‹ De la certitude et des formes récentes du scepticismeChapitre 48 sur 52 · LE SCEPTICISME THÉOLOOIQUE .' PASCAL · texte numérisé non relu

LE SCEPTICISME THÉOLOOIQUE .' PASCAL

établir, le dogme de la déchéance. Mais Pascal dépasse le but. U cède trop à l'esprit d'antithèse. Il n'y a pas seulement des contrastes dans l'homme; il y a certaines harmonies auxquelles on reconnaît l'œuvre d'une cause intelligente et bonne. Dans notre nature morale et physique, règne un ordre non moins admirable que celui de l'univers qui nous entoure. Pour être complètement dans le vrai, Pascal aurait dû ne pas méconnaître ce beau dessein qui frappait si vivement Bossuet et Fénelon. Il pouvait démontrer le dogme de la chute et la nécessité de la Rédemption sans forcer la thèse à la manière des jansénistes.

Quand Pascal veut apprécier les systèmes philosophiques, il ne voit que deux doctrines extrêmes et partielles, Tépicurisme et le stoïcisme. Il oublie qu'il y eut, dans l'antiquité, des esprits plus larges, un Platon, un Aristote, qui savaient saisir l'ensemble et l'harmonie des choses. On peut toujours montrer que le christianisme est supérieur à toutes les doctrines philosophiques, parce qu'il a mieux connu la concupiscence, l'impuissance et le remède. Mais on n'a pas une idée de ce que la raison a pu découvrir par ses seuls efforts, quand on ne considère qu'Épicure et Zenon.

Dans ses jugements sur les motifs de nos actions, Pascal rappelle quelquefois Hobbes et Larochefoucauld, ces penseurs irritables^ rendus plus sévères encore par le spectacle des troubles poUtiques dont ils furent témoins. Comme ces observateurs prévenus, Pascal attribuerait volontiers toutes nos actions à l'intérêt et à l'amour-propre ; comme eux il serait disposé à nier la bravoure, le dévouement, la pitié.

Sans être complètement sceptique à Tendroit de nos facultés de connaître, Pascal fournit des armes au scepticisme. Il dit bien que la raison nous commande plus impérieusement qu'un maître, qu'en désobéissant à l'un on

est malheureux et en désobéissant à Tautre on est un sot (4) ; il avoue qu'il n'y a jamais eu de pyrrhonien effectif parfait. Mais après nous avoir donné conûance dans nos facultés, il nous les montre toutes mentant et se trompant à l'envi. A.près avoir affirmé rimpossibllité au doute universel (2), il déclare que le pyrrhonisme est le vrai (3) et que se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher (4).

Mêmes dispositions sceptiques en matière de morale el de droit naturel. On connaît le morceau si éloquent, mais si incomplètement vrai, sur les dissidences en matière de justice et sur la diversité des législations. H semblera entendre notre moraliste, que la mode fasse la justice comme elle fait l'agrément (5), que la propriété soit une usurpation et qu'il n'y ait pas d'autre droit que celui delà force.

Enfin, après les éloges que nous avons donnés à la méthode morale de Pascal, il faut bien signaler les négations qui l'accompagnent. H est bon de faire appel au cœur et de compter sur la vertu, mais il ne faut pas nier les preuves philosophiques de l'existence et des attributs de Dieu. Il ne faut pas dire : « Nous ne savons parla lumière naturelle ni ce que Dieu est, ni s'il est (6). ? Assurément sans le médiateur, sans Jésus-Cbnst, ^ connaissance de Dieu est fugitive, et les preuves métaphysiques sortent de l'esprit (7). Mais ces preuves existent, et il ne faut pas en méconnaître la valeur. Ne disons pas non plus que jamais un auteur canonique ne s'est servi

(1) PenséeSf p. 83.

(2) Ibid,, p. 140.

(3) Ibid., p. 348.

(4) Ibid., p. 135.

(5) Ibid.y p. 84.

(6) Ibid,, p. 172.

(7) Ibid., p. 187.

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