférent; il est impartial comme la raison. Il ne croit pas que la conscience religieuse de l'humanité ne puisse se produire que sous une forme unique et immuable. Il ne croit pas, parce que la raison et l'expérience lui attestent le contraire, que les faits qui constituent ce fonds commun de religion , la foi dans une divine Providence, l'espérance d'une autre vie, le senti* ment du devoir, l'amour universel de tous les hommes, se développent exclusivement sous un certain symbole, ou dans un culte particulier. Il admet donc plusieurs cultes ; mais avant de leur accorder l'appui qui leur est nécessaire , avant de les élever au rang d'une institution publique , il faut qu'il examine s'il n'y a rien en eux de contraire à leur destination, s'ils ne sont pas incompatibles par quelques-uns de leurs principes, ou quelques-unes des règles de leur discipline , avec

IIVTRODUCTIOir. LXVTI

les conditions de sa propre existence, et s'ils ne renversent pas, an lieu de les fortifier, les idées naturelles de droit , de justice et d'humanité. Par là même il se place nécessairement au-dessus d'eux et il les juge avec les lumières naturelles de l'esprit humain. Toutefois, ce droit d'examen en ma* tière de religion ne peut être exercé par l'État que dans la mesure de ses devoirs et de ses besoins , c'est-à-dire dans un but purement moral et politique ; celui, par exemple , de protéger la liberté de conscience ou sa propre dignité menacée par les envahissements du pouvoir spirituel. La philosophie n'a aucun motif de s'arrêter dans les mêmes limites ; du moment que ses observations peuvent s'étendre sur les systèmes religieux , il faut qu'elle les fasse connaître dans leurs éléments spéculatifs comme dans leurs éléments pratiques, dans leurs dogmes aussi bien que dans leur morale et leur discipline extérieure , et qu'après les avoir ainsi analysés un à un , elle les embrasse tous ensemble dans une même histoire, elle les rattache les uns aux autres comme les anneaux d'une même chaîne; car il n'y a dans le fait qu'une seule religion, comme il n'y a qu'une seule philosophie , malgré la diversité des croyances et des systèmes qui les représentent toutes deux. Comment , en effet, le con-

LXYIII INTlODUCTIOlf.

traire serait r il possible? Il n'y a pas plusieurs raisons; il n y a pas plusieurs humanités. La raison et l'humanité sont essentiellement unes, et sur celte unité se fonde tout ce qu'elles ont de vrai, de noble et de divin l'une et Tautre; mais il y a une multitude de degrés dans la vaste série de développements qu'elles sontobligées de parcourir, et dans la connaissance de plus en plus étendue qu'elles acquièrent successivement d'elles-m^mes. Dans ce moment où l'esprit de critique et la liberté d'examen sont entrés partout, et, consacrés par les lois et par les mœurs aussi bien que par la raison, peuvent s'exercer impunément, c'est-àdire sans trouble ni scandale, sur tous les sujets, la philosophie, en France, a pris à l'égard de la re- ligion une position singulière. Elle ne prononce^ son nom qu'en se découvrant, pour ainsi dire, et^ en inclinant la télé, comme faisait Newton quand.-il parlait de Dieu ; et il est juste d'ajouter que ces^ marques de respect sont parfaitement sincères. La philosophie verrait avec douleur que la religion souffiit quelque dommage dans ses légitimes attributions , et que son autorité morale fût sérieusement ébranlée; elle lui abandonnerait de grand cœur le gouvernement des âmes, en gardant pour elle-même celui des intelligences; mais elle ne

imnoDucTioN. lxix

veut avoir avec elle aucun point de contact : toutes les questions où la tradition religieuse s'est prononcée, elle les évite ; tous les faits que cette tradition invoque, elle les passe sous silence; elle met une grande partie de son industrie à ne jamais la rencontrer et à parler d'elle sans rien dire, sans s'expliquer, en ce qui la concerne, ni dans le sens delà raison, ni dans le sens de la foi. Enfin toute sa conduite, relativement à la religion, est celle qu'on pourrait tenir avec un voisin puissant et susceptil)le, qu'on honore sincèrement de loin, qu'on salue avec respect quand on le trouve sur sa route, mais avec qui l'on ne veut avoir aucun commerce.

Que cette réserve soit passée en usage dans nos écoles publiques; qu'elle y soit maintenue sévèrement comme une mesure de prudence et de discipline, rien de mieux. L'enseignement de la philosophie a ses degrés et même ses limites; plus qu'aucun autre il a besoin d'être distribué dans une sage mesure, d'être proportionné aux facultés de ceux qui le réclament; car il n'intéresse pas seulement l'esprit, la pensée, mais l'homme tout entier. Or il existe certainement un degré de spéculation philosophique oh le principe de réflexion et le principe d'autorilé peuvent vivre ensemble en très-bonne intelligence, soit qu'ils ^'exercent cha-

UX IKTmODIJGTIOir.

cun dans une sphère distincte, soit qu'ils se rencontrent dans des résultats identiques : il y a des vérités naturelles qui ne blessent ni ne heurtent aucune religion actuellement reconnue dans la société européenne. Il y en a d'autres que toutes également sont obligées de reconnaître. C'est sur cette double base, et sur la dernière beaucoup plus que sur la première, que doit se développer la philosophie des écoles. Il est juste, en effet, de ne confier à la jeunesse que des résultats généraux et absolument sûrs, que des principes qui puissent trouver' leur application dans toutes les conditions morales de la vie, et des doctrines si bien éprouvées qu'on n ait jamais à se repentir ni de les avoir enseignées ni de les avoir apprises. Ce serait un acte de cruauté sans profit pour la science et plein de périls pour la société d*ébranler dans de jeunes âmes sans expérience le principe de l'autorité et de la foi, quand la raison n*est pas encore ou peutrêtre ne sera jamais assez développée chez elles pour leur tenir lieu de ce qu'elles auraient perdu.

