LES GENRES
même des conséquences théolc^ques qui ont motivé les condamnations dont il a été frappé. Il fait des trois Personnes divines ou des individualités sans lien entre elles, ou des actions différentes, de simples phénomènes.
Admettrons-nous le conceptualisme? Le meilleur interprète du système, Kant, nous dit que Tesprit met son empreinte sur les choses, qu'il conçoit la variété phénoménale sous la forme de l'unité, parce que telle est sa loi. Je réponds que parler ainsi, c'est ne rien expliquer et que Ton détruit le fait de la connaissance quand on isole le sujet connaissant de l'objet connu. Je sais que l'on peut Dbjecter Tincertitude des classifications et les changements partiels qu'il a fallu y apporter dans le sens de la doctrine ie l'évolution, lors même qu'elle n'a pas complètement prévalu. Mais qu'est-ce que cela prouve? Que les classifications sont variables, non qu'elles soient chimériques. — Les classifications changent; donc elles ne sont pas l'image de la réalité. — En changeant, elles se perfec- ;ionnent; donc elles se rapprochent de plus en plus d'un modèle existant, de la vraie nature des choses.
Le réalisme absolu part du premier moment de l'idée, jui est l'être en général, et il en fait sortir les genres et es espèces par une évolution nécessaire. Mais cette dérivaion est illusoire. Le genre et l'espèce ajoutent à l'être [uelque chose qu'il ne contenait pas, une forme unique et multiple à la fois, une sorte d'organisation hiérarchique (1). Ct puis les genres ne sont pas nécessaires, puisqu'ils ne >euvent être connus qu'au moyen de l'expérience. On dira »eut-être que si nous connaissions le fond des choses, nous percevrions un enchaînement nécessaire entre ces formes ue l'expérience nous présente comme des contingences, e réponds que l'observation des faits n'est pas favorable cette hypothèse, puisqu'il y a une certaine flexibilité
(1) Cf. : BoatroQz, de la Contingence des Uns de la nature^ p. 34.
a donné à tous un système nerveux central (1). Mais iî. appartiennent à des classes différentes, parce que, dao^ chacun d'eux, d'autres lois sont venues se superposer à h loi de Tembranchement et établir entre eux des différences dans l'appareil respiratoire, en sorte que, parrm le^ vertébrés, les uns respirent par des poumons^ les autre> par des branchies. Qu'y a-t-il donc dans les genres? Dr êtres à part? Des entités distinctes des êtres individuels? Non, il y a des lois.
Il y a autre chose encore ; des créations. Quels qi^t soient les enchaînements que la science constate j^ suppose, on rencontre toujours à certains d^és de 1 èi^ des contingences irréductibles, par exemple la matière, b vie, l'intelligence. Or, qui dit contingence irréductible i création. Pour passer de l'être simplement possible à 1 matière brute, il faut une création. De même pour pasx de la matière brute à l'organisme et à la vie, et de la v. à l'intelligence. C'est surtout quand on considère l'esp humaine que l'idée de création se présente à la peos^. Dans l'humanité il y a sans doute transmission de la ^'' organique d'un individu à l'autre. Mais l'âme n'est p transmise. Elle est donc créée. Dieu crée des àœ^ humaines par une action dont le mystère nous échap[^ et sans cette création des âmes, le genre bumain D'ei> terait pas.
Les notions de genre et d'espèce nous conduisent «1^^ à la grande, à l'inévitable idée de Dieu, puisque, enapp: fondissant ces notions, nous y trouvons des créations ' des lois. Toute création suppose le Créateur, et toute i manifeste l'action providentielle. Pour qu'une loi exl il faut qu'il y ait uniformité de nature entre les cnysecondes. Pour que la loi s'exerce, il faut un cerU
(1) Cf. : Liard, deg Notions de genre et d'espèce déms Ustc'f de la nature {Hernie philosophique^ 1. 1, p. 381;.
arrangement entre les forces primilives. Or, ces uniformités de nature et cette disposition préétablie sont l'œuvre d'une intelligence ordonnatrice. Dansle système panthéiste, les lois étant nécessaires sont quelque chose de Dieu. Mais dans la réalité, elles sont contingentes; elles reposent sur un principe de convenance, non sur une nécessité absolue. Elles représentent donc l'ordre établi par une cause intelligente et libre; elles sont l'œuvre de la Providence.
S 3. — Les fins (i).
