‹ De la certitude et des formes récentes du scepticismeChapitre 44 sur 52 · LES 8GBPTIGISMES PARTIELS. — LE POSITIVISME · texte numérisé non relu

LES 8GBPTIGISMES PARTIELS. — LE POSITIVISME

ravoir résolu; pour limiter l'esprit humain^ il faut en avoir atteint les limites; pour déclarer la métaphysique impossible, il faut en avoir épuisé toutes les ressources et les méthodes. Ou bien encore il faut affirmer que Thumanité, depuis quelque mille ans, a fait tout ce qu'elle peut faire ; affirmation qui n'a rien de positif assurément et qui dépasse de beaucoup les prémisses (1). f

C'est donc par un a priori des plus arbitraires que le positivisme prétend limiter comme il le fait la valeur et l'étendue de nos connaissances.

Du reste, il est revenu sur cette élimination de l'a prioriy comme s'il était condamné à se modifier perpétuellement dans un sens opposé à ses affirmations primitives. Il y a toute une théorie de l'a priori dans l'ouvrage de M. Saleta intitulé : Principes de logique positive ou traité du scepticisme positif. Cet auteur voulant sans doute combler une lacune souvent signalée dans le positivisme, essaye d'esquisser une logique du système, et s'il fait place à la connaissance a priori^ c'est probablement dans le but de reconquérir les mathématiques. Mais c'est là une tâche délicate pour quiconque veut rester positiviste. On peut s'en convaincre en lisant, dans les Principes de logique positive, le chapitre intitulé : Du caractère de la connaissance a priori. Il faudrait du temps pour exposer et tirer au clair les explications qu'il renferme; que la conclusion nous suffise. « Ce n'est pas une petite affaire de déterminer la part qui revient à chacune d'elles (la raison et l'expérience), et de caractériser son rôle avec quelque précision. Ce vaste problème sera repris ultérieurement. » Dans cet ouvrage, il y a une doctrine sur la raison pure et sur la raison pratique. La raison pratique est ce que nous appellerions l'induction. Quant à la raison pure , M. Saleta la ramène à l'usage régulier des signes, sauf

(1) Fonillée, Philoiophie de Pîatm, t. XI, p. 485.

526 THOISIÈMB PARTIE. — * CHAPITRE V.

dans certaines circonstances où elle est encore autre chose qu'il ne dit pas (1). En somme ce qui se comprend le mieux dans cet ouvrage , c'est le sous-titre : TraHé t sc^ffticisme positif.

Ce n'est pas seulement au sujet de l'a priori que le p sitivisme a dû modifier ses assertions primitives. A. Cooir n'avait connu que l'observation sensible. M. liltrè, oêtij. à l'évidence, fut bien obligé d'admettre l'expérience iQterne. Le chef de Técole avait enseigné que la rcali totale est constituée par la matière et les forces qui u sont immanentes (2). Plus tard, les disciples avouer: que la science ne nous permettait pas d'atteindre la mtière elle-même et d'en pénétrer l'essence (3). Tous cr amendements, si peu d'accord avec les conceptions p" mitives du système, jHTOuvent combien ces conceptétaient défectueuses.

Examinons d'aussi près que possible la prétention îchée par l'école positiviste d'interdire à l'esprit huirv toute recherche métaphysique, et voyons s'il n'y a {£> encore des pétitions de principes, des preuves insuffissi et des contradictions.

€ La philosophie positive admet que la réalité seule:- 1 être vraie. La réalité est donc sa conception limite, q refuse systématiquement de franchir (4). » Cette rt. que l'on regarde comme la seule vraie, c'est cell<^ i objets physiques. Mais c'est là une profession de i'^ n'est pas une raison. Qu'un philosophe de l'école de ^ déclare que la connaissance a pour unique objet les nomènes, on peut n'être pas de son avis ; mais on vle droit de l'accuser d'arbitraire. Il a, par*devers 1théorie des intuitions pures, des concepts et des pri^ '

(1) Prineipes de loçifue pôtUice, pp. 188-189.