Mais personne ne confondra les limites de la science avec celles de renseignement. La science n'a pas d autres limites que celles de l'esprit humain, ni d'autre préoccupation que d'éviter l'erreur et de rencontrer la vérité. C'est son droit,

INTIODUCTION. LXXI

c'est la première condition de son existence de s'étendre aussi loin que le permettent la nature des choses et les lois de la raison, de tenter même rimpossible« afin qu'il soit démontré que l'impossible existe, et d'exposer avec la même indépendance les résultats quels qu'ils soient de son activité inépuisable; car on s'efforcerait vainement de séparer ces deux choses : la liberté de la pensée et celle d'exprimer ce qu'on pense. Le libre échange des idées n'a pas seulement pour effet d'agrandir tout à la fois et d'assurer les conquêtes de l'esprit ; il est la vie même et, si Ton peut parler ainsi, la respiration de l'intelligence. Or, au point de vue désintéressé de la science, la séparation absolue de la philosophie et de la religion, telle qu'on la professe aujourd'hui , ne peut pas subsister un instant. En effet, examinez l'un après l'autre tous les grands problèmes de la métaphysique, de la morale, de la psychologie même, vous n'en trouverez pas un seul, peut être, sur lequel la religion ne se soit prononcée; et en parlant de la religion, je le répète, je ne désigne pas une croyance plutôt qu'une autre, mais toutes celles qui ont exercé ou qui exercent encore un empire réel dans le monde, et qui, en donnant à la civilisation ses éléments ses pliis indispensables, l'ont marquée pour ainsi dire à leur

LXXII INTmODUCTlOir.

empreinte. Eb bien I je le demande : est-il possible d'abor Jer ces problèmes sans examiner comment ils ont été compris, non-seulement par les philosophes , c'esl-à-dirt' par quelques penseurs isolés et vivoQt d'une vie à part, mais par la masse du genre humain? Peut-on imaginer quun esprit sérieux, indépendant et sincère avec lui-même, se fasse une idée de Dieu, de ses attributs, de ses rapports avec le monde, cherche à pénétrer les mystères de notre origine , de notre nature et de notre destinée, sans porter par cela même un jugement réfléchi sur les dogmes et les traditions de la reli- 'gioii? La religion, comme j'en ai déjà fait la remarque, n est pas une simple théorie dont on s'occupe ou qu'on néglige quand on veut, qu'on est libre de laisser à l'écart, sans qu'il en résulte aucune lacune dans notre pensée ; elle est le fait le plus considérable de la nature humaine ; elle est plus qu un fait, elle est une puissance qui s'empare de nous, qui nous marque de son sceau dès l'instant de noire naissance , que nous rencontrons à chaque pas que nous faisons dans la vie, qui s'introduit en nous ou qui nous enveloppe de tous les côtés , et sur laquelle nous ne pouvons pas éviter d avoir une opinion. Quelle que soit cette opinion, elle décide en grande partie de nos convictions philoso-

imnioDucnoN. lxxiii

phiques, ou elle en est la conséquence ; mais elle ne peut dans aucun cas leur rester étrangère. La même observation s'applique nécessairement à l'histoire de la philosophie. Un grand nombre de systèmes philosophiques, par exemple ceux de rOrient et du moyen âge, sont sortis de la religion et lui ont emprunté, en se les appropriant par la réflexion, leurs éléments les plus essentiels. Or,, comment apprécier les effets si l'on ne remonte pas à la cause ; les conséquences, si on les détache de leur principe? Il y a aussi des époques tout entières où la philosophie et la religion sont tellement confondues , qu'aucun effort d'analyse ne pourrait les séparer, où ce serait les méconnaître et les mutiler toutes deux que de les isoler l'une de l'autre. Ainsi, dans le siècle qui a précédé et les cinq ou six qui ont suivi la naissance du christianisme ; dans cette admiral)le période qui embrasse à la fois la révolution, morale accomplie dans le monde par la prédication de l'Évangile, le gnosticisme, l'école d'Alexandrie, la philosophie des Pères de l'Église, la Kabbale , Apollonius de Tyane et Philon , comment séparer, et souvent même comment discerner ce qui appartient à la raison de ce qui appartient à la foi , ce qui remonte à une antique tradition et ce qui est le fruit du libre examen , les élans

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InlMMr à Gà ÛEKH: la jgsiBwmiiniiiriii éts faire» ideMH^ d ift (^miùote éit riwiiàfe pwt que icut iit»! lai biunr (èua k dlâfl^^ et k fiBow la piiîftfaaee qo dEk a tktee ib»-ikaBaa iëltti car la phîkMfhk De ftamail aJbaiwfoftBcraaa Jraîl d'cxamoi ior la téâçfm sauf sa fi^aoÈr par la même dans uma ymium équiToque et sobaltone, oa sans abdiquer fOû iodépendaiica jusque dans ks limites ith ^lle Toudrait se renfomer. En dOTeU s'fl y a des dogmes descendus du ciel par des voies m'iraculeuio»^ dont nous sommes beaucoup plus sûrs que de» rérélalions intérieures de la raison et.de la (MfiiCMflcoi et qui» indépendamment de leur ori-

nmoMGTioir. ujly

gine, ont aussi par eux-mêmes une plus grande valeur, les interprèles et les gardiens de ces dogmes doivent veiller d*un œil jaloux à ce que la science humaine ne les contredise ni directement ni indirectement: aucun enseignement philosophique ne sera légitime que celui qui aura obtenu et mérité leur approbation. Mais avec cette restriction même, il est impossible que le sanctuaire de la foi reste absolument fermé à la lumière de la raison, ou, pour parler sans figure, que la religion, chez un esprit réfléchi et conséquent, ne subisse pas dans une mesure quelconque l'influence de la philosophie.

