‹ De la certitude:Chapitre 7 sur 20 · XL INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION

et ait pour unique attribution de rassembler avec un certain art les mêmes jugements que celui-ci nous présente confusément et en désordre I Une telle opinion ne serait rien moins que la négation même de toute science philosophique. Le sens commun, dont on a dit à la fois beaucoup trop de bien et beaucoup trop de mal, n'est pas autre chose que la raison humaine considérée dans ses applications les plus générales et les plus fréquentes, contenue dans les limites oîi elle peut être également entendue de tous. Il n'est pas nécessaire de le considérer pour cela comme une portion naturelle , c'est-à-dire comme une faculté distincte de l'intelligence, dont les attributions ne peuvent pas changer; ses limites s'étendent de plus en plus avec le temps, et l'on n'aura aucune peine à se convaincre que bien des vérités aujourd'hui revêtues de sa sanction lui étaient inaccessibles il y a deux ou trois siècles. Il est des choses parfaitement démontrées qui sont au-dessus du sens commun ; mais rien ne saurait lui être contraire : par conséquent, s'il ne donne pas la mesure de l'esprit humain, il lui offre du moins un frein salutaire. La vue de l'âme n'est pas abusée comme celle du corps par certaines illusions naturelles et inévitables que la science puisse se flatter de redresser.

INTIODUCTION. XLl

Ces réflexions donneront une idée générale du but que doit se proposer la philosophie de notre temps ou de la direction qu'il lui convient de suivre; mais cela ne suffit pas : il faut qu'on voie quels sont les problèmes ou du moins quelques-uns des problèmes qui sollicitent particulièrement ses méditations» et qui sont susceptibles de recevoir une solution utile relativement à Tétat présent des esprits. Sur ce point notre incertitude ne peut pas durer longtemps. Il n'est pas une seule question appartenant directement ou indirectement à l'organisation morale de la société, dont l'esprit public ne se soit préoccupé dans ces dernières années et qui n'ait été mise pour ainsi dire à Tordre du jour. La propriété, le mariage, la famille, l'éducation, les principes qui doivent servir de base à lorganisation de l'état, les droits respectifs de l'état et des individus, de l'état et de la famille ou des autres institutions qu'il renferme dans son sein, enfin les rapports des étals entre eux et la destinée commune du genre humain, tels sont les graves sujets qui appartiennent aujourd'hui à la discussion publique, que nous voyons traiter sous toutes les formes, dans tous les sens et par tous les organes de la publicité moderne. Chose étrange ! les ouvrages contemporains où ils tiennent le

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