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LE SCEPTICISME THÉO LOGIQUE : PASCAL

de la nature pour prouver Dieu (1). C'est là une erreur de fait. Le psalmiste dit que les cieux annoncent la gloire de DieUy et saint Paul, que les choses invisibles de Dieu apparaissent dans les choses visibles de ce monde.

Après Pascal, Huet, le sceptique érudit et humaniste, devrait peut-être avoir une place dans nos études. Mais nous ne pourrions que répéter ce que d'autres ont dit sur l'évêque d'Avranches (2).

(l) Pensées, p. 189.

^2) Voir la thèse de Bartholmess et Texcellent article de M. Jourdain dans le DictUmnaire des sciences philosophiqnes.

550 TROISIÈME PABTIB. — CHAPITBE VOI.

CHAPITKE Vni.

Le traditionaligme : Lamennaig, Bautain.

Les premières années du XIX* siècle furent sans doute pour le clergé français une époque d'inexpérience rdatiye en matière philosophique. U y avait eu interruption dans les études pendant la Révolution, et au sortir de la tourmente, l'Église de France avait à réparer ses ruines avant de revenir à la science. Quel était, d'autre part, l'état de la philosophie sous le premier Empire et au conunencement de la Restauration? Trois écoles occupaient h scène : l'école de Ciondillac, l'école spiiitualiste et Técole traditionaliste. L'idéologie condillacienne avait fait son temps, malgré le talent de quelques-uns de ses adeptéf, notamment de Destutt de Tracy. L'école spiritualiste, représentée par Royer-Collard, Maine de Biran et V. Couân. avait au moins en partie ce qu'il fallait pour réussir : h méthode, la connaissance des systèmes, le goût des recherches sérieuses et une tradition toute française de bon .sens et de clarté. L'école traditionaliste, ayant pour chefs de Maistre et de Bonald, réagissait avec raîsoc contre certaines tendances déplorables du XYIII^ siècle, mais elle apportait dans cette réaction, avec une grar.dr fougue de pensée, des connaissances incomplètes et pe'i de méthode. Telles étaiet)t alors les trois grandes influence^ qui se partageaient la philosophie. Et de quel côté pencha le clergé? Naturellement du côté du traditionalisme. I eût été à désirer que les ecclésiastiques distingués de :c temps ne fussent pas demeurés étrangers au mouvemec d'idées inauguré par Royer-CoUard et Maine de Birs^ Mais cette école psychologique n'était pas encore assez c vue pour que son action se fît sentir au loin. Aussi

clergé, sauf peut-être tel esprit large et sensé, comiae Frayssinous, subissait-il momentanément l'influence du traditionalisme. Tel fut du moins le cas de Lamennais. En 1847, parut le premier volume de V Essai sur l'indifférence en matière de religion, dans lequel l'auteur prouvait la nécessité de la foi. Mais où est la foi véritable? Comment parvient-on à la discerner? Quelle est l'autorité de la raison humaine? Telles étaient les questions que l'auteur avait à édaircir dans le reste de l'ouvrage. Or, pour aborder un tel problème, pour apprécier la valeur de nos différents moyens de connaître, pour faire la part de la raison et de la foi, il fallait certaines qualités d'esprit et de caractère qui manquaient à l'illustre écrivain. La science philosophique devait être chez lui fort incomplète, soit à cause de TinsufQsance des études premières , soit par suite des préoccupations très diverses qui s'étaient partagé ses pensées. Quant à la sagesse et à la modération nécessaires pour traiter une question comme celle de la certitude, on ne pouvait guère les attendre de l'ardent polémiste qu'un de ses compatriotes nous peint sous les traits suivants : c Lamennais est de cette race d'esprits chimériques et violents qui prétendent imposer à l'ensemble si complexe et si délicat des choses humaines, le mécanisme rigide d'un système... Ca n'est jamais l'éloquence ni l'esprit qui lui manquent; c'est la justesse, la proportion, le sens lucide des choses. Il n'y a ni nuances dans ces jugements, ni degrés dans cette colère qui se porte tout de suite ad paroxysme et qui s'y maintient durant mille pages (4). » Avec ce caractère et ce tour d'esprit, comment notre auteur s'y prendra- t-il pour indiquer le chemin de la vérité religieuse? Aura-t-il cette largeur de méthode et ce bon sens supérieur qui distinguent les apologistes les plus autorisés? Non, il se rapprochera plutôt des