De deux choses Tune : ou la religion repose sur un fait extérieur et surnaturel, elle a été instituée dans un temps et dans un lieu particuliers, par la Divinité devenue visible sous la forme humaine et communiquant avec ses créatures par Torganë de la parole ; ou, sans perdre pour cela son origine divine, puisque c'est Dieu qui nous a faits ce que nous sommes, elle a son principe dans le fonds constitutif de notre nature, elle s'explique par les lois universelles et le développement spontané de l'esprit humain. Il n'existe aucun moyen d'échap per à celte alternative ; quelques efforts que l'on lasse I quelque système qu'on adopte, à quelque

4i; •'limiwiinr !à> lié éf-ïi nvâhû« «ilBw£rii£i nAïKiS^ <f8 401 trasv»^ iCttUn es »i. ^ aH

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iimoDUcnoir. lxxtu

seigné par les autres avec ce qu'il conçoit par lui* même. Le domaine de la foi se compose de deux portions très-distinctes et d'inégale importance : il y a les événements merveilleux que toutes les religions indistinctement sont dans l'usage d'invoquer comme une garantie matérielle, ou, pour parler leur langage, comme les iignes de leur authenticité ; il y a les croyances ou les dogûies, qui sont la religion elle-même dans ce qu'elle a de plus élevé, de plus spirituel et de plus invariable. L'imagination peut toujours, qu'ils aient existé ou non, se représenter les premiers; mais un dogme proprement dit, une croyance relative à Dieu, à l'âme, aux rapports de Dieu avec le monde, que l'intelligence ne s'est pas assimilée, ou qui paraîtrait même en opposition avec ses lois, ne re[)0se évidemment que dans notre mémoire ou sur nos lè^ vres, en un mot, n'est qu'une formule vide de sens ou un pui^ symbole. Elle ressemble k un dépôt cacheté que Ton peut garder toute la vie sans en être plus riche, et que malgré cela on s'obstine à conserver, parce que la main dont on croit le tenir répond de sa valeur. Dans le fait la raison et la foi, c'est-à-dire la philosophie et la religion, n'ont jamais pu rester étrangères l'une à l'autre comme on voudrait qu'elles le fussent aujourd'hui. C'est

k besoin de cQDpRttire ei dcfpiiqiKr k leligîoii qui a d^Huié Dikâsance aoi praûas sjstèoifii de philosophie ; pu» du rnooKiil <|u'eUesaot duH cune leur fortune disitixkcte, oa ks toU ecmsiamment en rdâtion roue aTet l Mlie, soît pour se combattre, soit pour se deiendre mntnclkmaiit. Je ne parlerai ni des doctrines moitié religîeiiseï et moitié philosophiques des pères de TEgltse, ni de reprit qui animait k sedastique, ni des systèmes de la renaissance, oii tous les éléments de Fesprit humain sont brouillés et confoadns, ni de k phi* losophie du dix-huitième siède, oh ik ae mon* trent au contraire en guerre ouierte ks uns contre les autres ; mais l'école cartésienne^ que nous entendons citer à chaque instant comme un modèk de neutralité en matière de foi, est précisém^it celle qui a fait le plus defibrts pour accorder en* semble les dogmes révélés et les lois étemelles de la raison. Descartes lui-même, malgré sa prudence ; Descaries, qui invoquait si humblement pour ses Méditatiom métaphysiques la protection de la Sor* bonne, a essayé d'expliquer à Vai Je de sa doctrine un des mystères les plus obscurs du christianisme. La nature humaine a-t-elle donc changé subitement ? Les mêmes questions n'onl-elles plus entre elles les mêmes rapports qu'autrefois? ou faut-il

iimoDucnoif. Lxxn

regarder comme une hardiesse inexcusable aujôurdhui ce qui était permis au temps de Bossuet, de saint Thomas d'Aquin, de saint Anselme de Cantorbéry? Nous serions k nous-mêmes un triste spectacle si les progrès de la vie civile et politique devaient tourner au détriment de la pensée ou du moins de la franchise, dans les plus graves intérêts de l'intelligence.

Si Ton pense quelareligion estcomme la poésie, la philosophie, la société» Tart, un fait essentiel de la nature humaine et qui s'explique sufûsamment par le développement spontané de nos facultés, alors on ne trouve plus même un prétexte pour la soustraire aux observations du philosophe. Car, encore une fois , la philosophie ne peut pas se dire la science de Tesprit humain ; il n'y a ni unité, ni vérité, ni considération pour elle, si elle n'étudie pas avec un ^al scrupule tout ce qui tombe sous la conscience, tout ce qui fait partie de notre existence intellectuelle et morale. Il lui appartient donc de rechercher par les procédés et la méthode qui lui sont propres, c'est-à-dire par l'observation et l'induction psychologique, ce qu'est la religion, ce qu'est la foi en général, quelles en sont les conditions intérieures et extérieures , comment on peut rendre compte des phénomènes qui l'accompagnent et

LZXX UmODUCTIOIf.

