XVJ INTRODUCTION
de rêlrc, et la r^érité politique avec la vérité religieuse.
Mais par quelle bizarre nécessité sommesnoos obligé, dès notre début, de distinguer entre science et vérité politique? entre science de Tétre et vérité religieuse? Pourquoi la science n'est-elle pas la vérité? Quelle est donc la nature de la vérité, quelle est celle de la science ?
A ces étranges questions, les idées se pressent ea foule. Y aurait-il deux vérités ou une troisième vérité, tout-a-fait inconnue, ne rattacherait-elle pas celles-ci? S'il y a deux vérités, si croire et savoir sont deux choses tout-à-fait différentes, où sera la place de ce qu'on appelle liberté? La science ne procède que par démonstrations, la foi s'impose; il n'y a donc séparément dans la science et dans la foi aucune espèce de choix. En outre, si la vérité est dans la science, à quoi bon croire à autre chose qu'à ses enseignements? Si elle est dans la foi, qu'avons-nous besoin de nous préoccuper d'autre chose que de croire indistinctement tout ce que la tradition nous transmet?
D'une part comme de l'autre la raison n'est pas satisfaite. C'est que la raison est autre chose que l'instinct, c'est qu^elle est l'image de la liberté et qu'elle renferme en elle des principes contraires et inexplicables l'un par l'autre. Pour les expliquer, elle aurait besoin d'un troisième principe qu'elle ne peut saisir
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ou tenter de saisir que par un certain mélange de ces contraires, mélange qui forme ce qu'on appelle Fopinion.
L^ opinion prend donc naissance dans Tinsuffisance de la science et de la foi, et doit procéder par des moyens inconnus à celle&-ci. Car on ne se forme une opinion de la nature d^une chose que lorsqu^on ne dmnalt pas cette chose, qu^on n'en est pas certain, qu'on n^en saurait rien affirmer absolument.
L'opinion arrêtée s'appuie sur une vérité première que Ton nomme un dogme ou une hypothèse, selon qu^on considère cette vérité par les yeux de la foi ou par ceux de la science. Dans le premier cas, elle donne naissance à une croyance; dans le second, à une méthode, à une théorie ou à un système. C'est ainsi que la religion s'oppose à la philosophie et s^en sépare nettement, quoique née du même besoin de eonnakre. Mais l'une admet l'examen, Fautre le rejette. De là une inimitié naturelle et sans retour.
Néanmoins, ne perdons pas de vue que l'une et l'autre prennent naissance dans l'opinion et qu'elles ne peuvent conséquemment demeurer tout- à-> fait isolées. Cependant que fait-on aujourd'hui? Sous le spécieux nom de théorie, on bâtit des systèmes et Ton veut arriver à la certitude par le seul secours de la science. On ne veut plus de système, ce mot est trop discrédité, mais l'on accepte les
théories. Or, en quoi diffèrent ces mots système
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et théorie en philosophie première? Autant que nous avons pu nous former une juste idée de la distinction et de son usage, une théorie s^appuie sur un fait patent : Ainsi Ton fait la théorie de la lumière, lorsque, ayant observé les différents phénomènes qui caractérisent la lumière, on cherche à les rapporter à un fait positif et d^ expérience incontestable, et Ton fait un système dès que Ton va plus loin que Texpérience. Si, par exemple, vous soutenez avec quelques savants que la lumière nous est transmise par les vibrations de Téther, comme le son par celles de Tair, il est certain qu'alors Tanalogie vous conduit à des notions purement hypothétiques ; car non-seulement vous Diètes pas certain de Texistence de Téther, mais c'est une supposition tout-à-fait gratuite de soutenir que Téther, frappé par les particules de la lumière, ne nous transmettrait que des mouvements. Une théorie se distingue donc essentiellement d'un système en ce qu^elle ne peut s'appuyer que sur Texpérience, mais telle est sa nature qu'elle a besoin d'un système pour être justifiée et satisfaire la raison, sur* tout s'il s'agit d'une cause première nécessairement toujours placée au-delà de l'expérience; alors «ne théorie équivaut à un système : le mot théorie n'est plus lui-même qu'une supercherie. Un système, «c- Ion Tétymologiedu mot, est un ensemble de pièces, et spéculativement de théories, comme dans l'exemple
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précédent où Ton cherche à rattacher la théorie de la lumière à celle des sons, c^ est-à-dire une théorie <le plusieurs théories, finalement les deux mots se confondent, surtout lorsquMl s^agit du fait principal, qui embrasse tous les autres.
Il y a dans eette distinction de théorie et de système le même abus de mots, et dans le choix le même arbitraire qu'en géographie pour ce qui doit s'appeler lie ou continent. En effet, les géographes appellent le rocher de Sainte-Hélène une tle, ils donnent encore le nom d'Ile à Cuba, à Madagascar, mais ils ne le donnent plus à la Nouvelle-Hol lande qui n'est cependant qu'une lie pluà grande, non plus, à plus forte raison, aux trois grandes régions de l'aiieien monde, ni aux deux Amériques qui ne sont, au fond, que de très grandes lies. La raison de cela eûi que sMls n'appelaient pas lie ce qui leur parait petit et continent ce qtii leur parait grand, il leur serait très difficile de s'expliquer, inais leur dénomination ne change rien à la nature des chôises, il n'y a que des lies dans le monde ou il n'y a quedeis continents, il en est ^ même d'une théorie et d'un système; le mot système, c'est le continent, le mot théorie, c'est TUe, parla raison qu'il n^'y a pas de «eience qui ne se subdivise en imeinflntité de rameaux et ne puisse se ramener à un seul.
Le mot théorie peut d'ailleurs s'appliquer indifféremment à toute espèce de système, lorsqu'il s'agit