INTRODUCTION. XXIX
ciété se partageait alors, et presque chaque famille des castessupérieures, avaiiles siennes, qui tenaient lieu de règles et en quelque sorte de conscience» dans toutes les circonstances importantes de la vie. Ainsi exclue de toute influence dans Tordre social et de toute participation à la vie active , la libre pensée ou la philosophie n'a pu vivre que dans la solitude, n'a pu se développer que daus le champ de la spéculation. Faut-il donc s étormer qu'oublieuse ou ignorante des conditions réelles de Texislence» n'ayant jamais à subir Tépreuve salu- ^taire de l'expérience et du sens commun , elle se soit laissé eniratner quelquefois à des hypothèses qui répugnent à la conscience de Thumaiiité? Hais la situation est bien différente aujourd'hui. La réalité et la pensée , l'ordre intellectuel et l'ordre social se sont peu à peu rapprochés l'un de l'autre et ont fini par se rencontrer dans certains principes communs, devenus dès à présent la base indispensable des sociétés modernes. Le droit commun , l'idée de la justice telle que la raison seule peut la concevoir, parce qu'il n'y a qu'elle d'universelle et d'impartiale, a pris dans notre existence publique, c'est-à-dire dans nos institutions et dans nos lois, la place de la tradition, de la coutume, des odieux privilèges. Le pouvoir, sous quelque forme
qsi'à se imnifeste , de quelque «antère q«^ mH transmis ou partagé» a cessé d'être la conaécraticm Kligiease de Tarbitraire et de )a force, un don «nrnaturel ou une mystérieuse émanation de la ©îtiiiilé ; c'est une institution de la raison fondée dans l'intérêt de k société, ou, ce qui revient au même, àasïu riDtérèt de la justice, du droit commun, tle la liberté et de la sécurité communes, et que la société a le droit de modifier ou de transporter d'une main i une autre, toutes les fois qu'eU^e la voit s'écarter 4e «a deslination. La religion elle-même , depuis f u elle est devenue ce qu'elle aurait dû être twir joure etoe qu'elle restera dans l'avenir, une aotorité purement morale, un commerce spirituel entre TAme et Dieu, ne peut plus se défendre autrement que par les armes de la raison. Elle a beau accabler de ses injures et de ses dédains cette faculté si chéiiire à ses jeux, cette esclave révoltée, comme «Me la nomme, elle est pourtant obligée d'invoquer son témoigifâge, elle ne peut la gouverner qu'avec son assentiment et après avoir obtenu d'dle l'aveu entikement libre de son insuffisance* Sans parler des efforts qui ont été faits à d'autres époques pour concilier ensemble les besoins de la pensée et les dogmes de la foi, n'est-ce pas par le raisonnement, «t par le raisonnement seul, qu'on a essayé d'éta-
iMiaMTcneff.
Uir dans ces demi/ers temps Timpuissance de la rmsoii et les titres de la rérélation? N'est-ce point par des sysièmes philosophiques qu'on a cherché i démontrer que la philosophie est impossible?