dont elle est tour à tour l'effet et la cause, comme les visions, Tiuspiration, Vextase: car l'existeoce de ces phénomènes, si dégénérés qu'ils soient sous l'influence toujours croissante de la réflexion, n'est pas susceptible d'être niée; et s'ils existent, comment se dispenser de les observer? Puissant ensuite

de la conscience dans Thisloire, comme elle fait | ^

• * * j pour la raison proprement dite, elle devra examiner ^ ^

un à un tous les grands monuments religieux, tous les cultes qui ont joué un rôle dans le monde, et« après les avoir analysés séparément, les compare: entre eux avec le même esprit d'impartialité, chercher ce qu'ils ont de semblable et de différent, ce qu'ils ont emprunté et ce qu'ils ont ajouté uns aux autres, et faire sortir de ces considération: les lois qui président à leur commune destinée, oi — ^ l'ordre dans lequel se développe, malgré la diver-^^ site des symboles, la foi unique, la religion uni — verselle du genre humain. Ce n'est pas encore tout • Nous nous sommes assurés que, au point de vu^ de l'histoire comme à celui de la théorie, il est impossible d'établir une ligne de démarcation absolue entre la philosophie et la religion; que la religion a donné naissance à la philosophie ; que la philosophie de son côté a exercé sur la religion une influence permanente et incontestable; il faut donc

IfinODDGTION. LZXXI

lussi comparer ensemble les résultats divers de lette double actiyité ; et quand on aura ainsi ras- ;emblé dans un même horizon les systèmes philo- M)phiques et les systèmes religieux de manière à [es éclairer les uns par les autres, alors seulement ['esprit humain se montrera à nous dans son unité et dans toute sa grandeur. Voilà pour la philosophie une vaste carrière, et je ne crains pas d'ajouter une carrière toute nouvelle à parcourir ; car malgré l'intérêt irrésistible qui s'attache à ces quesions. elles n'ont jamais été traitées dans leur ensemble ni avec une véritable indépendance, j'entends avec un esprit libre à la fois de rancune et l'enthousiasme, où le respect des faits et le sentiment de la réalité se joignent à l'habitude des plus hautes spéculations. Les uns sont restés en deçà, les autres sont allés au delà du but; ceux-ci, ne tenant pas compte des idées qui dominent les plus obscures croyances de l'humanité, n'ont vu partout que l'adoration servile de la force ou le culte intéressé de la nature; ceux-là, ne gardant aucune mesure avec les faits, ne reconnaissent dans les personnages et les événements les plus réels que des types, des symboles et ce que Vico appelait si bien des universaux poétiques. Il esl donc permis de soutenir que le sujet demeure tout entier. Ainsi

LXXXII IlfTBODUCTIOH.

1^ observation psychologique des phénomènes qui constituent le fonds commun' et en quelque sorte la matière première de la religion ; 2? analyse critique des monuments religieux et étude comparée des religions elles-mêmes, considérées dans la to« talité de leurs éléments; 3^ examen comparé des traditions religieuses et des systèmes philosophiques dans toute l'étendue de Ihistoire ; telles sont les conditions que la philosophie doit remplir si elle veut expliquer la religion par les lois naturelles deTesprit humain.

Pourquoi ne dirais-je pas toute ma pensée? H n'y a plus que ce parti à prendre ; c'est le seul qui satisfasse la vérité et l'esprit de notre temps; et quand même on n'en porterait pas ce jugement, ce serait encore un devoir de l'essayer; car, en bonne logique, il n'est permis de recourir au surnaturel que lorsqu'on a acquis la preuve que les ressources de la nalure sont insuffisantes.

Nec Deus intersit nisi dignus vindice nodus.

D'ailleurs , tous les autres rapports qu'on peut imaginer entre la philosophie et la religion sont devenus impossibles ; tous ont également fait leur temps ; tous sont maintenant jugés et condamnés par l'expérience.

iimoBueTioif. Lxxxifi

D'abord la philosophie et la religion sont à peu }fès eoofffflduQi; ou la philosophie, si Ton réussit \ la distinguer , n'^ist encore qu'un germe dont la [orme et la fie se dessinent peu à peu au sein i'une Tie étrangère. Cest l'esprit humain qui, sans iivoir conscienee de ses faculté^}, mais poussé néan* moins par un besoin irrésistible, descend quelquefois des hauteurs de l'inspiration pour s'entendre atec lui-même > pour fixer et coordonner les id(ies !|ail croit tombées en lui dû ciel. De cette ma-» Bière « il y a une petite place faite à la raisçn pirmi les élans de l'enthousiasme le plus exalté; et lorsque , avec le temps , cet enthousiasme s'est changé en une tradition immobile, c'est encore à i^ raison qu'on est obligé de recourir pour mettra d'accord oette nouvelle situation avec la mouyement Inévitable de la vie et les exigences toujours crois* ^ntes de la pensée. C'est à ce point de vue que m ^nt arrêtées les idées morales et métaphysiques de tOrient.

