CERTITUDE RÉELLE ET CERTITUDE ABSTRAITE
notions étant en elles-mêmes dégagées de toute expérience, même quand l'expérience a servi d'abord à les former, et aucun intérêt pratique n'y étant immédiatement attaché, même quand elles sont les règles de la pratique, nous les considérons dans je ne sais quelle iroide et morne région, comme des objets propres à occuper notre intelligence curieuse, mais incapables de nous toucher au vif de notre être.
La certitude implicite est une certitude réelle : c'est la présence même des choses, c'est leur action sentie et reconnue, qui rend le doute impossible et fait la sécurité de l'esprit. La certitude explicite suppose toujours quelques notions abstraites et quelques générahtés : comment réfléchir sans que les principes où s'appuient nos jugements se laissent voir à la pensée? Et dès lors comment ne pas sortir des faits singuliers et des réalités concrètes?
Si nous entendons par sentiment toute émotion par nojis ressentie en recevant l'impression d'un agent étranger ou en agissant nous-mêmes, si ce qui est réel se fait sentir par son action, si la première information que nous puissions avoir de l'existence d'une chose réelle quelconque ne peut venir que de là, il faut dire que toute pensée suppose un sentiment, et dès lors il n'y a point de réflexion, point de raisonnement, point de liaison rationnelle d'idées, qui n'ait son point de départ réel en quelque action singulière et concrète sentie par l'âme. Ainsi tout commence par l'expérience, quoique Texpénence ne soit pas tout et