Enfin, Fautorité de la raison n'est pas seulement reccmnue dans les institutions, elle est établie aussi dans l'esprit et pour ainsi dire dans les mœurs de notre siècle ; elle est devenue un pouvoir public avec kquel tous les autres sont obligés de compter, et qui finira, quelques obstacles qu'on lui oppose, par les dominer entièrement. La seule puissance, &k effet, qui soit reconnue aujourd'hui comme lé^ gitime et dans laquelle réside véritablement la souveraineté, ce n'est ni la fortune, ni le nombre, ni même l'esprit et le talent; c'est la raison, c'està-^lire la vérité et la justice se faisant jour à travers tous les obstacles et se révélant à la conscience dd l'humanité. L'imagination a fait son temps ooHune l'autorité. La poésie et l'éloquence sont toujours une source de nobles plaisirs, elles n'ont plus la force d'ébranler les âmes ou de chan^rla direction de k volonté et des sentiments. La gloire eUenooéiiie a perdu son prestige. H faut que tout fttsae par l'épreuve d'une critique impitoyable ; il (mi que tout soit discuté , analysé, démontré. On ^mi flaité qu'en allumant et en icritait outre
eutir , qui « iA ayuiii plut» le ^ffliliniflBi àt ia im^ mt ciitu^^flidniil pift k ittiigii§tr ûiria causcifliice eiét Iti Xttibui; , fiuur giu ïb. liiHsrk^ iià jusiict , 1h ^Lâine
Cuiivi'jùuuii «t à^ priiAUJ^iOu iàt; camialiraût poH
iM ^ uiJ^ ttM»e£ pour uouk (xm^wicrt qsàt k pbÀr kf^yiM: ju «piiè de luoût, et par cselLa même ^*dk U ^ put k druLl de i» emitsnuer plus iaDglemps dau jU bvUtude, aui prÎM^ avec dei» abstraokois €i des Mii^^esuu>. Vu il eiià ooo^iame ou xàcai, c't&tâonesprJLl ^u^ ià>^>lre tirade r^spiie^ casi sc»n «utohlé qu'il 4ij4ieiUe tit <j4i iJ rboomyut âvani toutes les autres; <;)a t^'^juiJLuexi.t ië rauM>n pcMimai-t-elk iusûfier les 4/'<^U ^ Miiiir^:; a k tàdie qu'elle se donne, si elle u^ MJiMMtM: idée de sa coosûUitioa. de sa nature. ui ik Wk îuw^; eu uu mol si elle ne se cûoualt , |M^ ? ^H^ i:e\Us connaissance, on se le rappelle, ou ^ PiUjwr de 1 esprit humain sur lui-même pour \ff^*4^tii pr/sM^iSsion de tout ce qui est en lui , c*est pr^xihéuàt^têl^ dans sa première et plus simple expri^^mi^ la philosophie. Enfin, ce sont ses princi- |M^ eji^pricaés sans détour qui sont devenus la base ik lUJU institutions civiles et politiques; de sorte qu'tme révolution dans les idées, si elle était pos-
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aible, une réaction, non pas factice, maivrédRe, daDBr le sens de F autorité traditionnelle et au préjudice de la raison, amènerait arec elle, tôt ou tard, une rérolution sociale. Ce n'est donc pas le moment pour la phUosophie de se (me humble et petite, de vivre uniquement de régime et? d'abstinenœ, de fiiir toute discussion qui pourrait attirer sur elle les it^ards et lui donner un rôle actif dans le monde^ comme si, après avoir entraîné la société sur sesr pas, elle craignait elle-même d'avancer, et avait peur de sa propre influence. Non, c'est en vain qu'elle voudrait se soustraire k cette nécessité ; ce qu'elle' a commencé, il faut qu'elle le continue et lachève; les idées qu'elle a déposées en germe dans tous les esprits, les principes qu'elle a feit passer dans les institutions, qu'elle a inscrits en tête de la législation et du droit modernes , elle est obligée, sous peine de s'abandonner elle-même, de les féconder, de les développer, d'en montrer toutes les applications, et de les défendre sans relâche contre les artifices par lesquels on cherche k les obscurcir ; carresprit humain ne s'arrête pas : il &utqu'ilavw[ce ou qu'il recule. Si là* philosophie, désQPtant la tâche que les circonstances hii imposMil, et qui est, il faut le dire, le but véritiable de sûDi essteoee, n'eKcsrce aucune inftuence sur la vie
réefle, ou ne montre aucun imerM pourles-araiides (pwstions de rtudie iwiaL la Ttoe»^ oatorrilemiNil, je (lirai même aeceâssâuremenu se tonmoa contre elle. Onei pnx p^jumut-eile .iitacfaer à de pores abstnietHm&« o« . poiir exprimer toule ma pensée, à une seieice ([ui, a étant d* aucune utililé à son point de vue. (Uuthi encore le tort d'aioir des ennemm puisaant&f Ausn ne ie £eia4-ellfr pm scrupule de la iacrifier, eUe et !î» principe» les plus chers, les plus douloureusement actpii» à Tesprit humain, toutes les Ibi» tpi elle le croira atife à son repos. Une société comme ceOe cpie j'ai essayé de définir, suspendue en ipielip£& £koii »tre la foi «pieQe n'a plu» et la raison cpi'eQe n a pM encore , ou «pi' elle renferme dans de sernks usages, ne reconnaît de valeur qu'à «.*es deux dioses : te bien-être et la paix. La di^te de la nature humaine, les droit» de l intelliiîencev lamoaret Tintérèt de la Térité lui importent peu : il lui suffit, pour se croire à ta limite de la perfection, qu'il y ait dans son sein, à côté de la puissance matérielle, une autorité morale capable de réprimer'^les pen* chants perrers et les instincts de rénrfte, que là force toute seule n'est pas ai état de ctxitenir. Cette autorité, ellela troure dans la religion, qu'elk MUtient sans y croire, qu'eUe honore sans Taimar,
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uniquement pour les services qu'elle en reçoit, et comme une sorte de police exercée sur les idées et sur les passions.