La Grèce nous présenfe un tout autre spectacle. Ici, k l'exception de Técole d'Alexandrie, aussi orientale que grecque, la philosophie n'a rien df commun avec la religion ; non parce qu'elle s'éludi@ à l'éviler et que c'est un parti pris chez elle de sa*couer son empire, mais parce que la religion, s'a^

L1[XXIV IlITKODUCTrON.

dressant moins à l'esprit qu'aux sens et à la foi qu'à l'imagination, lui abandonne tout entières les questions qu'elle agite. 11 n'y a jamais eu, en effet, chez les Grecs, quelque chose qu'on puisse appelé une religion constituée , c'est-à-dh:e des dogm invariables, une théologie, une morale, unelégis

lation dont on fait remonter l'origine jusqu'à Dieu et des livres saints tels qu'on en trouve dans tou^ t l'Orient, tels que les Védas de l'Inde, le Zend Âvesta de la Perse et la Bible des Hébreux. Leu:z

mythologie n'est rien de tout cela, mais une invei lion tout à fait libre de la poésie et de l'art ; ce soi^t des poètes qui en sont les auteurs, non des prêtrei^, ou ce qu'en Orient l'on appelle des prophètes, d^s envoyés de Dieu. De là l'indépendance, la maturité de réflexion et la richesse extraordinaire qui distinguent la philosophie grecque. De là ces admirables systèmes qui ont fait, on peut le dire p. l'éducation de l'esprit humain , et offrent encore aujourd'hui un aliment inépuisable aux plusnobltf intelligences. La raison devait être tout et pourvoir à tout là cil la foi n'était rien. Mais il ne faut pas se dissimuler que ce qui a fait la fortune de la philosophie grecque est aussi la source de son infirmité et la rendrait inacceptable pour nous quand même, sous tous les autres rapports, elle aurait al-

llfTEODUCnON. LXXXT

teint la perfection. Ce serait bien mal comprendre le respect dû au christianisme que d'agir avec lui comme les philosophes de TaDtiquilé avec la mythologie païenne, et de n'en pas tenir plus de compte dans toutes les questions qui intéressent Tàme humaine.

En Orient, la religion ne connaît pas la philosophie comme une puissance distincte d'elle-même ; elle la porte dans son sein et la nourrit de sa substance sans avoir conscience de sa fécondité. En Grèce , la philosophie ne connaît pas la religion , qui , dépourvue de dogmes , de principes arrêtés , de monuments écrits, se réduit à de poétiques légendes abandonnées au caprice de Timagination. Voici maintenant une ère nouvelle oh la philosophie et la religion sont parfaitement distinctes, mais non pas indépendantes l'une de l'autre. La religion représente le fond de la pensée ; elle pose les problèmes, elle les résout, et chacune de ses solutions doit êtrp acceptée comme le dernier mot d'une science infaillible, comme une vérité supérieure à Texamen. La philosophie n'est que la forme ou l'expression de cette pensée immuable. Sa tâche se réduit tout entière à développer, à coordonner, et, lorsqu'elle le peut, à démontrer à l'aide du raisonnement les résultats imposés d'avance par

uuDnn unoDOGTUMi.

la foi. Cela ne l'empêche pas d'avoir aussi ion dowaine à part, ou de vivre en quelque scMrte pour 8CA propre compte d'un certain nombre de ques»lions dont le son lui est abandonné ; mais cesquai^ fions ne regardent que la forme, autant que celleci peut être séparée du fond même de notre inlèlligèncé. Cet étal de choses arrivé à son déVeloppeiftisut le plus «omplet, c'est la scolasiiqui». n

fettt jpas croî?e cependabt qu'il ait cessé eAti^i»

lûent avec le moyen Âge ; on en tMuve encore d< tflices Jusqu'au sein du cartésianisme; et c*est qttènàenl pour cette cause que le pèlte de la pbil< tophié moderne, que l'auteur du Dùœtinwr itvétkode et des Méditattùns a trouvé si peu de ie6(mr naissance chez sa poslétité intellectudle du dixhuilièibë siècle. L'école cartésienne sans èiceplion, si Ton en écarte Spinoza, admettait à fois ces deux choses ; l'indépendance absolue Ml raison et le fait d'une révélation surnaturelle. - — Ceà deux convictions avàieùt chez elle des raeihes-^ êgalertt(=^nt profondes ; elle se composait de philo- -^ Ijophes et de chrétiens parfaitement sincères. Mais prenant au sélrieux l'unité de la personne humaine; ne pouvant pas comprendre , eomme on a essayé de le faire depuis , que là raison et la foi soient logées chacune dans un coin difft^nt de la <3W1-

IHTlODVCnON. tXXKVil

science sans ayoir aucune communication Tune avec Fautre, elle s'est efforcée de concilier ensemble ses confictions chrétiennes et ses doctrines philosophiques. La conciliation de ces deux ordres d*idées, l'accord de la foi et de la raison, yoilà le grand problème du dix-s^lième siècle; et le dixseptième siècle en philosophie c'est Técole de Descartes. Or cette tentative est-elle autre chose que le parti pris d'imposer k la philosophie un certain nombre de conclusions connues d'avance? On aura iieau proclamer en prindpe rémancipalion absolue fie la raison, ici die est esclave, ici il faut qu'elle parle dans le sens qu'on lui ordonne; et c'est une <les premières lois de sa nature, qu'on ne saurait 4oaciier à sa liberté sur un point sans la comprometlre tout entière. Tout se tient, en effets et tout s't^chatne dans la pensée. S'il faut accepta sans ensien plusieurs dogmes, ou même un seul, sauf à l'expliquer ensuite oonune on peut , il faut en •ooepter de la même mwière toutes les conséquences. Lesconséquoices d'un dogme, et surtout de phisieum , peuvent s'étendre fort loin ; il n'est pas difficile de faire entrer dans leur q)hère les problèmes les plus importants de la morale et de la métaphysique; dès lors que sera la philosophie^ smon un simple commentaire de la ibéologiet ei

Lxxxviii imrmoDucTiON.

que la théologie seule aura le droit de juger en dernier ressort? Car n'oublions pas que le théologien, appuyé sur des textes ou des traditions d'

origine surnaturelle, peut toujours se placw, sinoi au-dessus de la raison, du moins au-dessus de toi les systèmes de philosophie, en condamnant ceui qui lui'paraîlraient contraires à la parole divine ^ ; tandis que le philosophe qui admet la révélation^!» dans le sens vulgaire du mot, n a pas le droit d< se placer au-dessus de lautorité.

