‹ De la certitude et des formes récentes du scepticismeChapitre 33 sur 52 · Lts genres · texte numérisé non relu

Lts genres

Par le mot genre, nous désignons en abrégé toutes les catégories dans lesquelles on peut distribuer les êtres, espèces, ordres, classes, embranchements. Le problème que soulèvent ces notions s^appelait au moyen âge la question des universaux. Quelle est la valeur des idées générales? Les genres et les espèces existent-ils dans la nature? Voilà ce qu'il s'agit de savoir.

Nous sommes en présence de quatre systèmes : le nominalisme, le conceptualisme , le réalisme absolu et la doctrine commune. D'après le nominalisme, les genres, espèces, classes, etc., ne sont que des mois, flaius vocis, comme disait Roscelin. Les écoles empiriques sont généralement favorables au nominalisme, parce qu'elles effacent l'élément spirituel ou l'idée derrière l'élément matériel ou le signe. Hobbes était nominaliste. Le raisonnement, disait* il, n'opère que sur des mots, les mots viennent de l'imagination, l'imagination vient des organes. Condillac était aussi nominaliste, lui qui disait qu'une science n'est qu'une langue bien faite, que les méthodes sont des langues et que toutes les erreurs viennent de l'indétermination des mots. De nos jours, l'école positiviste est très favorable au nominalisme. — Le conceptualisme est un système d'après lequel les genres et les espèces, au lieu d'être des mots, sont des conceptions. Ce sont des formes de la pensée, des idéaux, produits des facultés supérieures de l'esprit, mais sans rapport avec la réalité. En les concevant notre esprit :ède à un besoin d'ordre et d'unité ; mais rien ne nous dit ]ue ces formes de la pensée correspondent à quelque chose lans la nature. Les deux plus illustres représentants du conceptualisme sont Âbélard et Kant. Ce système trouve lujourd'bui un auxiliaire dans le darwinisme qui bouleverse toutes les classifications naturelles. — Le réalisme

absolu considère les genres comme les seules existences véritables. L'espèce est tout, l'individu n^est rien. L'humanité, l'animalité, voilà ce qui est ré%l; tel homme, te! animal n'est qu'un accident. Guillaume de Champeaui, Duns Scot, Hegel, ont attaché leurs noms à ce système. D'après Hegel, l'idée est tout; les développements et Indéterminations nécessaires de l'idée deviennent le monde et font de l'ordre du monde une logique inflexible. Le' genres et les espèces sont au nombre des déterminatioij' nécessaires de Vidée. — Reste le quatrième système o la doctrine commune. D'après cette doctrine, les genre^ ne sont pas nécessaires comme le croit Hegel; ils sol' contingents ; mais il y a une nature des choses et il y de l'ordre dans l'univers, quoi qu'en disent les nominali^t^ et les conceptualistes. Les genres ne sont pas les seules réalités ; ce ne sont pas même des êtres. Ce sont des lui, et ces lois, contingentes comme toutes celles de la nature ont Dieu pour auteur.

Tels sont les quatre systèmes entre lesquels il fou; choisir. Disons tout de suite que la doctrine commune d<x^ semble bien préférable aux trois autres.

Le nominalisme repose sur certaines observations tir^ vraies; par exemple, que sans le secours des mots les idt^générales seraient extrêmement vagues et fugitives. M.: dire que les genres et les espèces ne sont que des mots, c\:' aboutir à d'étranges conséquences relativement aux sdenf ^^ de la nature, au langage, à la morale, etc. La science ^ la nature devient chimérique, puisqu'elle n'établit que ôclassifications arbitraires et que, en dehors des indivi:! qui se renouvellent sans cesse, il n'y a rien de fixe et permanent. Le langage n'est plus rien, parce qu'il \>. être tout. Il n'a plus de règle puisqu'il ne représente f. les idées et les choses. En morale, l'humanilé n'étant y. qu'un mot, que devient la fraternité humaine? Que ♦: • viennent le droit et la société? Le nominalisme entrai

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