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logements et de nos raisonnements. Il nous est ab- Plument impossible de concevoir que, par un efiet de la toute-puissance divine, un cercle n'eût plus ses rayons ^aux, un phénomène pût exister sans cause et sans substance, ou qu'il devint juste de faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fît. Une pareille supposition se détruit ellemême ; les idées sur lesquelles elle repose, elle les renverse et les nie : car, si les principes de la raison n'ont rien de nécessaire ni d'absolu, sur quel fondement donc reposera l'existence de ce Dieu touTpuissant à qui l'on attribue le pouvoir de changer toutes les conditions de la nature et de la pensée? Combien Platon était plus près de la vérité, et qu'il a mieux compris la nature morale de Dieu, lorsqu'il a écrit dans VEutyphron ces belles paroles : « Le saint parce qu'il est saint est aimé de Dieu ; mais il n'est pas saint parce que Dieu l'aime, m Quant à la liberté divine, loin de souflBrir aucune atteinte de ces lois immuables, elle ne peut pas être conçue sans elles. Dieu n'est point placé, comme nous, entre le bien et le mal; mais il n'aime, il ne veut, il ne fait que le bien, ou ce qui est conforme à sa souveraine perfection. Sa liberté ne peut pas être comparée à notre libre arbitre, témoignage de notre faiblesse autant que de notre
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force. Nous ne concevons pas mieux en lui que les philosophes ont appelé la liberté d'indi^ férence, ou le pouvoir d'agir sans but, sans r^le, sans sagesse. Or, la bonté divine, n est-ce pas ce qui est conforme aux idées étemelles du vrai, du juste et du bien , c'est-à-dire aux lois de la raison?
S'il y a une opinion qui met la vérité dans la dépendance de Dieu, il y en a une autre qui la place en quelque sorte au-dessus de Dieu : c'est celle qui prétend que les règles de la justice et de la morale, les lois sur lesquelles se fondent nos actions et nos jugements demeureraient exactement les mêmes quand même Dieu pourrait cesser d'exister. On trouve le germe de ce sentiment dans les écrits de saint Thomas-d'Âquin, qui prétendait que le mensonge n'en serait pas moins un péché quand même Dieu ne serait pas ; mais il n'a été érigé en système que beaucoup plus tard par Bayle et Grotius, surtout par le premier, qui admettait parfaitement, comme on sait, une société d'athées. L'auteur, après tout ce qu'il a dit sur les rapports de la raison avec l'être, sur l'identité de la vérité et de l'infini, n'a aucune peine à démontrer que cette dernière hypothèse n'est pas plus soutenable que la précédente : que le bien, le vrai, le beau, le juste,
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^^ sont que des rapports variables, c'est-à-dire ^'existent pas, s'jls n'ont pas leur source dans le principe même des choses, s'ils ne font pas partie, en un mot, de l'essence divine.
Cette doctrine est la seule qui puisse satisfaire à la fois le sentiment et la raison; elle a pour elle Tautorité des plus grands noms, et l'on pourrait presque dire qu'elle forme, dans l'histoire de la religion comme dans celle de la philosophie, une tradition non interrompue depuis Platon jusqu'à Leibnitz, depuis saint Augustin jusqu'à Bossuet. Aujourd'hui même ce qui a perdu quelques penseurs d'un génie trop entreprenant, ce sont les exagérations dont elle est susceptible. Son ennemi véritable, c'est-àdire le sensualisme, n'est déjà plus qu'un souvenir. Elle est donc, non pas un système particulier, mais le fond commun et la condition nécessaire de toute spéculation : car ce qu'on appelle ainsi, ce sont les eflÇ^rts de l'intelligence pour s'élever au-dessus, pour chercher quelques vérités et quelques espérances au delà de l'empire matériel des faits. Ajoutons qu'elle est défendue ici, malgré les écarts déjà signalés, avec une grande force de conviction et de talent, avec une rare intelligence des principaux monuments de la philosophie. Pourquoi donc l'auteur n'y est-il pas resté plus fidèle? Comment
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l'histoire, dont il a fait un si grand usage, neTa-t-elJe pas mieux éclairé ? C'est qu'il la connaît peu en ce qui touche le mysticisme, et c'est de ce côté quïi penche par ses qualités comme par ses défauts.
On a vu comment, en exposant ses propres idées «ur l'objet et les conditions de la connaissance humaine, il a fait connaître lous les systèmes and^ et modernes qui se rapportent au même sujet : il ne faut donc pas s'attendre à lui voir traita séparément rhistoire de la certitude ; mais il a consacré ui} livre tout enti^, c'est-à-dire le tiers de son oqvrage, à l'histoire et à la critique du scepticisme. Cette partie a toutes les qualités de la précédente, «ans en avoir les défauts ; et cela se conçoit : la nature seule du sujet était déjà un frein pour l'imagination de l'auteur, un contrepoids salutaire à son enthousiasme et à sa jeunesse, pour lesquels au contraire la théorie n'offrait que des écueils.