Dans le fait, les philosophes du dix-septième su cle n'ont pas résolu le problème qu'ils sétfâen'^^ posé; tous leurs efforts n'ont abouti en ce poin^-^il qu'à sacrifier tantôt la raison et tantôt l'orth^ doxie. On sait que Descartes a essayé d'expliquei par sa théorie de la substance le mystère de l'Eucharistie; avec quel succès? Bossuet nous 1'^ prendra. Il n'y a rien à ajouter en de pareilles ma. — tières à la sentence d'un tel juge. Malebranche n'ai pas été plus heureux en voulant concilier la liberté avec la grâce; et Ton ne peut pas dire qu'il ait favorisé l'une aux dépens de l'autre, il les a trahies toutes deux. La liberté s'évanouit entre ses mains, confondue avec l'amour; et il a parlé de la grâce de telle manière qu'il a soulevé à la fois contre lui l'autorité d'Arnauld, de Bossuet, de Fénélon. Le

IKTlODUCnOH. UXXIX

>etit écrit que Malebranche a particulièrement consacré à ce sujet, le Traité de la nature et de la jrâce, a été apprécié par Bossuet dans ces trois Qots empruntés de saint Augustin : Pulchray nova, alsa . Enfin je ne crains pas de dire que Leibnitz a ïchoué en embrassant le problème dans son entier, ^u en s'èfforçant de démontrer d'une manière gélérale la conformité de la foi avec la raison ; car il le suffit pas, comme il le prétend avec plusieurs héologiens (1), que l'autorité religieuse nous fasse fcroîr ses lettres patentes, c'est-à-dire les titres qu'elle peut avoir à notre confiance, pour qu'aussitôt la raison (je me sers de ses propres termes ), lui sacrifie toutes ses vraisemblances. Qu'est-ce que les vraisemblances de la raison, si ce n'est la raison même? J'admettrai volontiers les vraisemblances clés sens et la nécessité de les sacrifier à l'autorité de la raison; mais ce ne sont pas des vraisemblances, ce sont des certitudes que la raison nous donne ; tout ce qui n'est pas certain n'est pas de son ressort ; refusez la certitude à l'un ou à l'autre de ses principes, vous annihilez par là même tous les titres de la révélation, puisque c'est à la raison

que ces titres s'adressent, et que hors de sa lumière

(1) Diicouri â9 la Conformité â9 la raison avec la foit § 20.

zc imoBV€nav.

il n'y a aucun moyen de les {»t)duire. Un tel expédient n'est pas digne de Leibnitz» de ce génie entiar qui veut que tout se tienne dans notre pensée, et ne reconnaît pour vrai que ce qui s*appuie sur la nécessité ou sur une raison suffisante. Aussi, à peine la-t-il proposé qu'il labandonne et le désavoue, (c Comme la raison, dit-il (1), est un don de k Dieu aussi bien que la foi, leur combat ferait comr 1 battre Dieu contre Dieu ; et si les objections de la raison contre quelque article de foi sont insolubles, il faudra dire que ce prétendu article de foi s^rt faux et non révélé. » La contradiction est feste entre cette opinion et la précédente* celle-ci la raison n a que le droit d'examiner ce les théologiens appellent les motifi de cr pour tout le reste il faut qu'elle se soumette ay^k glément : dans celle-là son pouvoir s*étend sur croyances elles-mêmes ou sur le fond de la reli- ^on, puisqu'il lui est permis de rejeter tout Cd n'est pas conforme à ses lois. Maintenant la tion est-elle résolue parce qu'en thèse générale, aucune contradiction ne peut exister entre les Yi rites que nous trouvons en nous-mêmes et oeUe:^^ qui nous seraient révélées par des moyens

turds? Airarémeiit ika : il faut encore proaYer

que eàê. est ùaù &k fait; il faut montrer que cha-

<^m deë dogmes qu'on accepte au nom de la révé^

lation s'accorde entièrement avec les lois inyaria-

Ues de notre intdligeoce. Or ce n'est pas là ce que

Iieibmti a |yt, quoiqu'il ait beaucoup mêlé k théo-

iogb 4 ses idées philosophiques^ et qu'il ait es-

s«jré d eipliqu^ par êott sfst^oae le péché originel

tt le dof;me de la (Nrédeslination ; mais ^i suppo-

«abt que eette entreprise l'eût tenté et qu'il eût eu la

iMtunéda la nMMr abonne fin, il n'Murait réussi

i{ii'è aubètîtuer we difficulté à une autre. En effet,

limt OT qui est tonfimne à la raison est danslarai-

%oÀ H ftt fait nécessairement partie, par conséquent

«l'a pto besoin de nous être eraeigné par une ré?é-

4ttltdii Mlnaturdlev La TÎeille distinction de ce qui

yÊMt kitésÊsm de la raison et de ce qm est ccmtraire

« la IraÎBM^ quoique tràfrjuste À certains égMrds, ne

^renaédis 4 rîm. Osa, ily a ttes choses qui soat êsl-

4ws^ de la raison^ ou que la raiscm, danslesens

i^pre du Biet« ne conif)rend pas, qu'elle ne peut

|diaaîs embrasser ai eoat^w* «[itièrement, qu'elle

(be peut JMi^ se représenter d'une manière pleine

^ suIGsaate, enfin qpà débordent de toutes parts

les limites de ses facultés : 4el est l'infini; tel est

l'aste psr hifÊà l'îafiaî sa maaîfestei ou Tosavre

xcn nmoBuciioif.