(1) Caro, Nouvelles Étndeê morales, pp. 238-239.

efprits systématiques, tels que Pascal, Huet, de Maistre, de Bonald. Pascal avait vu surtout le sentiment, Hueth vraisemblance, de Maistre Tautorité, de Bonald le langage. Quel sera le critérium philosophique de Lamennais? Homme de controverse et d'imagination, il dédaigne la certitude de la conscience et l'analyse réfléchie. Quant à la raison, elle a été deshonorée à ses yeux par les excès commis en son nom. Mais il est frappé de ce grand &it du consentement universel, del'unanimitédu genre humain sur certaines vérités fondamentales. Ce sera donc là pour lui le seul critérium philosophique, le seul antécédent humain de la foi.

La religion et la philosophie, ces deux puissances jalouses, seront réconciliées sur le terrain du consentement universel. La vérité, en effet, n'est pas ce à quoi adhère la raison individuelle, mais ce que reconnaît la raison générale, ce que l'on croit partout et toujours. L'universalité et la perpétuité : voilà les caractères distinçtifs du vrai. Or, où sont l'universalité et la perpétuité, sinon d^is les croyances de tous les peuples et de tous les siècles? Le genre humain doit donc être le dépositaire de la vérité. Et de fait quelles sont, suivant Lamennais, les croyances du genre humain? Il ne croit pas seulement à ces maximes fondamentales et indémontrables qui sont la base de toute science. Il croit à l'existence de Dieu et à sa Providence, au bien, au mal et à la vie future. U croit que l'homme, créé dans un état de bonheur et d'innocence^ est devenu malheureux par suite de quelque violation de la loi divine. H croit qu'un réparateur lui fut promis et que ce réparateur est venu. Telles sont les croyances du \ genre humain. De son côté, qu'enseigne TÉglise catho-

lique? Elle confirme la foi du genre humain, parce qu'elle j a reçu du Christ la parole de Dieu, source primitive de U

f tradition universelle. L'Église est en quelque sorte For-

gane légal de la raison générale. Ainsi, la voix de TÉgiist

se confond avec celle du genre humain. La seule autoiiié religieuse tient le même langage que la seule autorité philosophique. La vérité philosophique, comme la vérité religieuse, repose sur des faits historiques, sur des témoignages; elle est enseignée, elle aussi, par une sorte d'Église infaillible qui est le genre humain.

Tel était le système de Lamennais. Tel était Thorizon qui s'ouvrait à ses regards. Désormais les preuves de la religion devaient reposer sur une base inébranlable. La vieille méthode scolastique allait céder la place à une méthode plus parfaite.

On sait ce que devinrent ces belles espérances. Les philosophes. combattirent la nouvelle doctrine au nom de la science, et les théologiens la repoussèrent au nom de la religion. En 1832, le système, résumé en cinquante-six propositions, fut frappé d'une censure ecclésiastique signée de treize évoques français ayant à leur tète Tarchevèque de Toulouse. Puis l'affaire fut portée devant le souverainpontilé Grégoire XVI qui, par une lettre encyclique du d5 avril 1832, condamna la nouvelle doctrine.

Si maintenant on veut se rendre compte des côtés défectueux du système, il n'est pas difficile de les apercevoir. Soutenir que l'autorité du genre humain est le seul critérium philosophique, c'est tomber dans un cercle vicieux des plus palpables. D'après ce principe, en effet, je devrais consulter mes semblables pour m'assurer que mes sens, ma raison, ma mémoire, ne me trompent pas. Mais il est trop clair que mes sens, ma raison, ma mémoire, me sont nécessaires pour interroger les autres hommes.