Voici d'abord comment il caractérise le sceptioisme, avant d'apprécier en détail chacun de ses résultats et de répondre à ses objections les plus sérieuses : « Le scepticisme proprement dit est trèsdiflSérent de cette façon de douter inintelligente et frivole qui court le siècle et qui défraye les conversations des ignorants et des oisifs... C'est un doute méthodique et régulier^ élevé par des élaboraticutt
^^ulaires à la dignité d'une science complète, que '^8 génies les plus divers et les plus remarquables P^ rétendue, la sagacité et la profondeur de leurs <^nceptions, se sont appliqués depuis deux mille *lis et plus à mettre sous le couvert d une méditation aussi forte que féconde, d une analyse de la dernière finesse, d'une dialectique aussi souple que déliée, d'une érudition immense, de la probité de cœur et d'esprit enfin la moins suspecte, h ce point d'intéresser aux destinées du pyrrhonisme les destinées de la religion elle-même. » Cette définition du scepticisme ne se fait pas seulement remarquer par l'élévation et la grandeur ; elle n'est pas seulement une preuve d'impartialité de la part d'un esprit aussi antipathique au doute ; si on la compare avec les faits, on la trouvera parfaitement exacte. Nous ne pourrions pas en donner de meilleure preuve que de citer encore le passage suivant : « Peut-être que dans l'histoire entière on ne trouverait point d'analyse plus épineuse et plus fine que celle qui a été dépensée par les sceptiques... Peut-être ne trouverait-on dans aucune autre école une réunion d'esprits plus dialecticiens et plus inventifs, plus rompus à toutes les difficultés, à toutes les fatigues de la méditation et à tous les artifices de la polémique. Parmi les in-
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Tenteùrs, il n'y en a pas de plus sérieux, de pïfi5 profond que Pyrrhon. Les systématiques direr? n'ont pas de nom plus glorieux que celui de Kant, et, pour ce qui est des polémistes, il n'y a personne à comparer à Caméade et à Bayle. » Enfin il y a cette dernière considération que le scepticisme n'est pas la maladie de quelques esprits isolés, qu'il n'est pas un accident dans l'histoire de la pensée humaine ; mais l'école qui le représente, presque aussi ancienne que la philosophie, semble jouir du privilège de l'immortalité. « Commencée (c'est l'auteur qui parle), commencée quatre siècles ayant Jésus-Christ, nous l'avons encore vue parmi nous, il y a vingt-cinq ans, essayer, sous la protection de génie d'un philosophe et d'un prêtre, de remplacer les doctrines de Descartes et de Bossue t. Cent fois réfutée, elle renaît sans cesse. Elle a même dans l'incurable infirmité de l'esprit humain des racines profondes que l'on n'extirpera jamais. »
A la suite de cette appréciation générale vient une histoire complète du scepticisme chez les anciens, c'est-à-dire chez les Grecs, depuis les disputes frivoles des sophistes, qui, en mettant sur la même ligne le vrai et le faux, le bien et le mal, ne cherchaient qu'à faire étalage de leur habileté et à s'élever, à la faveur de la corruption, jusqu'au doute
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tiardi et sérieux d'/Knésidème, reproduit seize siècles plus tard par l'auteur des Essais sur V entendement humain. Ce morceau, ou plutôt cet ouvrage, car il y a la matière d'un gros livre, est de la plus grande valeur, sous le double rapport de l'érudition et de la critique. On ne trouvera chez aucun historien de la philosophie, pas même chez Ritter, le dernier et le plus savant de tous, un exposé plus complet, plus intéressant et plus lucide des arguments sceptiques deGorgias, dePyrrhon, d'iEnésidème, et de la discussion de Garnéade avec Chrysippe. Dans un sujet aussi fréquemment traité, qui, à part les histoires générales de la philosophie, a déjà produit tant de thèses et de dissertations, l'auteur a trouvé le secret d'être original sans dénaturer les faits, et d'exciter un intérêt très-vif sans autre dessein que d'être exact. C'estque, connaissant beaucoup mieux les sources que les résultats de l'érudition moderne, il apporte nécessairement plus de conviction, plus de profondeur dans ses jugements, et plus de vivacité à les défendre. Dans Tordre des idées comme dans celui des choses, on ne fait bien valoir ^e ce qui esta soi. Ajoutez à cela que la nature de l'auteur ou la foi ardente qu'il a dans la philosophie ne lui permet pas d'assister en simple spectateur aux discussions mêmes les plus éloignées de nous ;
SOS DB LA CnTITUDB.