de h création ; tels sont les attributs qui n'appartiennent qu'à lui, comme Vétemité et l'immensité. Hais c'est toujours sur la foi de la raison et par une loi irrésistible de sa nature que nous croyons à l'existence de ces choses : le peu que nous en savons, c'est elle qui nous l'apprend; et ce que nous n'apprenons point par elle, ce qui ne tombe pas à un degré quelconque sous sa lumière nous demrare éternellement étranger. Voilà donc où ont abouti les efforts de tant de nobles esprits depuis Descartes jusqu'à Leibnitz : ou à rendre inutile l'intervention d'une science révélée, ou à la rendre inintelligible et absolument inabordable à l'honune. Aussi qu'est- il arrivé? C'est qu'on a r^ardé la raison et la foi, ou la philosophie et la religion, comme deux ennemies irréconciliables dont l'une ne peut fleurir cpie sur les ruines de l'autre. Ceux qui ont voulu conserver intacte l'autorité de la religion ont proscrit, ont maudit la philosophie, et la raison avec elle. Ceux qai se sont attachés à la philosophie ont fait une guerre acharnée à la religion. Le premier de ces deux partis s'est élevé d'abord comme une protestation vivante en regard du cartésianisme. Deux esprits d'une trempe bien différente, un géomètre et un théologien, Pascal et Huet, en furent les premiers interprètes ; mais nous

nriMMicnov. xoiii

VaTons To renaître au commeiicemeiit de ce siècle, plus sayant, mieiix discipliné, aussi intraitable qu auparayant, et d'une âoquence égale quelquefois à celle de Fauteur des Peiuées. Le second, c'est toute la d^nière moitié du siècle passé ; car ce qui caractérise la i^osojdiie de cette époque, c'est beaucoup moins ce qu'elle Teut que ce qu'elle ne Teut pas; ce sont jiat&l ses antipathies que ses [«références. EDe ne s'est jamais prononcée sur celles-ci d'une manière bien positive, ou du moins ne les a-t-eDe jamais réunies et cowdonnées entre elles sous la forme d'un système. Nous Toyons qu'dle a accu^Di égal^nent le spiritualisme sen« timental de Rousseau, le sensualinne aride de Locke, amaigri encore parla métaphysique \erbale de CondiDae, le déisme inmique de Voltaire, et Vathéifflie enthousiaste, on dirait volontiers fana* tique de Diderot. En revanche, rien de plus net et de plus décidé dans soa esprit que ce qu'elle ne veut pas: c'est tout ce qui peut Cadre tort à la raiscm humaine: tout ee qui tend à TabaisMr, à l'humi* her, à l'amoindrir, à gêner de quelque manière que ce soit son hbfe développement. Avec ee principe, une tradition imuM^fle, une autorité inOaiillible, une révélatîoii surnaturelle acceptée comme un remède aux infirmités de notre inteUigence, ne

xcnp nmoBooiMif*

pouraieDtpaihii contenir; et tê figurant qne la ra^ ligion, en l'absence d'une intenrention sumatu» relie, n'ofi^ plus qu'un tissu d'imposturei, ell# s'est mise k la poursuivre aveo un acharnement sans exemple, jusqu'à ce qu'elle crût un jour, en la chassant de ses autels et de ses temples, l'avoip chassée aussi de l'âme humaine. Ces deux senti* ments extrêmes peuvent s'expliquer au point de vue de l'histoire comme une consét^uence, o'est-àt dire comme la dissolution inévitable du système qui les a précédés ; mais au point de vue de la vérité il est impossible de les prendre au sérieux. La

philosophie et la religion sont également nécei-saires à Thumanité ; on ne lui persuadera pas plus

de renoncer à l'une cpi'à l'autre ; elle ne se laisiert jamais réduire à la moitié d'elle-même. }'ai déjà démontré surabondamment, je le crains, la prOimière partie de cette proposition, celle qui concerne la philosophie ; j'espère dans un instant démontrer l'aulre. En attendant il sufDt de remarquer que la religion existe, qu'elle a toujours existé, que son empire s'étend sur l'espèce humaine tout entière et embrasse à la fois les plus grandes et les plus humbles intelligences, que son action se fait sentir dans toutes les facultés de notre être, et qu'il n'y a ni, mensonge, ni imposture, ni en général,

aucune petite cause qui poisse rendre compte d'un ^i pareil eflfet.

^ Que resle-t-il donc encore k faire après les et Q forts qui ont déjà été tentés et dont aumn n'a ré- { pondu aux légitimes exigences de Tesprit humain? r-i II reste encore à étudier arec impartialité et h exfxt' pHquer la religion. Exp'iquer la religion, ce n'est ^,j pas la commenter à la façon du moyen âge ; ce n'est \J pas la concilier à la manière du dix-septième sîèïj cleavec un système particulier de philosophie, en même temps qu*on la place en dehors et au-dessus de la raison ; ce n'est pas non plus la ni^ ou la combattre comme le siècle dernier; c'est lui appli- ^er sans réserve et sans arrière-pensée la méthode générale des recherches scientifiques ; c'est la considérer comme un fait naturel, qu'il faut observer, ^tîalyser, ainsi qu'un autre fait, et subordonner ensuite à des lois inséparables de l'esprit humain, ''^ai déjà montré quelle est la grandeur de celte ^che et sous quelles conditions on peut espérer ^e la remplir ; il ne me reste plus qu'à exposer un ^etit nombre de réflexions qui achèveront de la dé- ^nir et d'en faire comprendre en même temps Inopportunité.

