‹ De la certitude moraleChapitre 35 sur 98 · CONFLIT ENTRE LA CONNAISSANCE ET LA CROYANCE. HAMILTON ET MANSEL · texte numérisé non relu

CONFLIT ENTRE LA CONNAISSANCE ET LA CROYANCE. HAMILTON ET MANSEL

Peut-on aller plus loin encore que Fichte ? Oui sans doute, s'il est possible de mettre entre la raison et la foi une opposition plus profonde encore et plus radicale ; et c'est ce que font, ce me semble, Hamilton et Mansel.

Hamilton prétend que, dans les limites qui sont imposées à nos facultés, nous ne pouvons aucunement concevoir comment la volonté peut être libre. Nous ne pouvons pas concevoir un commencement absolu. Nous ne pouvons donc pas concevoir de volition libre.

iSi CHAPITRE IV.

Mais nous ne pouvons pas concevoir davantage raltcrnative en vertu de laquelle on nie la liberté. Or, comme nous trouvons un témoignage en faveur de notre nature morale dans la conscience d'une loi absolue du devoir, dans la conscience de notre responsabilité morale, nous admettons la liberté sans la comprendre *. En tant qu'également inconcevables, les deux systèmes opposés, exclusifs l'un de l'autre, ont théoriquement les mêmes chances : mais, en pratique, notre conscience de la loi morale qui, sans une liberté morale dans l'homme, serait un impératif mensonger, donne une prépondérance décisive à la doctrine de la liberté sur celle du destin. Nous sommes libres en fait, si nous sommes responsables de nos actions*. Ainsi la morale nous fait admettre, selon Hamilton, la vérité d'une chose dont nous ne pouvons pas nous figurer la possibilité. Il va jusqu'à dire que tout effort pour faire concevoir le fait de la liberté ne consiste en définitive qu'à lui substituer une forme plus ou moins déguisée de nécessité'.

N'est-ce pas, répondrai-je, que ces efforts ont pour but, non de le faire concevoir, mais de le faire imaginer, et que dès lors on cesse de le prendre tel qu'il est pour se le représenter sous la forme d'un fait accessible aux sens ? Il n'est plus le fait de la liberté dès qu'on en essaie une image dont les éléments sont empruntés à

1. Lectures on metaphysic and logic (ouvrage publié après la mort de l'auteur par Mansel et Veitch, 4 vol., 1859-60), t. II, p. 412-413. William Hamilton, né en 1788, est mort en 1856.

2. Discussions on philosopliy, etc. (3* éd., 1866), p. 624-625.

Page 1