il les voit comme si elles étaient présentes, il ^ entre avec son âme aussi bien qu'avec son intelLîgence. C'est pour cette raison, sans doute, qu as le voit arrêté si longtemps à la réfutation des saphismes de Gorgias, bien qu'ils aient cessé évidemment d'être dangereux, et qu'en réalité (il faut bien le croire pour Vbonneur de la raison humaine), ils ne l'aient jamais été plus qu'aujourd'hui. Mais ce qui est un tort lorsqu'il s'agit de ce misérable rhéteur devient une qualité quand il est question de Pyrrhon et d'^ésidème. Le scepticisme ancien se résume tout entier dans ces deux hommes, dont l'un l'a pour ainsi dire créé en l'élevant pour la première fois à la dignité d'un système ; dont l'autre en a fait un art où la dialectique, c'est-à-dire l'esprit grec, semble être arrivé à sa dernière perfection. Aussi Vauteur a-t-il particulièrement dirigé contre eux les efforts de sa critique ; mais en les combattant, il ne cesse de les admirer, et, en nous découvrant l'impuissance de leurs arguments, il nous oblige à reconnaître la force et la subtilité de leur génie. Il est loin de faire le même honneur à Sextus. En insistant beaucoup sur le service que ses ouvrages ont rendu à la science, et en nous y intéressant vivement par une fort bonne analyse, il nous le montre lui-même comme un esprit sans
Um L4 dATinJM.
Portée et sans iny^tion, qui doit à un caprice de '^ fortune le rang qu'il tient dans l'histoire. Toute ^cn importance lui rient du hasard qui a détruit les œuvres de ses devanciers et nous force à étudier l€s siennes comme le seul monument que nous ayons du scepticisme chez les Grecs.
A peine a-t-on quitté Sextus Empiricus, qu'on se Toit transporté sur-le-champ à l'époque la plus brillante de la philosophie moderne, celle qui commence avec les Méditations et finit par la Critique de Im raison pwre. Mais le but que l'auteur se propose id n'est pas tout à fait le même que tout à T heure. Laissant de côté l'idée de suivre le scepticisme dans toutes ses destinées, et au milieu des phases les plus diverses de la philosophie, il se borne à nous faire connaître en détail les sceptiques les plus renommés de cette période, ceux que le programme désignait particulièrement à son attention : Huet, Hume et ELant. Ce n'est plus de Thistoire; c'est une suite de dissertations, ou, comme on dit aujourd'hui^ de monographies, dont la plus curieuse, la plus neuve, la plus remarquable à tous égards, est sans contredit celle de Huet.
Nous avons déjà rencontré dans le mémoire Ro 19 un morceau très-intàressant sur le même écrivain considéré comme restaurateur de l'école
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pyrrhonienne ; mais ce n'est rien en comparaisoii de ce qu'on trouve ici. L'auteur met sous nos jeux toute la Tie et toute la pensée Avt trop célèbre éyô- i que, éclairant Tune par l'autre et nous laissant p^ d'estime pour toutes deux. Il veut, comme il dit, lui arracher le masque qu'il a porté soixante ans: et, en effet, il nous le montre comme prêtre, comme théologien, comme philosophe, comme homme du monde, n'éprouvant pour rien ni vocation ni amour, n'ayant dans Vâme aucune conviction, ne recherchant d'autre résultat que l'agrandissement de sa fortune et les satisfactions de Tamour-propre : esprit médiocre et vain, érudit sans jugement, passionné pour l'étude et plein de mépris pour k science, indifférent et incrédule aux plus beaux jours de la philosophie et de la religion. Le suivant pas à pas dans sa longue et laborieuse carrière, il fait à la fois l'histoire, la critique et l'analyse de ses principaux écrits ; et comme si les œuvres imprimées de Huet n'étaient pas en assez grand nombre, il offre à notre curiosité des lettres et des fragments inédits que de patientes recherches lui ont fait découvrir, et jusqu'à des vers licencieux que le grave prélat adressait à des femmes, dans l'instant même où il condamnait, au nom de la foi , la philosophie et la raison. Mais, de tous ces ouvra-
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S^s, trois seulement se recommandent à l'intérêt du philos(^he et sont ici l'objet d'un examen approfondi : la Censure de la philoîaphie cartésienne^ les Ouestiom d'Aulnay ( Alnelanœ Qwntiones) et le Traité de la faiblesse de t esprit humain. Ces trois écrits, conçus dans le même esprit, composés à peu près dans le même temps, renferment tout le scep licisme de Huet, et, par une combinaison étrange, ils succèdent immédiatement à la Démonstration évangélique, dont le but est de prouver tous les dogmes de la religion par la méthode rigoureuse des géomètres. Il est vrai que la contradiction est plus apparente que réelle; car, ainsi qu'on Ta dit avec justice, l'auteur de la Démonstration évangélique n a rien démontré que sa propre érudition. Encore Ta-t-on beaucoup flatté; ce n'est pas l'érudition qu'on remarque dans cette pesante compilation ; c'est une immense lecture au service d'un esprit faux, d'une imagination bizarre qui travestit et confond tous les faits, qui reconnaît Moïse dans l'impur Priape et dans quarante autres divinités de l'ancien et du nouveau monde, qui aperçoit des rapports de filiation entre Horace et VEcclésiaste, qui fait de tous les écrivains de la Grèce des échos affaiblis des prophètes hébreux, et retrouve la Bible presque tout entière dans les compositions d'Ho-
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mère, d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide, de Th^^ gnis. Et qu'aurait-on fait de plus si on arait vou^ établir que l'Écnture sainte est, comme les œuym des poètes païens, un firuit de l'imagination humaine ; qu'on y rencontre les mêmes sentiments, les mêmes idées exprimés sous les mêmes formes du langage? La DémomtrcLtion émngéHque n'a ooor tre elle que la raison et le bon goût; mais, si nom en croyons l'auteur du mémoire, les trois ouyrag^ qui l'ont suivie sont à la fois de méchants livres et de mauvaises actions.