Parmi les principes dont l'importance est considérable dans le développement de la pensée se trouve celui que Fon appelle principe de finalité ou loi des causes finales. La manière dont on l'envisage intéresse à la fois la philosophie naturelle et la théodicée. Si on le tient pour vrai, on aperçoit, dans la nature, non seulement une série de causes et d'effets, mais un ensemble de moyens concertés en vue d'une fin, un ordre conçu par une intelligence et exécuté par une volonté ; si on le repousse, la nature n'offre plus qu'un enchaînement mécanique où tout est déterminé par une fatalité aveugle. En théodicée, ce principe fournit à ceux qui Tadmettent une preuve de plus de l'existence de Dieu, preuve à la fois populaire et scientifique, puisqu'elle repose sur des faits qui frappent tous les regards, et qu'elle se fortifie de considérations empruntées aux sciences physiques et naturelles.
Mais, avant de parler du principe, expliquons d'abord ce qu'il faut entendre par l'expression de cause finale. Cause finale veut dire fin, but poursuivi (Nous dirons tout à rheure pourquoi on appelle cela une cause). En un sens,
(1) On reconnaîtra facilement, dans ce paragraphe, les emprunts que nous faisons à Tadmirable livre de M. Janet sur tes Cames JinaUi
la cause finale est un résultat, un effet ; mais c'est un efftt prenant le caractère de fin, de but, et par suite dono^: à toutes les circonstances qui l'ont amené le caractère de moyens. Exemple : La digestion , considérée à ul certain point de vue, est simplement un effet, c'est Ye^-: produit par la forme du pharynx, de l'œsophage^ i^ l'estomac, etc. Mais cet effet peut fort bien être consid^r^ comme un but poursuivi par la nature. Car il n'y a rien dt chimérique à dire que les organes ont été ainsi dispo^: pour que la digestion fût possible. Cet effet, en nci' apparaissant comme une fin, donne le caractère de moyens à tout ce qui le prépare. Mais pourquoi se sert-on de r mot cause finale ? En d'autres termes, pourquoi le b. est-il appelé une cause? C'est qu'il est réellement cau^en ce sens qu'il détermine le choix des moyens. C'est peu s'être proposé comme but la digestion que la nature a i posé comme elle l'a fait certaines parties de notre coris la digestion prise pour but a déterminé les dispositi ^ organiques; elle a joué le rôle de cause. Et de même q.. la cause contient l'explication de l'effet, de même le i / permet de se rendre compte des moyens. Il y a doncd^.v modes d'explications, l'un par la cause finale, rau.:par la cause efficiente. Quelquefois la première seule e^. possible, quelquefois c'est la seconde , quelquefois au^^ on peut se rendre compte et des principes qui ont anuir l'enchaînement des faits et du but poursuivi par la nalur::. et l'une des deux explications n'exclut pas l'autre. CVsi ce que l'on n'a pas toujours compris.
Remarquons maintenant la différence qui existe en*:: le point'de vue de la cause finale et celui de la cause e: • ciente. Dans le premier cas, l'explication se tire du pas??: dans le second, elle est fondée sur la considération <ii l'avenir. Ici, la série des faits est déterminée par ce : i suit; là^ par ce qui précède. Tandis que les phénomène? se superposent à la cause efficiente, ils sont comme suspebJii
à la cause finale. Celle-là est nue Inse, odle-ô ime def
de Toute.
Le principe des canses finales est Faxîoaie qui, exprimé ou sous-entendu, sert de fondement à toutes les démonstrations par lesquelles on proure Texîstence d'un Dien ordonnateur de l'unirers. Voyons d'abord quelques-unes des formules qu'on en a données.
Thomas Reid s'exprime aînâ : € Les marques éfidentes de rintelligence et du dessein dans Teffet prouvent on dessein et une întelii^ence dans la cause. > If. Janel reproche avec raison à cet énonoé d'être tautologique et de passer à côté de la véritable difficulté. Ce qu'il ûiudrait c'est une formule qui d<^ermînât quelles sont les marques auxquelles on reconnaît qu'il v a dessein et intelligence. Celle de Reid ne remplit pas cette condition. Il faudrait, en réalité, deux formules : la première indiquant les caractères qui nous obligentà reconnaître une fin, la seconde établissant que partout où il y a une fin on doit affirmer une intelligence ordonnatrice. Ces deux principes, confondus en un seul par Reid, sont loin d'être identiques. Car il y a des pbilc^oi^ies qui reconnaissent, dans la nature, des fins, des buts, mais qui en attribuent la réalisation à une force aveugle, à un instinct, etc.
