CERTITUDE REELLE OU DE CHOSES ET CERTITUDE ABSTRAITS OU DE NOTIONS
J'appelle proprement perception la connaissance d'une chose concrète, réelle, agissant d'une certaine juanière sur moi, et manifestée par cette action même. Ce que je perçois, je le reçois en quelque sorte tel qu'il se présente ou se rend présent à moi en faisant impression sur moi. Ce qui m'est présent de la sorte, s'impose à moi comme objet et se fait connaître. Et puis j'ai le pouvoir de me le représenter mentalement, de m'en faire une image, plus ou moins nette, plus ou moins vive. Tels sont les premiers actes de l'esprit. Là il n'y a point encore de certitude, parce qu'il n'y a point encore de pensée; mais voici que par un acte d'un oçdre tout nouveau je prononce au dedans de moi sur le vrai et le faux : je décide et déclare- que ceci est ou n'est pas, que telle chose existe^ qu'elle a telle
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qualité, qu'elle a avec une autre chose tel rapport. Cela c'est penser. Ces affirmations sont vraies ou fausses selon qu'elles sont conformes ou non à ce qui est. En les posant, je donne mon assentiment à ce que je juge vrai, le refuse à ce que je juge faux. Je puis aussi ne point me décider, et simplement incliner, plus ou moins, à prononcer dans un sens ou dans l'autre ; si raisonnablement je trouve matière à douter en portant un jugement, je ne suis pas certain : je n'ai qu'une opinion, et la proposition que je ne puis affirmer avec une entière assurance est èenlemeni probable. Dans la probabilité il y a une infinité de degrés ; il n'y en a point dans l'assentiment lui-même : je l'accorde ou le refuse, et il n'y a point de milieu ; dès que je l'accorde, il est absolu, sans réserve, sans condition.
Tenir la vérité, posséder la vérité, affirmer la vérité, avec une assurance parfaite, voilà donc le propre de la certitude. Mais on peut tenir ainsi la vérité sans se dire qu'on la tient: c'est l'assentiment simple, la certitude que j'appellerai implicite; au contraire on peut posséder la vérité en se rendant compte qu'on la possède, et c'est l'assentiment réfiéchi, la certitude que j'appellerai explicite. Dans le premier cas l'assentiment est comme détermmé par la perception même, il précède tout examen, il est indélibéré. Dans le second cas, il suppose une sorte de retour et d'arrêt volontaire de la pensée sur sa propre affirmation pour la considérer et en distinguer les motifs : c'est un acte délibéré. Dans les deux cas le doute est exclu : ou il ne se présente pas