Critique du jugement, § 90, no
DU DANGER D'KXAGÉRER LE ROLE DE LA FOI MORALE. lo<»
rience actuelle et que l'on considère aussi l'expérience possible. En d'autres termes, il y a chose de fait là où les catégories de l'entendement, qui servent à constituer l'expérience, ont une application. La chose de fait est donc déterminée nettement, et l'esprit qui la connaît, est capable de la montrer ou de la démontrer aux autres. Le jugement par lequel on en affirme l'existence, est valable pour tout homme, pour quiconque du moins a de la raison. L'objet de la foi, au contraire, n'a point d'effet dans la nature, et ne prouve point sa réalité dans l'expérience. Si donc nous en affirmons l'existence, c'est par des raisons qui sont objectivement insuffisantes ; le jugement tient en grande partie aux dispositions du sujet, et il n'est point valable pour tous les esprits *.
Cette distinction entre savoir et croire semble très nette : Test-elle en effet?
D'abord Kant exclut du domaine de la croyance les informations dues au témoignage de nos semblables, sous prétexte qu'à l'origine de ces informations il y a une chose de fait^ Mais n'est-ce pas refuser le nom de croyance à ce qui est précisément le type même de la croyance? Sans doute, ce que j'affirme parce que vous me l'attestez, vous pouvez l'avoir vu, et il faut que la chose connue maintenant par le témoignage ait été pour le témoin primitif objet d'expérience. Si longue que soit la chaîne des témoignages, ce à quoi elle est sus-
1. Cn/fgufi de la raison pure, à l'endroit déjà cité. Del'opinion, du savoir et de la foi. — Critique du jugement, § 89, au commencement, et § 90, n»3.