Bossuet ne commet pas la même confusion que Reid. Voici, d'après lui, l'énoncé du principe : € Tout ce qui montre de l'ordre, des proportions bien prises et des moyens propres à faire de certains effets, montre aussi jne fin expresse; par conséquent un dessein formé, une ntelligence réglée (1). > Cette formule est des plus remarquables. Elle renferme, suivant la remarque de VI. Janet, deux propositions distinctes, quoique liées Tune L l'autre : la première indiquant, comme marques d'une in expresse, Tordre, les proportions bien prises, etc.; la
Cl) CimnaUMnce de Dieu et de soi-même, chap. IV, 1.
seconde affirmant que, lorsqu'il y a une fin, il y a au^\ une intelligence. Bossuet a donc parfaitement compris f.-. le véritable problème était de trouver les signes auxqué on reconnaît la finalité. Mais Ténumération même de cc signes est-elle irréprochable? Malheureusement dcq. L'idée d'ordre est trop générale; il faudrait préciser ce.: espèce particulière d'ordre qui est le rapport de finalité;faudrait donner à la proposition un caractère plus spéc :• lemeni téléologique. De plus, quand Bossuet ajoute qut s'il y a des moyens propres à faire certains effets, il ) ^ une fin, on peut l'accuser de tautologie comme nous Ir faisions tout à l'heure pour Thomas Reid.
Ces critiques sont pour nous des indications. N ivoyons que le problème se ramène à ceci : Trouver u:première formule où ne se rencontre pas, comme dansR?^ j l'idée d'une intelligence ordonnatrice, puisque celle :i^ ne doit paraître que dans la seconde proposition, et >j montre à quels signes on reconnaît la finalité, sans retenir, comme l'énoncé de Bossuet, des termes trop g l • raux ou tautologiques. Telle est la difficulté que M. Jj^û paraît avoir admirablement résolue.
Pour bien entrer dans sa pensée, considérons ava 1 quelques exemples particuliers dont l'analyse nous k connaître un à un les caractères de la finalité. AumoKt où je passe dans la rue, je reçois une pierre sur la !•: Dois-je voir dans cette coïncidence unique, un but pourvu: une fin expresse? Évidemment non. Car tout s'expliv suffisamment par la loi de la cause et de l'effet. Ilyaei deux séries de causes qui ont agi chacune de leur ce L'une a amené mon passage dans la rue, l'autre la cl: de la pierre. Rien d'étonnant à ce que ces deux se: se soient rencontrées en un point. L'explication peut rester là. Mais supposons qu'en passant dans la rue, j reçu cinquante pierres arrivant de différents côtés. D '■■ suffira plus de dire ; Chacune de ces pierres a été amei<
LES FIK8. 433
là par une série de phénomènes se succédant suivant la relation de la cause à l'effet, tandis que moi j'y étais amené de la même manière. Ici l'explication par le seul rapport de la cause à l'effet ne suffit plus. Pourquoi? Parce que, au lieu d'une coïncidence, 0 en a cinquante. Voici donc un premier caractère, le nombre des coïncidences, qui nous contraint d'affirmer une fin expresse, un but poursuivi.
Considérons encore l'exemple suivant. Une voiture dans sa course renverse un passant. Cette coïncidence par ellemême ne provoque pas d'autre explication que celle de la cause à l'effet. La voiture a été amenée là par une série de phénomènes ; le passant, par une atitre série* Les deux séries se sont rencontrées en un point; tout est dit. Mais supposons que le même cocher renverse vingt passants, ou que le même passant soit renversé vingt fois par une voiture, l'explication précédente ne suffira plus. Pourquoi? Parce qu'il y a répétition de coïncidences ; nouveau carac^ tère qui nous oblige à reconnaître une fin.
Voilà donc déjà deux signes révélateurs des fins : le nombre et la répétition des coïncidences. L'exemple suivant va nous en fournir un troiBième. Soit une machina à vapeur. Pour la bien comprendre, je puis la consid^^rer comme un effet produit par des causes, telles que les propriétés du fer, le travail des ouvriers, etc. C'est la machine dans son rapport avec le passé. Mais si je^veux en avoir une explication complète, cela ne suffira pas; il faudra aussi la considérer dans son rapport avec quelque chose de futur, la locomotion sur des rails, le mouvement des roues d'un bateau, l'arrosage d'un jardin, le battage du blé, etc. Cette chose future sera un élément nécessaire d'explication, car c'est précisément ce qui a déterminé la forme de la machine. Voilà donc un nouveau caractère : La détermination d'un objet par son rapport avec l'avenir. [::'est là le signe par excellence de la fin, du but.