(2) Omr$ de pkiietopkie pafUite, 45* leçon.

(3) CfitéchiJtme patitivûte, yta là» Pichaid.

(4) Wyrouboff, Pkilotophie patUice, septembre 1867, p. 1

LES SGEPTICISMES PARTTEL8. ^- LE POSITIVISME. 527

et la dialecUque des idées. Mais, dans le positivisme, il n'y a rien de semblable. Ici on affîrme systématiquement; on veut qu'il en soit ainsi.

Il y a pourtant quelque chose qui ressemble à une preuve. C'est la description de la métaphysique dans la théorie des trois états. Là il est question d'abstractions réalisées, de vaines entités, de vertu dormitive, de l'horreur du vide, etc. Mais d'abord on ne devrait pas être sévère pour le moyen âge, dans une école où l'on explique par la natalité la formation et le développement des germes. Ensuite on oublie que ce sont des métaphysiciens qui ont soufflé sur toutes ces fictions, que, par conséquent, toute métaphysique n'est pas nécessairement semblable à celle de quelques péripatéticiens du moyen âge. Argumenter ainâ, c'est se prévaloir de l'abus contre Tusage. C'est la méprise dans laquelle tombent ordinairement les adversaires des idées de substance et de cause. Rien de plus fkcile que d'abuser de ces notions si générales, de ces abstractions si pauvres. Si on les prend pour des explications suffisantes des choses, on est dans l'erreur; si l'on se représente des formes imaginaires, de vagues fantômes, on ne se trompe pas moins. Erreur encore si ron rêve de connaître la substance en général qui n'existe pas, ou les substances particulières sans les modifications jui les déterminent. Erreur enfin si, à cause de l'identité lu mot substance, on conçoit d'une manière uniforme jne foule d'êtres divers. Ce sont là les abus de l'abstracion. Mais, est-ce une raison pour s'attacher uniquement cette autre abstraction qu'on appelle phénomène, pour ublier que la conscience nous révèle directement l'unité u moi au milieu des phénomènes divers, et son identité travers les phénomènes successifs?

Non seulement le positivisme ne démontre pas l'imposbilité de la métaphysique, mais il se contredit lui-même ir ce point comme sur plusieurs autres. On se rappelle

les étranges métamorphoses que subit la pensée i!L Comte sur )a fin de sa vie. N'est-ce pas le cas de dire que si l'on chasse la métaphysique par une porte, ellereatiê par l'autre? Ici, à la vârité, les disciples d'A. Cout^ peuvent repousser toute solidarité avec ses dermère: théories. C'est ce qu'a fait M. littré, qui a essayé ce maintenir les termes du positivisme primitif. Mais ce penseur lui-même, en présence des merveilles de la nature vivante, qui avaient tant impressionné A. Comte, ne p s'empêcher de reconnaître ce qu'on appelle finalité o. appropriation à un but. Là-dessus, un philosophe spintualiste, M. Janet, regarde la déclaration de M. Uiicomme un aveu qu'il y a, dans la nature, des marques} dessein, des intentions réalisées. Non, répond M. Liltréii cette finalité à laquelle vous donnez une portée théci' gique, j'en fais, moi, une idée positive, en la consdém simplement comme un fait. Je constate ce fait que la irtière organisée a la propriété de s'accommoder à des n:^ Mais, dit à son tour M. Ravaisson (2), s'accommoder des fins, ce n'est pas un fait, c'est un dessdn, une iDt<^ ' tion, une pensée. Ainsi, malgré qu'il en ait, M.Littré' | des termes du positivisme primitif dans lesquels il ^oi. se maintenir, et fait un pas vers la métaphysique.

(1) Voir la préface da petit livre de M. Leblais, intitulée tualùme et MatériulUme,

(2) La Philosophie enJFVwiee au XIX* siècle, p. 89.

l'idéalisme de BERKELEY. 529

Page 1