‹ De la certitude et des formes récentes du scepticismeChapitre 47 sur 52 · LE SCEPTICISME THÊOLOQIQUE ! PASCAL · texte numérisé non relu

LE SCEPTICISME THÊOLOQIQUE ! PASCAL

et les peines de l'âine. Pour échapper à cette double torture, les mélancoliques livrés au labeur de l'esprit cherchent et unissent par trouver dans un redoublement de travail un allégement à leurs misères. Souffrir parce qu'ils pensent, penser parce qu'ils souffrent, c'est là pour eux toute la vie. Ce fut, hélas! celle de Pascal. >

Aux dispositions individuelles dont nous venons de parler vinrent s'ajouter, chez Pascal, l'influence de Montaigne et celle du jansénisme.

Montaigne est un de ceux qui, au XVI« siècle, firent du pyrrhonisme une méthode pour arriver à la foi. Cette intention se révèle clairement dans divers passages de son Apologie de Raymond de Sèbonde. c II faut, dit-il , mettre à pied la sotte vanité de l'homme et le secouer vivement et hardiment. Tant que l'homme pensera avoir quelque moyen et force en soi, jamais il ne reconnaîtra ce qu'il doit à son maître; il fera toujours de ses œufs poules, comme on dit. Il le faut mettre en chemise. > En lisant les Pensées, on voit à chaque instant combien le souvenir des Essais était présent à l'esprit de Pascal. C'est à l'école de Montaigne qu'il a appris ce dernier tour d'escrime, ce coup désespéré, par lequel on abandonne ses propres armes pour désarmer ses adversaires. Ajoutons que Pascal n'avait pas toujours été l'humble et fervent solitaire de Port-Royal, poussant l'abandon de lui-même jusqu'à une pieuse malpropreté, allant chercher lui-même ses aliments à la cuisine, et faisant en sorte, en les mangeant, de les goûter le moins possible. Il y avait eu, dans sa vie, entre sa première et sa seconde conversion, une période étrange, indécise, troublée, véritable halte dans le travail et la piété, suivant l'expression de Sainte-Beuve. Il avait connu alors certains amis mondains dont les exemples auraient pu le mener loin s'il les avait suivis. C: 'étaient, entre autres, Iç chevalier de Méré, homme instruit lans les sciences, mais grand joueur et grand libertin;

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puis un certain Miton, fort mauvais modèle à ce qu'il parait; puis Desbarreaux, que Pascal lui-même représente comme une brute qui a renoncé à la raison. Plus tard, le moraliste des Pensées malmènera ces ennenûs de la morale et de la religion, mais en homme qui les a connus et firéquentés.

Enfin lorsque, après un accident qui faillit loi coûter la vie, Pascal, renonçant au monde, se fût retiré à Port-Royal, il y fut saisi par la théologie janséniste, qui exagérait la doctrine de la déchéance ori^eUe, qui regardait comme une concupiscence non moins dangereuse que celle de la chair, cette curiosité de tout savoir, celte recherche des secrets de la nature qui ne nous r^rdent point (4). Que de contrastes ! Que d'influences ^vo^es dans cette éducation morale ! Joignez à tout cela une nature maladive et une âme passionnée. En faut-il davantage pour expliquer certaines tendances sceptiques chez Tauteur des Pensées 9

On est continuellement obligé de faire la part du vrai et du faux dans ce que dit Pascal sur la nature humaine prise dans son ensemble, sur les motifs de nos actions, sur nos facultés de connaître, sur les fondements de la société.

Qu'est-ce que l'homme? Un amas de contrastes. Nous cherchons la véiité et nous ne trouvons qu'incertitude. Nous cherchons le bonheur, et nous ne trouvons que misères, c Quelle chimère est-ce donc que l'homme! Quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradictions, quel prodige 1 Juge de toute chose, imbécile ver de terre; dépositaire du vrai, cloaque d'incertitude el d'erreur, gloire et rebut de l'univers (2). > Tout cela esl vrai en un sens et prouve très bien ce que l'auteur veut

(1) Voir le discours de Jansénius »vr la r^formatïon dt th> intérU'ur,

(2) Penxècs, p. 141.

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