CHAPITRE XVI
ne qu^neei tb^ies moderaea de la oonnaissanee
humaiMe.
I, La maxime de TroU^oras reproduite par Grote, ^- IL La phènominisme, — III. Xa relativité de la connaissance.
I] y a de nos jours certaines théories assez répandues, dont les auteurs ne se donnent pas pour sceptiques, mais où beaucoup de bons esprits inclinent à voir autant de formes du scepticisme. On reproduit, par exemple, l'assertion de Protagoras, que Thomme est la mesure de toute chose; on professe plus ou moins explicitement la maxime que nous ne connaissons que des phénomènes; puis vient le fameux principe de la relativité des connaissances, qu'adoptent en commun plusieurs écoles, entre lesquelles il existe d'ailleurs des dissidences profondes. Il faut examiner ces théories qui se rapportent évidemment à la question qui nous occupe. Sont-elles sceptiques? Offrentelles un mélange de vérité et d'erreur? Sont-elles intelli- ^bles? Se bornent-elles à trancher sommairement et confusément plusieurs importants problèmes? C'est ce que nous allons tâcher de démêler pour chacune d'elles. Commençons par la maxime de Protagoras.
I. — C'est rhistoridn anglais Grote, l'ami de Stuart Mill, qui l'a remise en honneur, dans son ouvrage intitulé : F^laton et les autres compagnons de Socrate, Grote croit qxie ce qui fait le prix de la philosophie; c'est la méthode et non les résultais. Ainsi, l'important dans le platonisme et dans toute philosophie, c'est l'art de discuter. Voir en
tout le pour et le contre, n*ètre dupe d'aucun préjugé, se rendre compte de ce que l'on pense soi-même, et tirer de l'esprit des autres, par voie d'interrogation, ce qui s'y trouve sourdement et obscurément, voilà la méthode, et c'est là toute la philosophie. Ainsi entendue, la philosophie n'en est pas moins, aux yeux de Grote, d'un prix inestimable. C'est un stimulant pour l'activité intellectuelle; c'est le libre examen ; mais ce n'est pas une doctrine (1). Dira-t-on que la méthode doit avoir un but, la découverte de la vérité? Mais, pour M. Grote, il n'y a pas de vérité absolue. Chacun se fait sa vérité par le déploiement de son activité. C'est même ce déploiement qui est la chose importante. La pensée est bonne par elle-même, indépendamment de son contenu. On voit par quel chemin l'auteur anglais arrive à se rencontrer avec le sophiste grec. Remarquons encore que si Grote n'affirme nettement aucune doctrine, il ne dissimule pas ses préférences pour l'empirisme et pour la morale utilitaire. Or, on verra tout à l'heure les rapports qui existent entre ces deux systèmes et le principe de Protagoras.
Pour répandre quelque lumière sur le célèbre aphorisme, reportons nos souvenirs au Tliéétète de Platon. Dans ce dialogue, qui a pour but de répondre à la question Qxi'est'Ce que savoir 9 le philosophe montre qu'il y a une étroite solidarité entre ces trois propositions : Savoir c*est sentir (2), l'homme est la mesure de toute cJiose, tout est da}%s un mouvement petyétuel ; ce que l'on pourrait traduire ainsi en langage moderne : Quand on soutient en psychologie que toutes nos idées ne sont que des sensations, cela veut dire en logique que l'homme est li mesure de toute chose, et en métaphysique générale, que
(1) JHctwHnairô deê teiences philoic^higves^ article Orote^ par M. Janet,
(2) Principe admis par Protagoras.