CHAPITRE X
Du scepticisme en g^énéral (1).
Tout ce que nous venons d'établir est attaqué par le scepticisme, qui conteste à l'esprit humain le pouvoir d'arriver au vrai. Ce système a une longue histoire, et sa loi historique paraît être de se produire à la suite de tous les grands efforts de la pensée spéculative. On le rencontre en Grèce après les éléates et les atomistes, après Platon et Aristote, après Ëpicure et Zenon; dans les temps modernes, après la scolastique, après le cartésianisme, après le mouvement spéculatif du commencement de notre siècle.
Comment expliquer la vitalité persistante du scepticisme et cette loi de retour à laquelle il semble obéir? La pensée humaine est-elle condamnée au suicide, chaque fois qu'elle a pris l'essor? C'est que les causes qui amènent le scepticisme sont permanentes. Au nombre de ces causes il faut mettre d'abord les égarements du dogmatisme. Si la philosophie dogmatique n'était jamais présomptueuse, le scepticisme n'en serait pas la suite. Mais on oublie trop la maxime : Non plvs sapera quam oportet sapera; on demande à la raison plus qu'elle ne peut donner; puis, après quelques déceptions, on tombe à son égard dans une défiance excessive, on éprouve cette misologie dont parle Platon et qu'il compare à la misanthropie des gens trop confiants trompés par leurs semblables. Cette cause n'est
(1) Ce chapitre pourra sembler d'abord insuffisant à ceux qui connaissent les interprétations ingénieuses que Ton a données récemment des anciennes doctrines sceptiques (Voir Renouvier, la Oritique philosophique^ 7" année, p. 276;. Mois ces recherches et ces discussions sont étrangères à notre sujet.