La Cemure de la fhiloiophie cartéiieime ( Cemufê philoiùphiiB cartmanœ, etc.) est évidemment un livre de parti. Dédiée au duc de Montausier, un des ad* versaires les plus considérables des idées de Des* cartes, elle parut à une époque où le cartésianisme, condamné à Rome par la congrégation da saint office, proscrit en France par l'édit de 1675, ne pouvait plus se produire au grand jour et n'avait que le silence à opposer à ses détracteurs. Dès les premiers mots de la préface, on voit éclater la passion et la haine. Il ne s'agit de rien moins, selon l'auteur, que de venger l'honneur de la religion outragée et mise, en péril par une philosophie perverse. Mais, non content d'attaquer les principes de la nouvelle école, il prend à partie la personne
^^ son fondateur : il fait de Descartes un hypocrite, ^i, sous les dehors de la piété et de la modestie» ^* avait d'autre intention que de renverser les fondements de la religion et de la morale. Considérée 6n elle-même, indépendamment des passions et des circonstances qui l'ont inspirée, cette critique du cartésianisme est absolument sans valeur. Très-in* férieure par la forme au Voyage du tMnde de Deêearte$^ publié un an plus tard par le P. Daniel, elle n'est pas plus sérieuse au fond ni plus originale. Huet n'avait pas les connaissances nécessaires pour voir les mérites et les défauts de la partie pur^ ment scientifique de la philosophie cartésienne ; et, quant à la partie métaphysique, il s'est borné à reproduire pour son propre compte les objections de Hobbes, de Gassendi, du P. Bourdin, quelquefois celles d'Âmauld, tout comme si elles n'avaient pas été faites avant lui, ou si Descartes n'y avait jamais répondu. Il nous offre donc le spectacle étrange d'un prêtre, d'un évêque, qui, au nom de la religion outragée, à ce qu'il as* sure lur-mème, soutient contre le spiritualisme le plus pur que la matière est capable de penser, et que toutes nos idées prennent leur origine dans les sens. Aussi Arnauld, en parlant de la Censure, at-il pu dire sans injustice qu'il en admirera, si l'on
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veut, le latin, « mais qu'il n a jamais vu si chêtt'f livre pour ce qui est de la justesse d'esprit et de h solidité du raisonnement. »
Dans les Questions d'Aulnay [Alnetanœ Quœstwm de concordiâ ratùmis et fidei ), le scepticisme deHuet prend un caractère plus décidé, ou plutôt c'est là véritablement que sa pensée et la nature de son espritse montrent toutentières ; c'est là qu'ilnousfait connaître ses vuestantpar rapportàlathéologieque par rapport à la philosophie. Le but, ou si onVaimé mieux, le prétexte de cet ouvrage, c'est de nous montrer l'accord de la raison et de la foi ; c'est de donner satisfaction à un vœu où se rencontraient tous les grands esprits du dix-septième siècle, qui existaitdéjàchezlesphilosophesscolastiquesetqu'on peut faire remonter sans crainte aux premiers temps deTÉglise. Le résultat qu'il nous offre, son dernier mot, c'est que la raison est un dédale de contradictions et d'incertitudes, et que la foi est le seul abri qui nous soit ouvert. En effet, la raison, selon Huet, ne mérite noire confiance que dans un seul cas : quand elle nous atteste sa propre impuissance et nous conseille la soumission la plus aveugle aux interprètes de la révélation. Encore ne veut-il pas accorder qu'elle puisse nous parler de son chef un pareil langage ; lorsqu'elle découvre cette vérité si
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humiliante pour elle, elle est déjà éclairée et soutenue par la gr&ce. Ainsi, réduits à nos seules facultés ou sans Tintervention d'une lumière surnaturelle, nous ne pouvons pas même nous vanter, comme Soorate, d'être sûrs de notre ignorance. Et Teut-on savoir quelles sont les autorités qu'on i^- Toque en faveur d'un tel système? car Huet ne fait pas un pas sans être appuyé sur des autorités. Ce sont tous les Pères, tous les prophètes, tous les apôtres : c'est Platon aussi bien que saint Paul et saint Augustin; Euripède, en cette matière, se trouve d'accord avec Isaïe. L'auteur du mémoire, après une analyse consciencieuse de cette triste composition, fait ressortir, avec autant de verve que de bon sens, toutes les contradictions dont elle est formée. On veut montrer qu'entre la raison et la foi il n'y a nulle incompatibilité; et que fait- on pour y parvenir? On supprime entièrement la raison, et on ne conserve que la foi. Ce n'est pas encore tout : pour écarter la raison, il faut la convaincre de son impuissance, il faut établir par des preuves certaines l'incertitude irrémédiable de tout raisonnement et de toute démonstration. Enfin, pour comble de désordre, après avoir soutenu que, hors de la foi, et sans doute de la foi chrétienne, il n'y a
que ténèbres et égarements, on cherche à prouver,
SIO Dl LA CBlTITUra.
