‹ De la certitude moraleChapitre 34 sur 98 · Destination de l'homme, p · texte numérisé non relu

Destination de l'homme, p

et moi, entre toi et tous les autres êtres finis sont visibles pour nos yeux : ceux-là je puis les étudier... Je sais que c'est toi qui graves dans mon cœur la notion de mes devoirs, que c'est toi qui m'enseignes la destination à laquelle je suis appelé, la place que j'occupe dans le système des êtres doués déraison. Je sais que tu sais ce que je veux et ce que je pense. Je sais que tu as voulu que mon obéissance à la voix de la conscience eût des résultats dans l'éternité. J'ignore comment tu connais et ce qu'est ta volonté ; mais qu'importe? Je sais que tu agis, que tu es et que tu vis : cela suffit. » Et Fichte, à cette lumière divine, envisage le monde, la vie présente et l'avenir. « La mort ne tue pas, » s'écrie-t-il, c'est la manifestation d'une autre vie jusque-là invisible à nos yeux. « Le monde extérieur n'est en définitive qu'une sorte de rideau qui nous cache un autre monde plus magnifique, plus parfait. La croyance écarte ce rideau, car la croyance veut voir et sait voir des choses qui ne sont contenues ni dans l'espace ni dans le temps * . »

Comment lire sans émotion ces pages étranges ! Kant animé de la passion de Pascal et poète à la manière de Platon, voilà Fichte dans ce livre. Et quel mélange singulier de vrai et de faux ! Il voit admirablement que la vraie destination de l'homme, c'est « non de savoir, mais d'agir ; » que l'homme n'est complet que dans rdr"dre des choses morales; que la volonté a dans cet ordre

1. Destination de l'homme, p. 334-337, 361, 364 (fin). La lO* leçon de la Méthode pour arriver à la vie ôieiifteureuse contient des idées analogues.

supérieur un rôle à remplir ; que la certitude y suppose des conditions morales. Mais si, impatient des bornes trop étroites de la science, il déclare bienfaisante et sûre la croyance qui la dépasse, quelle autorité laisset-il à la croyance même ? Il sépare tellement la raison €t la foi que c'est se mettre en dehors des lois et des conditions de la pensée, que de croire. Il voit toute la raison dans le raisonnement ou dans une raison orgueilleuse et pervertie ; et, prétendant tout, appuyer sur la foi seule, sa doctrine n'est en définitive qu'une sorte de mysticisme moral : devant ceux qui n'ont point son vol hardi, il ouvre tout béant l'abîme du scepticisme.

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