‹ De la certitude et des formes récentes du scepticismeChapitre 16 sur 52 · DU SCEPTICISME EN OÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DU SCEPTICISME EN OÉNÉRAL

exemples, pour ne pas soulever la question générale des antinomies qui viendra plus tard.

L'école hégélienne a, je le sais, une réponse toute prête, savoir que la contradiction étant dans les choses doit, par suite, se trouver dans nos pensées, sauf à se résoudre dans une unité supérieure. Cette réponse n est pas la nôtre. Nous pensons que l'identité des contradictoires n'est qu'un mot vide de sens, et que si la contradiction était réelle, il n'y aurait pas de solution possible. Mais y a-t-il contradiction? Pour l'expérience le monde est multiple, cela est incontestable. Mais l'espèce d'unité que la raison réclame, unité d'ordre et de rapports, se concilie sans peineTavec la pluralité des êtres. Il n'y a donc pas contradiction sur ce point entre l'expérience et la raison. Mais comment concilier l'évolution et la création? Par une distinction bien simple. La doctrine de l'évolution (en la supposant vraie) répond à la question du comment^ celle de la création répond à la question du pourquoi (1). On peut donc être évolutioniste et admettre la création, et quand les adhérents de la nouvelle doctrine s'en font une arme contre le dogme de l'existence de Dieu, ils tombent dans le sophisme : A génère ad genus.

Mais, dit enfin le scepticisme, il est impossible de tout démontrer. — Sans doute; mais l'objection n'a de valeur que si l'on sous-entend cette proposition arbitraire : Il faut tout démontrer. Leibnitz dit, il est vrai : Je voudrais que l'on démontrât tout, jusqu'aux axiomes. Mais ici le grand philosophe prend le mot démontrer dans un sens large. Il veut dire sans doute que l'on ne doit rien négliger pour répandre toute la lumière possible sur l'origine des axiomes, sur leur emploi légitime, sur leur véritable sens. Démontrer signifie donc ici expliquer. La raison croit tout d'abord à sa propre véracité, sans avoir besoin pour cela d'aucun

(1) Voir Varticle déjà cité de M. Secrétan.

iOO PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X.

syllogisme; mais elle se rend compte d'elle-même en remontant au principe d'où elle sort avec tout le reste. L'axiome de causalité, formulé correctement, entraîne notre adhésion par sa seule évidence ; mais l'esprit est plus satisfait lorsqu'il le rattache à l'ensemhle dont il fait partie, ou lorsqu'il comprend que sa négation rendrait toute pensée impossible et aboutirait au scepticisme absolu. Démontrer les axiomes, cela peut signifier encore prouver la légitimité de leur application à l'expérience. Cette preuve s'appelle dédicction dans la langue de Kant. Le philosophe allemand fait cette déduction à propos des concepts de substance, de cause, de qualité, etc., engagés dans les axiomes comme sujets ou comme attributs; mais c'est toujours une explication plutôt qu'une preuve proprement dite. Car il s'appuie en dernière analyse sur la nécessité d'éviter le scepticisme (1).

(1) Voir Desdouits, la Philosophie de Kant, p. 63.

DAVID HUME OU I.E SCEPT1CI6VB

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