Pour prouver que son critérium est le seul- vrai, Lamennais est obligé de nier ou de défigurer tous les autres. Alors il a recours à de vieilles objections sceptiques dont Je détail serait sans intérêt pour nous. Rappelons seulement quelques-unes de ses réflexions sur la raison, la conscience et les sens. Les vérités de raison, même celles

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des mathématiques, reposent, d'après notre aatear, sur Tautorité générale, c Les sciences exactes, dit-il , ne jouissent d'aucun prÎTilëge et s'appuient sur le conseolement commun ; le qualificatif exact est un de ces nias titres par lesquels l'homme cherche à déguiser sa Êiihiesse; la géométrie elle-même n'existe qu'en vertu d'une convention tacite, convention qui se pourrait exprimer en ces termes : c Nous nous obligeons à tenir tels principes pour certains, et nous déclarons rebelle au sens commun, c'est-à-dire à l'autorité du nombre, quiconque demandera qu'on les lui démontre. > Ces assertions sont absolument arbitraires. Ce sont des formes diverses de la thèse fondamentale que l'auteur répète sans la prouver jamais. - Lamennais veut aussi faire reposer sur l'autorité générale la certitude des faits de conscience; et à ce propos, il traite avec la plus grande sévérité le Je pense, donc je m, de Descartes, c Lorsque Descartes, pour sortir de sog doute méthodique, établit cette proposition : Je pense, dm je suis, il franchit une abime immense, et pose, au milieu des airs, la première pierre de l'édifice qu'il entrepreni d'élever. Car à la rigueur nous ne pouvons pas dire / pense, nous ne pouvons pas dire je suis, nous ne pouvons k pas dire donc ou rien af6rmer par voie de consé-

quence (1). > On ne peut rien imaginer de plus faible et de plus arbitraire que cette réfutation. Le célèbre apln)* risme de Descartes peut soulever bien des difficultés. Mai.' f les négations de Lamennais portent précisément sur c^

qu'il a d'incontestable. — L'auteur essaye aussi de prouver

r' que le témoignage des sens repose sur l'autorité générale

^^^^ Voici l'argument. On avertit quelquefois un homme q'^«

^ sa vue le trompe, qu'il voit mal un objet. Alors d'insëci''

il interroge, il s'enquiert autour de lui. — Mais qu est^c»

que cela prouve ? Rien en faveur du consentement un.-

(1) Euai, t. II, chap. ZIU.

versel. Mes sens peuvent être soumis à une perturbation accidentelle et alors je m'en rapporte, non pas à l'autorité du nombre, mais à ceux de mes semblables qui me paraissent avoir les sens en bon état.

Les raisons philosophiques par lesquelles on réfute ce système sont si connues qu'il est inutile d'insister. Mais il ne sera peut-être pas sans intérêt de voir quelques-unes des propositions censurées par les évêques et les termes de cette censure. Nous connaîtrons ainsi ce qui, dans la doctrine de Lamennais, était particulièrement contraire aux saines idées religieuses.

« Auteur de l'univers! Non, jamais votre souvenir ne se perdit parmi les mortels. Tous ont entendu la voix puissante qui, comme un souffle de vie, traverse le temps pour animer les intelligences en leur révélant votre être... Trop souvent, ils n'osèrent élever leurs adorations audessus de la créature. Cependant, le Créateur, le Dieu des dieux, l'Étemel, ne laissait pas d'être présent à leur pensée, et dans le sein même de l'idolâtrie, aucun peuple ne méconnut un seul moment son existence, i^

Ainsi s'exprime l'auteur de V Essai sur l'indifférence dans le troisième volume de son ouvrage. Voici maintenant la censure des évêques : « Ces propositions qui énoncent une doctrine répandue dans tout l'ouvrage..., qu'avant Jésus-Christ, l'universalité ou du moins la pluralité des hommes avaient toujours cru à l'existence d'un Dieu unique, immatériel, éternel..., sont fausses, contraires à la parole de Dieu et à la tradition constante des saints Pères ; elles anéantissent le plus grand et le plus incontestable des bienfaits de l'Incarnation qui a consisté à faire revivre sur la terre le dogme fondamental d'un Dieu unique, le vrai Dieu(i). i La censure épiscopale réprouve

(1) Cewntre de cirtqnante-six propoêitiimê extraites de divers écrits de M, de Lamennais^ Tooloûsef 1835, p. 60,

aussi cette proposition : c L'idolâtrie ne fut jamais que le culte des esprits bons et mauvais, etc..., » proposition qui assimile faussement c le culte des anges et des saints â celui des divinités chimériques, souillées de tous les crimes et de toutes les abominations (1). >

