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dire la vérité elle-même; car n'est-il pas de la nature du support d'être plus solide que l'édifice? Puis après avoir fait main basse sur tous les sceptiques, on devra rechercher quelles sont les vérités certaines qui doivent subsister dans la philosophie de notre temps.
Il faut avouer que ce serait là une très grande découverte, et que si les chemins de fer et la poudre ont opéré, ou promettent d'opérer de grandes révolutions, combien plus grandes ne les ferait pas la première de toutes les découvertes dans l'ordre moral ! la plus grande découverte dans l'ordre physique, on ne sait pas encore en quoi elle peut consister; mais dans l'ordre moral c'est incontestablement la certitude, et autant le moral l'emporte sur le physique, autant celui qui pourrait trouver la certitude surpasserait tous les inventeurs du monde. A moins de décliner l'utilité des découvertes morales, peut-on se refuser à cette conséquence? Pas plus qu'on ne peut se refuser à juger de l'utilité d'une découverte et des besoins qu'on en a par la récompense proposée. Ainsi on a donné à M. Da guerre dix mille francs de pension pour avoir trouvé le moyen de fixer sur le métal les plus vastes panoramas sans aucune espèce de savoir, et il les méritait bien ; mais enfin cela est bien peu de chose auprès de trouver la vérité ! Quoi qu'il en soit, quinze cents francs une fois comptés ont paru suffisants à l'Académie pour rémunérer un si grand ser-
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vice ; il est clair qu'elle ne tient pas beaucoup à ce qu'on le lui rende ; mais ce n'est point en cela que nous nous permettons de la désapprouver ; les académies ne sont pas riches et les philosophes font profession de modestie.
Nous voulons savoir seulement comment il se peut faire, qu'après avoir demandé ce que c'est que la vérité à celui qui l'aura trouvée, on se contente des vérités de notre temps ? Ne serait-ce pas que, pour couronner l'œuvre , il faille dire que les philosophes qui siègent ont raison , à peine d'être exclu du concours, ou, ce qui est la même chose, débouté de ses prétentions ? Nous en avons bien peur, car effectivement on ne se tue pas soi-même. En ce cas, voilà donc les fondements de la vérité trouvés d'avance, et les vérités de notre temps transformées en vérité detous les temps. En effet, en soutenant que la vérité d'aujourd'hui n'est pas la vérité d'hier, qu'affîrmerait-on? Un pur changement d'opinion qui n'a aucun rapport avec une découverte scientifique. Il faut nécessairement que cette vérité, pour tomber sous l'appréciation, soit aussi invariable que les propriétés des parallèles; d'ailleurs est ce M. Pierre Leroux, est-ce M. Cousin, est-ce M. Àzaïs lui-même, est-ce M. de Lamennais qui a fait faire ce pas à l'opinion? Tout homme qui sait combien est grand l'amour des philosophes pour la domination, précisément à cause de leur soif d'indépendance, dira que si nous ne met-
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tons pas le doigt juste à la bonne place nous ne pourrons qu'encourir la réprobation de ceux qui se commettent à la fois juges et parties et qui se sont accordé l'infaillibilité, après s'être revêtus de la sanction légale en occupant le trône et la chaire académiques.
Le reste est une affaire de métier. Sextus,Huet,Hume et Kant , et tous les sceptiques, depuis le commencement du monde, ne sont là que pour faire corps et contraindre les concurrents à gagner leur argent. En outre , quand on s'est donné bien de la peine, on est peu porté à croire au vide des questions, à peu près comme les disciples dePythagore qui restaient sept ans sans parler avant que d'être initiés au secret de leur maître. A la fin de l'épreuve, il leur était beaucoup plus difficile de se persuader qu'ils étaient des dupes, ou comme quelqu'un de bien attrapé, ils ne s'en vantaient pas.
Sans doute il faut occuper les esprits inquiets , et si quelque chose est capable de faire approuver atout homme bien pensant l'institution d'une Académie des Sciences morales et politiques, c'est en considération de son objet qui consiste à détourner le courant du bon côté. Mais quoi de moins propre à remplir ce but qu'un problème dont la thèse unique est de chercher à suppléer l'expérience des siècles et le principe religieux?
On no s'informera pas où commence notre temps,