Sans doute on peut être tranquille sur le résultat définitif des efforts de l'esprit humain : la raison ne se laissera pas déposséder du monde moral pour devenir la servante de l'industrie et des sens, n y a en elle une puissance qui triomphe de tous les obstacles ; il y a dans Tâme humaine une franchise qui déjoue tous les calculs. Rien donc ne saurait empêcher une idée et un principe une fois reconnus vrais de faire leur chemin dans le monde, d y jouer le rôle qui leur appartient, d'y produire tous leurs effets. Mais il est honteux pour les hommes de se laisser traîner au lieu de marcher, de ne pas faire volontairement, par amour du vrai et du bien, ce que fera tôt ou tard la force des choses. De ces deux manières de remplir notre destinée, la première est certainement la plus prompte, la plus sûre, et celle qui coûte le moins de sacrifices à rhumanité; car si on ne l'instruit pas par la science, il faudra bien qu'elle s'instruise par l'expérience ; si la raison ne va pas en quelque sorte au-devant d'elle , si la vérité et la justice ne lui sont point enseignées directement dans la proportion de ses besoins et dans la mesure de son intelligence ,
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tl imi l'iMir ijnKlIt^ ni^ ImiumnaitrA que par de don-* iMiMiiuinm «'^^irtiiivini, nu aprèn avoir subi, comme I liUliilin iMMiii (MinlVrr (Ir trop fréquents exemptes, ImuIuh lim tHUiMiiquiPUtM^ ile rignorance, des pasiriuM« ri (lo It^rrour. haillours le bien que laphî- U^o)^luo |HUiin*a fum^ j^ la siH*iélê <» entrete&ant AHv \v(lo ui^ iHmiiuorw |Jus inlime et plus actif, k i^H^V K^ lui rtviivtiNA a\^v usun*. Eu etTeL saib W<^ \lvvi |^^^1^fi ^)Mk Imi n siiHit eik^YV à Êuare
i^^ivl«iK\ U v^iHfc ùhH s^tio ta >aeoctr ib? l «prit w^iâU M^.i .ueiiHV^ujoarù hm à si h.>rme liiîli M.»»» iwvui.vi iwyK'tt^r^ tui pnf^mtae '^auewmiînt 3
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mencée. C'est celle qui ooasiste à passer de Técole dans le monde , e'est-è-dire dans le eommerce gé* néral des mtelligences, dans le mouv^ooent général de la TÎe, et à reapkcer l'esprit de système par la raison universelle de riiumanité ; car l'école a ses préoccupations, ses illusions, ses préjugés, ou, comme dirait Bacon, ses idoles, aussi bien que le temple et le monastère; elle a aussi sa barrière extérieure ou son mur de clôture dans les habitudes et les formes particulières de son langage. Quand la philosophie, après avoir fait ce dernier effort, se trouvera en présence de l'humanité telle qu elle est, et non comme on peut la rêver dans la solitude; quand elle se verra obligée de subir en même temps la critique du sais commun et l'épreuve de l'expérience, il faudra bien qu'elle renonce à courir les aventures, qu'elle cesse d'abuser de l'abstraction, et que, au lieu d'être un pur exercice de raisonnement, comme cela lui est arrivé et lui arrive encore quelquefois, elle devienne la chose la jAis sérieuse de la vie , c'est-à-dire la science qui nous apprend à nous en sarvir, ou l'expression la plus exacte des devoirs, des droits, des facultés et des légitimes espérances de la nature humaine. Lora de moi cependant la pensée que la philosophie se puisse aller plus loin que le sens commun