Les propositions qui précèdent se trouvent dans Y Essai sur Vindifférence. En voici d'autres tirées d'ouvrages destinés à en défendre la doctrine : c Ce n'est pas la foi qui naît de la raison ; c'est la raison qui ndt de ja foi. i Censure : c Cette proposition, qui renferme la maxime répandue dans tout l'ouvrage, savoir que dans aucun cas la raison ne doit précéder la foi, est absurde; de plus, elle est souverainement injurieuse à la vraie religion, quelle réduit à n'être qu'un pur fanatisme (2). » Autres propositions : c II n'y a point de vérité si évidente pour Tun qui ne puisse être incertaine pour l'autre. > t II n'y a pas de vérité dont chaque individu soit infailliblement, absolument certain par lui-même et sans le secours du sens commun. > Censure : c Ces propositions sont fausses; elles conduisent au pyrrhonisme, et par l'usage que l'auteur en fait, elles tendent au renversement de toute religion (3). »

Telles sont les condamnations motivées dont la Censure de 1832 a frappé les cinquante-six propositions extraite^ des écrits de Lamennais et de ses disciples. Déjà au commencement du XVIII« siècle, le système de Huet avait été fort mal accueilli du clergé de France. La théologie repousse donc aussi les doctrines exclusives, même lorsqu'elles se trouvent dans des ouvrages destinés à la défense de la religion.

Le système de M. Bautain a reçu le nom de fidékm.

(1) Censure de cinqmnte-six propositions extraites de dirert écrits de M, de Lamennais^ Toulouse, 1835, p. 61.

(2) Ihid., pp. 66-67.

(3) Ibid., p. 70,

Il consiste à soutenir non seulement que la foi est supérieure en dignité à la raison, mais qu'elle lui est antérieure dans Tordre d'acquisition de nos connaissances. A ce point de vue, tout développement réel ou possible de la pensée vient de la révélation positive.

Si Ton veut connaître la forme sous laquelle M. Baulain a présenté cette doctrine, il faut consulter l'écrit célèbre qui parut d'abord isolément en 1833, sous ce titre : De l'enseignement de la philosophie en France au XIX^ siècle, et qui plus tard, en 1838, fut placé comme Discours préliminaire en tête du Cours de philosophie du même auteur. Dans ce Discours M. Bautain prélude, par la critique, à l'exposition de ses propres idées. Il passe en revue les différentes écoles qui, en France, se disputent l'empire des intelligences. Ce sont les écoles condillacienne, écossaise, éclectique, le rationalisme scolastique enseigné dans les séminaires et le système de Lamennais. Cette étude sur les doctrines en vogue vers 1833 est souvent remarquable. On doit avouer, toutefois, qu'elle s'attacbe plus à critiquer les défauts des systèmes qu'à en signaler les bons côtés. On voit que l'auteur subit l'influence d'une disposition pessimiste qui le met lui-même sur la voie d'une opinion excessive. Mais arrivons à la solution qu'il propose.

Il n'y a de vraie pbilosopbie que celle qui est fondée sur la parole de Dieu lui-même. Or, la parole de Dieu a été le premier pédagogue de l'humanité, et depuis le commencement cette parole ne nous a jamais fait défaut. Il faut donc donner pour base à la philosophie les anciennes traditions, non pas des traditions anciennes quelconques, mais celles que pous ont conservées les textes sacrés.

L'auteur demande que l'autorité de ces textes sacrés soit admise sans démonstration, parce que, dans un système quelconque, il faut bien partir d'un principe tenu pour certain sans démonstration. Que l'on commence par croire

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à la Bible d'une foi humaine, dit M. Hautain, et plas tard viendra la foi divine. Que Ton ne vienne pas nous dire, poursuit l'auteur, qu'il ne faut pas admettre tout d'abord comme principe une parole non vérifiée. Nous répondrons qu'il faut bien commencer par admettre quelque chose. Les uns s'appuient sur des faits de consdence, les autres sur des vérités abstraites, c Ne nous serait-il pas permis à nous de poser en principe la parole de l'origine des choses, la parole qui a fourni dans tous les temps les vérités fondamentales de l'ordre et de la société? >

Une fois les vérités fondamentales fournies par la parole sacrée, c'est au vrai philosophe qu'il appartient de les développer et même de les démontrer par l'expérience, en les appliquant aux faits de l'homme et de la nature. Il faudra retrouver dans l'homme, dans l'histoire de l'humanité et du monde, les preuves de ce que le livre des révélations nous dit du monde et de l'homme. Alors interviendront avec fruit les sens, la conscience et la raison, pour nous donner la science évidente de ce que nous avions d'abord admis de confiance ou cru obscurément.