En résumant ce qui précède, on arrive au principe suivant : Des coïncidences nombreuses , répétées, déterminées non seulement par leur rapport avec le passe, mais aussi par leur rapport avec quelque chose de futur. sont des signes qui nous contraignent d'affirmer une Un un but poursuivi. Cette formule, à laquelle arrive rémineL: auteur des Caitses finales, est, comme on le voit, bien préférable à celle de Th. Reid. Elle est aussi exempte de> défauts que Ton a pu reprocher à celle de Bossuet, qui est pourtant remarquable.
Le principe des causes finales ainsi formulé est-il certaii' Oui certes. Partout où il y aura des coïncidences ayant k^ caractères précités, H y aura une fin, un but poursuivi A cet égard, il ne reste pas le moindre doute dansTespn; soit quand on énonce la proposition générale, soit quar on y joint des exemples. Est-ce un principe premier Doit-on regarder comme un des axiomes immédiats de ! raison cette proposition : Des coïncidences nombreuses, répétées, etc., senties marques d'une fin? Non. Cette pr> position, quoique évidente, est dérivée. On doit, ce semble la regarder comme un corollaire du principe de la raifcî suffisante de Leibnitz. Celte dérivation peut se reprèsec-:' par le raisonnement suivant que nous ne faisons jan d'une manière explicite, mais que l'analyse découvre ^ fond de la pensée. Tout doit avoir sa raison suffisante, û' si des coïncidences nombreuses, répétées, etc.,serencj: traient sans qu'il y eût une fin, cette raison manquenj dans le cas présent. Donc ces coïncidences supposent u^ l fin. — Ne nous étonnons pas de rencontrer un prinai dérivé. Il y a des axiomes de différentes espèces. Cel'ii* pourrait être appelé un axiome moyen, en détournaot • peu de son sens l'expression de Bacon.
Au principe précédemment énoncé, il faut en ajo-^^ un autre, savoir que partout où il y a des fins, on reconnaître l'action d'une cause intelligente. Nous peiL«c
que celte proposition est du nombre de celles qui n'ont pas besoin d'être démontrées. Comment comprendre, en effet, qu'une cause dépourvue d'intelligence puisse tendre à une fin, c'est-à-dire combiner des moyens? Comment comprendre qu'un concert de causes s'établisse en vue d'un but, c'est-à-dire de quelque cbose qui n'existe pas encore, à moins que ce but ne soit idéalement représenté dans une intelligence et que les moyens ne soient concertés par une volonté? Notre proposition est donc évidente.
On niera peut-être cette évidence en disant que certains philosophes admettent l'existence de la finalité dans la nature sans reconnaître l'intelligence comme principe de cette finalité. Il y a, disent-ils, des fins et des moyens appropriés à ces fins. Mais cet ordre s'explique autrement que par l'intervention d'une cause intentionnelle. — Cette objection ne prouve qu'une chose, c'est que les philosophes mettent souvent leurs hypothèses les moins raisonnables à la place de vérités sur lesquelles le sens commun n'hésitera jamais. Pour établir qu'il en est ainsi dans le cas présent, il suffît de montrer l'inanité des explications que 'on propose. Cette démonstration a été faite; elle nous semble péremptoire. Résumons-la très succinctement.
Un premier système est celui de la finalité interne et âtale, d'après lequel la nature atteindrait son but par 'activité intérieure et le principe de vie qui se trouvent lans les êtres organisés. Mais on a toujours le droit de lemander aux partisans de ce système, qui a formé ces tires organisés. Et si, pour expliquer cette formation, ils j lèguent l'évolution darwinienne ou ce qu'on appelle pigénèse, c'est-à-dire le développement graduel des rganismes, on peut leur répondre que l'épigénèse et évolution sont simplement des faits, et que ces faits euxlémes ont besoin d'explication Ajoutons que la finalité 1 terne, par laquelle les différentes parties des êtres orgaisés s'accordent ensemble, n'explique pas la finalité
externe, c'est-à-dire Tadaptation de chaque organisr particulier à toute la nature extérieure.
