Destinalion de l'homme, p. 229 et suiv
en possession de la réalité à l'aide de la croyance, et d'une croyance née avec eux, grandie avec eux, déclare que « la croyance est le joug universel, inévitable, que porte sans le voir celui à qui le don de la vue a été refusé, que porte, en lé voyant, celui dont les yeux sont ouverts, mais joug dont ni l'un ni l'autre ne saurait s'affranchir : nous naissons tous dans la croyance *.»
Que va devenir cette liberté dont Fichte avait tant parlé d'abord? N'est-ce pas une nécessité naturelle, instinctive, qui maintenant en prend la place ? Attendez : cette nécessité prétendue, le penseur la regarde en face, et il la brise ^. Il se refuse à être l'œuvre de la nature : il ne l'est donc pas. Il faut qu'il soit l'œuvre de ses mains, et, pour que cela soit, il lui suffit de le vouloir. « Ce que je croirai, dit-il, je ne le croirai pas parce que je devrai le croire : je le croirai, parce que je voudrai le croire^.»
Le monde existe, puisque j'ai la conscience de certains devoirs auxquels je ne pourrais concevoir d'objet, que je ne saurais mettre en pratique, si le monde n'existait pas *.
« Un homme se rencontrerait-il qui sérieusement, non plus seulement pour en faire un jeu d'esprit, voulût nier sa destination morale, la réalité du monde extérieur, de son existence et de la vôtre ? Faites
i . Destination de l'homme, p. 232.