comme dans la Démonstration évangélique, qu'il y a presque identité, tant pour la morale que pour la théologie, entre le christianisme et les religions qui l'ont précédé.
Le Traité de la faihle$$e de retprit humain nous o^e moins d'intérêt par lui-même que par les circonstances extérieures qui s'y rapportent. Le P. Ducerceau Ta trè»- exactement défini en Tappe» lant, dans son langage un peu familier, un richmffi d'Empiricus. Mais il peut être considéré en quelqiM sorte comme le testament intellectuel de Huet C'est, de tous ses ouvrages, celui auquel il a donné le plus de temps et qu'il a caressé avec le plus dV mour. Il le composa d'abord en français , contre son habitude, puis il le traduisit lui-même en latin, afin, sans doute, de le rendre accessible à tous, aux étrangers et à ses compatriotes, aux savants et aux gens du monde. Quoiqu'il l'eût déjà entièrement écrit en 1690 , il le garda en portefeuille jusqu'à sa mort, c'est-à-dire jusqu'en 1721, ne cessant de le retoucher pendant ces trente dernières années, et ne le communiquant qu'à un petit nombre d'intimes. Ce fut encore vingt ans plus tard, quand on crut les esprits suffisamment préparés, que l'abbé d'OUivet se décida à le produire au grand jour, Ainsi qu'on le peuse bien , ce fut un scandale uni-
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ersel de voir un pareil livre publié sous le nom l*UD évèque, d'un homme que Tou vénérait pour a piété autant que pour sa science , qui , dans excès de son zèle, avait appelé Descartes un im- >ie et Spinosa une béte brute. Un prélat anglais , Ustement célèbre par son esprit et par ses con^ naissances, dit, après l'avoir lu :, «( Si l'auteur de ;e livre dit vrai> je serais bien aise de troquer dès lemain ma raison contre V instinct d'un chien. » lais on assista alors à un curieux spectacle. Les ôsuites, ave£ qui Huet avait entretenu les relations es plus intimes, dont il fut l'élève et Tami déclaré, omme ils furent toujours ses protecteurs , chez [ui enfii^ il se retira pendant les dernières années le sa vie; les jésuites, après avoir porté aux nues a Cemure d^ la philonophie cartétimne, après avoir iccepté la dédicace des Question» d'Aulnay , désavouèrent , aussitôt qu'il fut publié , le Traité de la %ibles$ede l'aprit humain, qui renferme exactement ia même pensée sous une forme moins compro^ mettante peut-être. Ils nièrent d'abord qu§ l'ou- «rrage fi\t de Huet. Quelle apparence (ce sont à peu près leurs expresâons) qu'un aussi saint homme fût l'auteiur d'un livre qui semble avoir été écrit h l'usage des cafés de Taris? Puis, quand la chose leur parut impossible, ils prirent bravement leur
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parti , et firent eux-mêmes , dans leur Journal à Trévoux, une critique assez vive de cette manière de défendre la religion, qu'ils avaient encouragée ^ et peut-être indiquée quelques années aupararaut. Nous ne voudrions pas nous porter garants de tous ces faits, d'ailleurs peu importants pour l'histoire de la philosophie ; car la raison , aussi bien que la liberté , se trouve au-dessus des plus habiles conspirations. Nous nous bornons à les rapporter d'après l'auteur du mémoire, qui a su leur donner, il faut le reconnaître, un très -haut degré d'intérêt et de yraisemblance. Il faut ajouter que l'accessoire ne lui a point fait oublier l'essentiel, et qu'à l'histoire extérieure viennent se joindre l'analyse et la critique philosophiques. Ni l'une ni l'autre ne laissent rien à désirer. Tout ce chapitre, si neuf, si instructif, si distingué sous tous les rapports, se termine par un portrait de Huet et une sorte de parallèle entre son scepticisme et celui de Pascal, dont nous ne pouvons nous empêcher de citer quelques traits. « Ouvrez les Alnétanes (les Questions d'Aulnay), et cherchez-y cette ardeur inquiète, cette fièvre consumante de l'immortel auteur des Pensées , instituant en son âme un combat terrible , comme fui jadis celui de Jacob et de l'ange , et pliant sous l'effort, se confessant vaincu... Huet est aussi