Le principe vital est aussi une arme aux main l'athéisme, arme d'autant plus dangereuse que certJiJ philosophes non athées attribuent aux forces vitales ur puissance organisatrice. Mais que l'on y songe : le principe vital, à supposer qu'il existe, est une cause occu qui n'explique rien. Il faut donc ajouter quelque d'eaux forces ou aux propriétés vitales pour expliquer Vuri: et l'harmonie qui président à la formation d'un organi^ri Le principe vital ne peut être qu'un ressort, queii chose d'aveugle ; il lui faut donc une direction, une i directrice, suivant l'expression de Claude Bernard.
Un autre système consiste à soutenir que la natv atteint ses fins par une sorte d'instinct qui lui estinhér . Mais c'est choisir comme moyen d'explication ce qi: plus obscur que tout le reste. « Il y a dans la nature, M. Janet, trois modes d'action : le mécanisme, Vins et la pensée. De ces trois modes, deux seulement i sont connus d'une manière distincte : le mécanisme • pensée. L'instinct est ce qu'il y a de plus obscur e: plus inexpliqué. » Dès lors pourquoi chercher dans Tins: l'explication de tout le reste? Ajoutons que rinstincu l'on prend ici pour principe, ne ressemble guère j principe ; il occupe, en effet, une position intermt entre le mécanisme et l'intelligence et semble n'être le passage de l'un à l'autre. Je concevrais que IV pour principe le mécanisme, parce que si c'est le : d'action inférieur, c'est aussi le plus simple, ou biec telligence qui est, à la vérité, le terme le plus comyV mais qui domine tous les autres. Mais l'instinct n'a y. de ces avantages. Placé entre le mécanisme et rirù gence, il peut être regardé soit comme un cas complexe du mécanisme, soit comme une dègni<k un état rudimentaire de l'intelligence. Il n'a donc ;
caractère d'un principe. Et enfin le système de la finalité instinctive ofire des difficultés que l'on ne rencontre pas dans celui de la finalité intentionnelle. Dans le système de l'instinct, il reste toujours à expliquer comment une cause aveugle a concerté des moyens en vue d'un but. Ne l'oublions pas, en effet, et c'est un point accordé par nos adversaires ; il y a des buts à atteindre ; il y a des phénomènes futurs, la digestion, par exemple, ou la perception, auxquels tout doit se subordonner. Or, on ne conçoit pas ^
que, sur un million de directions possibles, une cause aveugle prenne juste la direction convenable. Dira-t-on que cette direction était la seule possible, en vertu de causes préexistantes? Alors l'effet produit n'est plus un but, mais un simple résultat ; ce qui s'éloigne de Tl^ypothèse même de nos adversaires qui, aussi bien que nous, admettent la finalité. Le système de l'instinct soulève donc des difficultés insolubles, en même temps qu'il explique ob^curum per ohscurius et qu'il prend pour principe ce }ui n'en a pas le caractère.
Reste le système de Hegel ou doctrine de l'idée pure, i laquelle se ramène la philosophie de Vinconscient de lartmann. Hegel est loin de nier la finalité dans la lature; il la voit partout, et pour lui la cause finale, 'est-à-dire le but à atteindre, l'ordre à réaliser, a une 3ut autre importance que la cause efficiente. Mais il ne eut pas que le principe de la finalité soit une volonté itelligente, appropriant les moyens aux fins, car l'absolu st identique au monde. La finalité, dans ce système, c'est idée se réalisant progressivement à tous les degrés de existence. Mais, dirons-nous, qu'est-ce qu'une idée qui 'est pas dans une intelligence ? Et comment une vérité 1 train de se réaliser peut-elle être un principe d'ordre d'appropriation? Non, cette idée, cette vérité ne sont \e de purs possibles; et il nous faut un principe réel, 16 intelligence en acte.
Nous venons d'écarter ce qu'on peut appeler les tr i formes de la finalité absolument immanente, c'est-à-dirles doctrines qui, tout en admettant des fins, des buts dr la nature , ne veulent pas que ces fins soient réalisées que ce? buts soient poursuivis par une intelligence eiti> mondaine , par une cause transcendante comme on cimais s'attachent soit à l'activité vitale interne, soit à lintinct, soit à l'idée pure. Ce n'est pas que tout soit fa^ dans cette doctrine. L'immanence est acceptable lorsqu n'est pas présentée comme exclusive et absolue, lorsqu signifie simplement qu'il y a, dans la nature, certaiu tendances, forces, raisons, finalités internes. C'était l'opinion de Leibnitz. 11 admettait fort bien, dansebii être, des forces travaillant pour cet être, sous rem;! des lois naturelles, et cela n'excluait pas l'idée d'un;! divin réglant l'action de ces forces. Mais lorsqu'on ent : l'immanence dans un sens exclusif et absolu, on n'est i dans son droit.