Le surnaturel esta proprement parler le domaine ^e l'imagination. Ce domaine diminue à propor-

lion que celui de la raison augmente. La nature, si l'on conserve à ce mot toute l'étendue de sa signification, natura rerum, n'est-ce pas tout ce qui est? n est-ce pas l'ensemble des f^énomèies et des êtres? Les rapports qui existent entre ces phénomènes et ces êtres ou les lois qui les font dépendre les uns des autres, forment ce qu'on appelle Tunifé de la nature, et justifient par&itemoit le signe collectif sous lequel ils sont compris : leur vviélé, leurs difiërences et leurs contrastes, ont donné lieu à la distinction de plusieurs natures , comme la nature physique, la nature morale, la naturdle intellectuelle, et enfin celle dont toutes les autres tirent leur existence, la nature divine; car Dieu aaussi ses lois, qui résultent de sa perfection mêoie, et qui ne sauraient exister en lui sans se réfléchir dans toutes ses œu\Tes. Il est donc impossible de comprendre que quelque chose existe en dehors ou au-dessus des lois de la nature. Mais les hommes sont tellement convaincus que l'intelligence est l'expression exacte de la vérité, que, sans tenir compte des conditions sous lesquelles cette faculté se développe en eux, ni des obstacles qu'elle rencontre dans un temps, dans un lieu ou dans une situation déterminés, ils mesurent l'étendue de la nature à celle de leurs connaissances. Tout ce qui

ureBOKCiiMr. scvn

n'est point compris dans cdles-ci . ils n héâteiit pas à le retrancha de oefle-là ; tout ce qui sorprend leur inexpérienoe est, dans leur pensée, une exception à la marche naturelle des choses. De la Tient que, dans toutes les sphkesde la pensée humaine, le merreiDeux et le sumatuRl ont dabord pris la place et sont longtemps restés a c6lé de la raison et de la nature. Ainsi, il y arait autrefcns une physique surnaturelle , oii les phàiomènes du monde extérieur étaient expliqués par des causes indépendantes des prc^fMÎétés et des lois de la matière, n y afait une astronomie surnaturelle, que Ton consultait ayec non moins de terreur que de ouiosité, sous le nom d'astrologie; une politique surnaturelle, qui représentait le pouvoir comme une délégation de Dieu; un droit surnaturel, qui avait pour base non la justice, mais la foi, et punissait des crimes imaginaires, tels que la magie, la sorodkrie, par des supplices réels; nfin, il a même existé une médecine surnaturelle, où les remèdes étaient Fexorcisme, les amulettes, les invocations, et les maladies, des démons. Pourquoi tout cela a-t-il disparu sans retour? Parce que, à mesure que la nature a été mieux connue, que Ihomme a vu plus clair dans l'univers et dans lui-même, la foi a été

obligée de céder h réridence, et rimaginattoii à la réalité.

L'idée du surnaturel* chassée peu à peu du do* maitie de la science, est restée dans celui de la re^ ligion ; mais il faudrait être ateugle pour ne pas observer que là aussi son influence s'est considé>* rablement affaiblie. Je ne yeux pas nier que les croyances, ou pour parler exactemmt, les idées religieuses n'aient repris beaucoup d'empire de* puis quelques années ; mais quelle différence entre la manière dont la religion est comprise et défen^ due aujourd'hui, et celle dont on la comprenait et la dérendait autrefois I Durant les premiers siècles de l'Église, au moyen âge et pendant le dix-septième siècle, la religion, c'était avant tout la grande affaire du salut, la rédemption spirituelle. On s'inquiétait peu de savoir si elle était utile ou non aux intérêts de ce monde , c'était assez d'être sauvé par elle dans l'autre ; et pour obtenir plus sûrement ce résultat, dans l'absence des tentations, on désertait la société et en quelque façon la vie ; on se déchargeait de tous les devoirs que l'une et l'autre nous imposent ; on prenait à la lettre cette maxime de Y Imitation de Jésui-Christ : a La suprême sagesse, c'est de tendre au royaume céleste par le mépris du monde. » lUa e$t summa tapientia per tontemp^

IRTBOMrCnOll. XCIX

tum munâi tefidere ai régna ealestia (1). De même, pour défendre la religion (il n'est plus question ici des efforts de quelques philosophes pour la concilier avec leurs systèmes) , pour défendre la religion on insistait beaucoup moins sur la valeur intrinsèque de ses œuyres et de ses doctrines que sur ses titres extérieurs et sumaturek ; je veux parler des prophéties et des miracles. Ce n'est plus ainsi que les choses se passent de nos jours. Les ai^ments purement théologiques sont entrés dans l'ombre ; car ik supposent la foi encore plus qu'ils ne la font nattre , et l'on emploie de préférence les raisons politique», philosophiques et morales. On montrera, par exemple , qu'il n'y a ni société , ni gouTemement, ni éducation possible sans le concours des croyances religieuses en général. On fera valoir, pour la défense particulière du christianisme, les services de toute espèce qu'il a rendus à Vhumanité, la supériorité de ses dogmes, c'est-àdire de sa métaphysique sur celle des philosophes païens, la pureté et l'élévation de sa morale, la puissance de sa discipline, l'impulsion féconde, ou plutôt la vie nouvelle qu'il a donnée à la poésie, à l'éloquence, aux beaux-arts; enfin cet esprit de

(1) De imitât, CkrUt., c. I. v. 3.

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