tranquille que Pascal est emporté ; le scepticisme ne lui parait être qu'un jeu d'esprit ; il n'a eu aucune de ces méditations passionnées sur Tinfini qui vous prennent quelquefois si fort dans le silence et la solitude , vous jettent dans des hésitations terribles, vous troublent et vous abattent pour un temps : il faisait exactement ses dévotions, disant son cliapelet aux heures yoûlues , et , pensant ensuite s'être acquitté de tout, il blasphémait sans remords contre la raison universelle qui éclaire tous les esprits. Ce n'est donc pas le prêtre en Huet qui a fait le sceptique, s'il est permis d'ainsi dire ; ce n'est point un amour désordonné de la foi , comme celui qui travaillait Pascal, qui, par un autre endroit, l'a donné à Sextus. Sa foi était paisible, trop paisible même, et plutôt de dévotion que de lumière... Est-ce donc l'érudition, par un aufare eicès, qui l'a perdu, et en était-il venu, à force de recherches profondes et laborieuses, à voir le néant des pensées humaines? On entend cet écueil d'une grande intelligence, où l'imagination fait de ces écarts et laisse là la raison. Mais est-ce que Huet était un métaphysicien d'une intelligence extraordinaire qui avait pu juger dans les livres la vanité réelle des systèmes? Était-ce un Bayle d'une érudition philosophique consommée , à qui
aifc DB LA CBRTItUl».
toutes les questions étaient connues dans leur fort et dans leur faible, qui savait à fond le pour et le contre de chaque thèse, les soutenant Fun et l'autre avec une connaissance et une habileté égales?... I^ dogmatiste si étrangement désabusé de la Démonstration, et l'épicurien vulgaire de la Cemure et du Traité de la faiblesse de l'eipnt humain, n'indiquent nullement cette satiété d'érudition et de dogmatisme» ni cet esprit débordé par sa profondeur même et qui s'est perdu en montant. Huet s'est perdu dans les bas lieux. i»
Le chapitre relatif à Hume, quoique moimi original et moins curieux sous le rapport des Mts, ne le cède pas au précédent pour le mérite de l'exposition et de la critique. Ce n est plus une histoire ni un portrait littéraire qu'il faut chercher ici, mais une discussion approfondie de toutes les opinions du célèbre sceptique. Hume, selon l'auteur du mémoire , c'est iEnésidème ressuscité et mûri par l'expérience de dix-sept siècles. A la souples^ et à la subtilité de la dialectique grecque, il unit la méthode, la clarté, la précision modernes et une franchise sans limites. Tout ce que la logique lui impose au nom des prémisses qu'il a adoptées, il l'accepte, il l'avoue, sans hésitation et sans honte, malgré les murmures du sens commun. C'est par
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là précisément qu'il remplit dans l'histoire de la philosophie et de l'esprit humain en général un rôle des plus bienfaisants. Il a mis à nu le néant et l'absurdité du sensualisme. Ne croyons pas, en effet I que le seepticisme de Hume ne fasse tort qu'aux idées de Locke et de Gondillac ; il est égale^ ment funeste à tout système philosophique qui, sous une forme ou sous une autre, ne veut reconnaître, comme source delà vérité, que l'expérience des sens. Il nous montre, avec une rigueur de déduction sans exemple, où l'on arrive avec ce priûr cipe, non-seulement en métaphysique, mais en morale, en politique, en théologie, dans toutes les questions enfin où l'Ame et la société humaines sont directement intéressées. Il commence précisé^ ment aux derniers mots de YEnaii mur lentende'^ ment Atimain, qui lui-même est le développement le plus accompli de la psychologie sensualiste. Si chacune de nos connaissances et notre intelligence •tout entière n'est que le résultat de ces deux élé^ ments : des impressions venues du dehors par le , canal des sens et des idées qui nous représentent ces impressions ^ il est clair que la sensibilité est tout notre être ; que le rapport de nos idées est exactement le même que celui de nos sensations » et que le seul lien possible entre elles est celui
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d'une association produite par Thabitude. Mais il ne sufiQt pas que cette conséquence soit légitime, il faut encore la faire accepter ; il faut l'établir sur les ruines de l'opinion contraire, et achever, parla dialectique, ce que l'observation, ou plutôt l'esprit de système, a commencé. C'est la- tâche que Hume s'est proposée dans sa célèbre argumentation contre la notion de cause ; et l'on sait que son scepticisme en matière de métaphysique porte tout entier sm ce point. L'auteur du mémoire, après avoir reproduit ses objections avec beaucoup de précision et de force, se contente de leur opposer, en les développant , quand cela est nécessaire, les réponses sans réplique de M. Maine de Biran. Il a pensé avec raison qu'il ne faut pas refaire ce qui a été si bien fait, et qu'on peut, sans rougir, se mettre à la suite d'un des plus grands métaphysiciens de notre siècle, £n morale, c'est encore à Locke que Hume se rattache, quoiqu'il montre en apparence une grande prédilection pour le système de Hutcheson et qu'il substitue au nom de la sensation celui du sentiment. Observant que le sentiment n'est pas un fait moins personnel ni moins variable que la sensation, il en conclut naturellement que les notions du juste et de l'injuste, du bien et du mal, et la morale tout entière doivent varier avec lui.