La doctrine qui vient d'être exposée est tirée entièrem^i de l'excellent ouvrage de M. Janet,sur les Causes fin> ' Le grand avantage de cette doctrine, qui dédouble TaxH de finalité, qui distingue deux propositions où Reidn avait aperçu qu'une seule, c'est de mettre dans les m un nouveau degré de précision, de faire entrevoir la: thode dans l'énoncé des principes et de rapprocha donnée rationnelle de l'expérience et de la réalité. Mai^ savant philosophe, en faisant un pas vers les science^ la nature, ne laisse-t-il pas dans l'ombre (volontaire peut-être), un des aspects de la vérité philosophique très bons esprits l'ont cru, et nous sommes de leur a / Jouffroy n'avait pas tort d'affirmer que tout être a une !
Cette proposition se rattache au principe d'intelligibi- Rien n'existe qui ne soit explicable pour nous ou pour r intelligence supérieure. Or, si un commencement^ cause, est absurde, un commencement sans but est ir
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telligible. On objectera que la finalité ne se montre pas partout dans la nature, qu'au-dessous de la région où elle brille de tout son éclat, il y a le domaine du mécanisme. Nous pouvons répondre que le mécanisme lui-même est pénétré de finalité , que si nous ne l'y apercevons pas toujours, c'est que les raisons internes des choses se dérobent quelquefois à l'expérience. — Mais alors ne peut-on pas se dispenser de contempler la nature pour démontrer l'existence de Dieu? Si l'on peut aflirrour a priori que tout être a sa fin, les principes posés plus haut ne deviennent-ils pas inutiles? — Cette difficulté ne doit pas nous arrêter. Que la raison pressente la cause suprême, en affirmant a priori l'existence des fins dans la nature, il n'y a là rien d'étonnant. Mais on a beau savoir d'avance que tout a une fin, il reste toujours A discerner les fins véritables, à marquer le rapport précis par lequel une chose se rattache à l'ordre universel, à définir les conditions de la certitude en face de tel ou tel cas particulier. Pour cela d'autres principes doivent intervenir. Les maximes établies par M. Janet seront toujours admirables de précision, comme règles logiques et comme garanties de ta certitude, dans la démonstration expérimentale de l'existence de Dieu. Mais elles n'empêchent pas le principe de la finalité universelle de faire partie de cet acte de foi primitif par lequel la raison humaine affirme la raison des choses.
440 DEUXIÈME PABTIE. — CHAPITRE V. — § 1.
CHAPITKE V.
De Tautorité comme principe de ceititade.
§ I . — Le conseniemeni universel.
Le critérium du consentement universel a eu contre 11 les dédains de certaines écoles comme celles de Descar".' et de Kant, et les exagérations inacceptables de LameDii3i> Mais, entre ces deux extrêmes, il est une voie qui a ioujour été suivie par les esprits larges et sensés. Non seuleniri les orateurs ont eu recours, dans leurs discussions, à Ti': torité du genre humain; mais d'illustres philosophes T::. invoquée, tout en lui donnant une portée et des sigmûv:^tions diverses. Ainsi, Platon s'appuyait volontiers sur L traditions et sur les mythes religieux, comme s'il y a\: entrevu les traces d'une antique sagesse ou d'une révéiati primitive. Cicéron formulait avec précision le crilériu: du consentement universel dans cette sentence rema:quable : Omni in re consensio omnium gentium U naturœ putanda est{Txi8c., I, xiii). Plus tard lesDcctei: chrétiens aimaient à constater la foi unanime du geir humain, soit sur les premiers principes ou vérités de sei commun, soit sur certaines croyances morales cou:: l'existence de Dieu, la vie future, la Providence. Souvmême les Pères de l'Église ont cherché à surpreni: dans les croyances des peuples païens, des traditions qpar certaines analogies, paraissaient venir d'une sour commune. Ils ont soutenu que le Christ n'avait jaur cessé d'être attendu et prédit, ici obscurément, là av-^