Tel est le système de M. Bautain, réduit à sa plus simple expression et dégagé des formes brillantes dont il l'enveloppe. On peut y remarquer, comme caractère dominant, une certaine interversion de l'ordre habituel de la démonstration évangélique. Ordinairement on s'adresse A à la raison pour établir les preuves de la révélation. Ici h

révélation doit être acceptée tout d'abord sans preuve; elle doit servir de soutien à la raison qui, à son tour, l'explique, la développe et la démontre.

Ce système souleva de bonne heure de vives réclamations. Refuser à la raison humaine le droit de poser un I premier principe, c'était mettre les théologiens dans im-

possibilité d'enseigner la religion à ceux qui l'ignorent e*. de la défendre contre ceux qui l'attaquent. On se demandait sur quoi reposerait la vérité religieuse s'il fallait

l'admettre sans preuve. On voyait un cercle vicieux dans ce procédé qui consistait à partir de la foi pour arriver à la foi.

L'auteur distinguait-il entre la foi humaine par où Ton commence et la foi divine par où Ton finît? On lui demandait ce que c'était que cette foi humaine. Quand il répondait que c'était notre confiance instinctive à la parole d'autrui, on lui objectait que c'était revenir à un critérium purement humain qui, adopté à l'exclusion de tous les autres, était sujet aux mêmes difficultés que celui de Lamennais. Voilà quelques-unes des objections que l'on faisait à M. Bautain. Nous n'avons pas besoin de nous arrêter à en montrer la justesse. Il sera plus intéressant de voir l'auteur lui-même critiquer sa propre doctrine.

Lorsque l'autorité ecclésiastique se fut prononcée contre le fidéisme, M. Bautain, imitant l'exemple de Fénelon, se soumit pleinement à la sentence qui le condamnait, et, en 1842, dans une préface placée en tête de sa Philosophie morale, il prit soin lui-même d'expliquer les causes de sa méprise.

a: Nous reconnaissons, dit-il, des inexactitudes et des exagérations dans plusieurs endroits de nos ouvrages...; en combattant le rationalisme, nous sommes tombé dans l'excès contraire. Voulant renverser l'orgueil de la raison humaine, nous avons eu l'air de renier la raison elle-^même. L'intention était bonne, mais notre zèle nous a emporté au delà du but. Deux causes identiques au fond nous y ont poussé. C'était d'abord l'antipathie la plus prononcée contre le rationalisme moderne, puis une trop grande estime pour la philosophie de Kant, dont la Critique de la raison pure nous paraissait avoir frappé au cœur le rationalisme et avec lui le protestantisme. >

oc Le scepticisme pouvait sortir de là, poursuit M. Bautain ; les théologiens l'ont senti et ils ont réclamé avec droit. Ils ont vivement attaqué deux conséquences qui

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ébranlent les fondements de la science théologique. L^ première, c'est que la raison ne peut démontrer Texistence de Dieu ; la seconde, non moins grave, c'est que la raison seule ne peut établir les motifis de crédibilité de la religion chrétienne, en sorte qu'un incrédule ne pourrait être ramené à la foi par la raison. Après de mûres réflexions, nous sommes resté convaincu que nous avions trop restreint la puissance de la raison. >

Depuis l'époque où M. Bautain signait cette lo3fale rétractation, le traditionalisme a reparu sous une forme nouvelle; mais, pour la troisième fois, cette doctrine, créée dans un intérêt piu-ement religieux, fut condamnée par l'autorité ecclésiastique (au concile d'Amiens en 1853 et à Rome en 1855) (1).

(l) Voir le récent Tolume de 11. Ferraz, Histoire de la p\iur Sophie en France au XIX* siècle.

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