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< Les règles de la justice, dit-il, dépendent entiè* "ement de Tétat particulier et de la circonstance lans laquelle les hommes se trouvent, et elles doit^ent leur origine et leur degré d'autorité à l'utilité }ui résulte pour la société de leur observation rtricte et rigoureuse, n ^Recherches mr les principes le la^moraie, sect. m. ) Ce n'est pas encore tout : a yertu n'étant qu'une affaire de circonstance et le goût, elle ne doit pas être estimée plus haut que /intérêt et le plaisir : aussi Hume nous a-t-il tracé m portrait de l'homme de mérite, comme autrefois [es stoïciens de leur sage, où l'on voit placés sur la même ligne et confondus dans le même respect, les plus nobles qualités de l'âme , les biens ou les espérances de la fortune et les plus futiles avantages de l'esprit. L'honneur, la probité, la grandeur d'âme, n'obtiennent aucune préférence sur la gaieté, la grâce , l'aisance dans la conversation et l'espérance d'une grande fortune. L'auteur du mémoire remarque avec justesse que le portrait ie Cléanthe (ainsi se nomme ce modèle accompli ies perfections humaines) est la plus amère critijue qui se puisse faire de la morale de Hutcheson. n est donc bien vrai qu'en morale, comme en psychologie et en métaphysique. Hume a arraché au senmalisme tous ses voiles ; il l'a forcé à confesser son
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extravagance , et par là il s'est aussi réfuté luimême ; car, ôtez-lui son principe, que la sensibililé est tout l'esprit de l'homme , vous aurez ruiné de fond en comble toutes ses objections.
Le plus faible des trois morceaux où l'auteur passe en revue les principaux résultats du scepticisme moderne , est celui qu'il a consacré à Kast. L'histoire extérieure de la philosophie kantiennei les épreuves qu'elle a subies, les vicissitudes qu'elles a traversées avant de fibcer sur elle l'attention et les respects du monde, sont racontées d'une manière très-intéressante; mais l'analyse des doctrines qu'elle renferme laisse beaucoup à dé" sirer. Elle pourrait être à la fois plus forte, plus complète et plus claire; elle ne rend pas assez sensibles les rapports qui unissent entre elles toutes les parties de ce vaste système; elle en néglige toute une moitié, c'est-à-dire la critique de la raison pratique, sans laquelle on ne saurait apprécier avec une entière impartialité la critique de la raison pure. On ne s'explique pas que l'auteur, après avoir insisté si longtemps sur la morale de Hume, n'ait pas attaché la même importance à la morale de Kant, qui est certainement plus originale et plus profonde, et qui a joué un plus grand rôle dans l'histoire générale de la philosophie. Enfîn^ même
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dans les liinttes où elle se renferme , elle s'arrête trop à la sarface^ aux détails, et ne fait pas assez connaître Tesprit, la méthode, et les traits les plus distinctifs du philosophe allemand. Ailleurs, cet dé&uts seraient moins remarqués; mais ici, et immédiatement à la suite des articles sur Hume et sur Hijét, il est difficile de n'être pas exigeant. La critique qui succède à cette analyse ne lui est pas beaucoup supérieure. Il ne suffît pas d'inroquer oûntre Kant l'autorité de la conscience et du sens (Jommuni ibfaut résoudre les difficultés qu'il propose , et non les trancher ; il faut répondre à ies raisonnements et à ses observations par des raisonnements plus exacts» par une observation ^lus approfondie à la fois et moins systématique de la nature humaine.
Nous voici enfin arrivés à la conclusion, c'esVèdire à la troisième et dernière partie de l'ouvrage, où l'auteur nous expose l'ensemble de ses vues sur les objets les plus généraux et les plus élevés de la méditation philosophique : Dieu, l'univers, l'àme humaine. Remarquons d'abord qu'au lieu de res^ ter fidèle à la saine méthode, celle qu'il a recommandée lui-même et généralement mise en pratique dans les deux premiers livres de son mémoire; au lieu de commencer par ce qu'il y a de plus né-
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cessaire et de plus infaillible pour nous, ce que nous savons de nous-mêmes, pour pénétrer ensuite dans le monde extérieur et élever enfin un r^ard sur la nature divine, c'est la marche opposée qu'il suit ici , et nous allons être assurés sur-le-cbamp que cette faute n'a pas été sans conséquences.
