CHAPITRE V
Les sceptlcigmes partiels. — Le posItlYisme.
Nous appelons scepticismes partiels, les systèmes qui ôtent à la certitude une partie de son domaine. Si Ton voulait en faire un examen complet, le champ serait très vaste, car toutes les doctrines relatives à Torigine des idées reparaissent dans la question qui nous occupe. Mais il ne faut pas développer outre mesure un travail déjà trop étendu.
Veut-on voir le sensualisme aux prises avec le problème de la certitude, qu'on lise la Logique de Destutt de Tracy. Jamais système n^a mieux étalé son impuissance. L'auteur, placé dès le début en face d'une difficulté insurmontable, essaye vainement d'en triompher ; il ne peut faire un seul pas- en avant (1).
Le défaut de l'idéalisme se montre bien dans ce que Malebranche enseigne sur les sens, la conscience et la raison. Le rôle scientifique de la perception extérieure est complètement méconnu dans la Recherche de la vérité. L'auteur établit parfaitement que nos sensations ne sont pas représentatives de la réalité, mais il oublie d'ajouter qu'elles sont des signes. Il ne fait pas non plus à la conscience une part suffisante dans le total de la connaissance humaine. Enfin, en exagérant le pouvoir de la raison aux dépens des facultés expérimentales, il aboutit à l'hypothèse de la vision en Dieu.
Le psychologisme est encore un système digne d'attention. Issu de certaines tendances de la pensée carté-
(1) Voir notre livre bot les théorie» îogiqueê de Qmdillac, IIP partie, cbap. m, § 1.
sienne et aboutissant à une sorte d'égoîsme spéculatif, il a été combattu par le P. BufQer dans son Traité de^ vérités premières (!«» partie, chap. n et m), et par Th. Reid, dans le sixième essai sur les facultés intellectuelles. Il n'est pas sans analogie avec la doctrine de Fichte; et de nos jours, il a eu pour interprètes, Stuart Mill et M. Huxley (1).
Il n'eût pas été sans intérêt de consacrer un chapitre spécial à chacune de ces doctrines. Mais il faut savoir se borner (2). Nous parlerons seulement du positivisme, toujours en honneur à Tépoque actuelle, de Tidéalisme de Berkeley, sur lequel des travaux récents ont appelé l'attention des philosophes, de Pascal et du traditionalisme.
La célèbre doctrine développée par A. Comte, dans son Cours de philosophie positive, se rapporte certainement au problème de la valeur de nos connaissances. Le principe fondamental du positivisme, c'est que le savoir humain n'a pour objet légitime que des faits et des lois, et qu il faut écarter de la philosophie tout ce dont on s'occupe en métaphysique, savoir les questions d'origine et de fin, les considérations sur Dieu et sur l'âme, sur les substance^ et les causes. Quel est le seul besoin auquel la science doive répondre? Savoir pour prévoir, nous dit A. Comte, et la prévision dont il s'agit ici n'est pas celle qui étenu ses vues jusqu'au siècle futur, comme dirait Bossuet: tout se borne à la vie présente. Or, le seul moyen d*' prévoir et d'agir en conséquence, c'est d*étudier les faits |f et leurs successions constantes ou leurs lois. Mais toul-'
connaissance de la nature intime des choses, de leui première origine et de leur fîn dernière, est à la tc^ inaccessible à l'esprit et inutile au but qu'il doitatteindie
(1^ Voir la conférence soi Descartes, faite à Cambridge j: M. Huxley (^Revtie politique et littéraire^ 18 novembre 1871).
(2) L'examen du psychologisme se trouTe en substance dsidivers endroits de cet onvrage, notamment à la page 251.
Jf-