‹ De la certitude moraleChapitre 11 sur 98 · CERTITUDE RÉELLE ET CERTITUDE ABSTRAITI · texte numérisé non relu

CERTITUDE RÉELLE ET CERTITUDE ABSTRAITI

(ce qui peut arriver même quand il y a réflexion et examen), ou il est écarté, ou il est vaincu.

Les affirmations peuvent porter sur des faits ou sur des abstractions : il y a donc une certitude qu'on peut appeler réelle et une autre qu'on peut appeler abstraite. Celle-ci s'attache aux notioiis, celle-là aux choses * .

Or l'abstraction n'est pour nous qu'un moyen. C'est inie région qu'il nous faut traverser, nous ne saurions y demeurer. Ce que nous voulons expliquer, ce que nous voulons savoir, ce sont les choses mêmes, les choses qui agissent sur nous et sur lesquelles nous agissons, et s'il n'y a pas de science sans notions abstraites, il n'y a pas de science non plus qui, d'une manière ou d'une autre, ne parte des choses et n'y revienne. Ni les abstractions pures ni les faits tout seuls n'ont pour l'esprit humain un intérêt qui suffise à le retenir. Il s'échappe bientôt hors de l'enceinte des faits si l'idée ne s'y montre pas, et il descend vite des abstractions et des générahtés s'il perd entièrement de

1. Descartes aulorise ce langage. 11 distingue d'une manière analogue chose et vériié. L'article 48 de la première partie des Principes est intitulé : « Que tout ce dont nous avons quelque notion est considéré comme une chose ou comme une vérité. » Et il dit dans l'article même : « Je distingue tout ce qui tombe sous notre connaissance en deux genres : le premier contient toutes les choses qui ont quelque existence, et l'autre, toutes les vérités qui ne sont lien hors de notre pensée.» — Quant à ces mots, certitude réelle, certitude abstraite, ils nous ont été suggérés par la lecture de l'ouvrage du l\ iNewman que nous signalons dans notre Avant-propos (An Essay in aid of a Gnmmar of Asseni). Le P. iNewman distingue par une très fine analyse et compare avec une merveilleuse abondance de détails ce qu'il appelle Real Assent alNoiional Asscnt. Nous lui devons beaucoup dans ce premier chapitre. Voir spécialement dans son Essay les chapitres iv, v, vi et vu.

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