Cherchant Dieu en dehors de la conscience, il le dépouille sans le vouloir, et avec l'intention seulement de le grandir, de tous les attributs de la conscience, c'est-à-dire de toutes les perfections iutellecluelles et morales. £n effet, Dieu pour luii comme il nous Ta déjà laissé entrevoir ailleurs, n'est pas autre chose que l'être en soi et sans limite ou l'infini. L'infini ne pouvant pas être compris par une intelligence finie, nous n'avons qu'une manière de parler de la nature divine, c'est de dire ce qu'elle n'est pas, c'est d'éloigner d'elle toute limite et toute condition, tout ce qui caractérise les êtres bornés et contingents ; mais quant à lui attribuer des qualités positives, c'est ce qui lui paraît au-dessus de notre pouvoir, car toutes celles que nous connaissons de cette espèce appartiennent à des êtres créés. « La créature la plus noble, dit-il , de toutes celles que nous connaissons est intelligente, sensible et active ; mais Dieu, à moins d'anthropomorphisme , ne peut être rien dit pro-
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prement de cela, et si nous parlons de son intelligence, de son amour et de sa volonté , il ne faut jamais oublier que ce n'est pas seulement par le degré que ces facultés diffèrent en lui, mais par l'essence. » B veut bien accorder à Dieu Vunité, la simplicité, l'immensité, parce que le caractère de ces attributs est purement négatif; ils signifient tous trois qu'aucune des conditions sur lesquelles repose Vexistence des êtres, la pluralité, la divisibilité, l'étendue, ne peut convenir à l'être en soi. Mais il ne veut pas qu'on puisse dire que Dieu est toujours,. que Dieu est partout; car ce serait le faire descendre dans le temps et dans l'espace, ce serait lui donner de la durée et de l'étendue comme aux choses. Il repousse surtout l'opinion qui fait consister l'essence divine dans la pensée ou dans l'intelligence, et en général dans^ les facultés exclusivement propres à Tesprit. « Ce n'est pas, dit-il, avoir des idées bien relevées de l'être que de penser l'honorer beaucoup en le faisant intelligent. . . Comment l'auteur des esprits ne serait-il qu'un esprit? Celui qui fait que les êtres pensent a en lui quelque vertu essentiellement supérieure à la pensée, sans laquelle la pensée, que nous concevons comme pouvant ne pas être, ne serait pas. »
Le moindre inconvénient de cette doctrine, c'est
d'être en contradiction manifeste avec le reste du mémoire; c'est de renverser de fond en comble tout ce qui a été dit précédemment de la valeur ab* solue de la raison humaine et de la certitude de nos facullés en général. En effet, s'il n'y a rien de commun entre notre misérable intelligeiice et celle de l'auteur des choses; si, d'après les expressions que nous avons citées plus haut, elles diffèrent l'une de l'autre non seulement par le degré, c'est-à-dire par leur étendue, mais par leur nature ou leur essence, ne peut-il pas se faire que ce qui nous parait à nous une vérité universelle et nécessaire ne soit aux yeux de la raison divine qu'une loi purement contingente de notre esprit? Mais alors de quel droit l'auteur se sépare-t-il de Kanl? Le caractère subjectif que Kant attribue à nos idées signifie exactement la même chose, avec cette différence que, regardant l'existence de Dieu comme au-des» sus de toute démonstration, il ne s'appuie pas sur une vérité absolue pour démontrer que toutes les lois et toutes les conceptions de notre raison sont contingentes et relatives. Nous voilà loin de cette proposition si clairement énoncée et si vivement défendue ailleurs, que la raison n'est pas une simple faculté de notre esprit, mais l'être lui-même, c'est-à-dire Dieu présent au dedans de nous et
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rant sans se partager la conscience de tous les mes*
nsidérée en elle-même, indépendamment des arts qu'elle peut avoir avec des doctrines anlires, ou de la position particulière de celui 'adopte, cette théorie de la nature divine est lesplusdangereusesqi^ se puissent concevoir, ine différence, comme nous l'avons déjà re- [ué plus haut, ne la sépare de celle de Plotin l'école d'Alexandrie. Le Dieu qu'elle offre à \ adoration, ce n'est pas la cause personnelle re, et par conséquent la Providence du mondia ; est pas le juge et le père du genre humain ; ce pas l'idéal de toute bonté, de toute justice, ute sagesse, le type accompli de la liberté et raison dans son unité suprême ; c'est le Dieu mu, ou, comme on disait en Orient avant 1, c'est l'abîme. Quand les philosophes xandrie lui refusaient même le nom de ), ils étaient plus conséquents que l'auteur lémoire ; car comment se représenter l'objet ime de toute affirmation par des attributs nent négatif? Conunent dire qu'un être 3 qui n'est rien de ce que nous savons, de ne nous concevons et de ce que nous pouconcevoir? On n'imagine rien de plus stérile