‹ De la certitude moraleChapitre 36 sur 98 · Lectures, L I, p · texte numérisé non relu

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un autre ordre de phénomènes essentiellement différents. Cette prétendue impossibilité de concevoir la liberté, n'est-clle pas simplement la reconnaissance même du caractère propre, original, de la liberté, et n'implique-t-elle point par conséquent une conception très nette et très distincte ? Les difiicultés ne disparaissent pas, non sans doute, mais la chose est nettement conçue, j'ose dire positivement connue.

D'un autre côté, l'usage pratique de la raison, auquel on a recours avec une confiance parfaite, qu'est-ce sinon l'usage complet de la raison ? Il n'y a pas entre la spéculation et la pratique désaccord, conflit, hostilité. Mais la spéculation peut ne donner que de demi-vérités quand il s'agit de choses qui touchent à la pratique. La liberté est chose pratique : que des arguments tout théoriques ne réussissent pas à en donner l'idée, qu'y a-t-il à cela d'étonnant ? C'est à l'ordre pratique qu'appartient la liberté : c'est dans l'ordre pratique qu'il faut se placer pour en juger. Mais la raison ne se trouve pas pour cela douée tout à coup d'un pouvoir nouveau ; elle n'est pas transformée par une baguette magique. Réduite jusquelà à des antinomies désespérantes, elle ne devient pas tout à coup sohde, sûre, digne de confiance. Elle est tout simplement placée dans les conditions normales et sur le terrain convenable. Prétendre juger de la liberté sans rien emprunter à la morale, ce serait vouloir juger sans avoir à sa disposition tous les éléments indispensables au jugement. L'impossibilité déjuger ne prouve certes pas alors que la raison soit impuissante.

i86 CHAI'ITHE IV.

C'est surtout dans l'application que llamiiton fait de sa théorie à l'Infini et à l'Absolu que nous le voyons s'emporter jusqu'aux derniers excès ; et c'est par de perpétuelles confusions que s'expliquent ces exagérations surprenantes.

Nos idées de l'Infini et de l'Absolu ne sont, à l'entendre, qu'un « faisceau de négations * » ou plutôt un chaos de contradictions. Puis, de ces choses « inconcevables % » il déclare que nous pouvons avoir, et que nous avons en effet, par une autre voie, une conviction très légitime, une pleine certitude : ce qui est inconcevable ne peut être connu, mais n'est point incroyable. Nous ne pouvons connaître l'Infini : nous -^ pouvons croire ; « c'est même pour nous une nécessité et un devoir d'y croire^. »

Hamilton se plaît à exprimer de la manière la plus forte et la plus vive l'opposition qu'il établit entre la raison et la foi. Après avoir dit excellemment que notre intelligence n'étant pas la mesure des choses, nous n'avons pas le droit de rejeter ce que nous ne comprenons pas, par cela seul que nous ne le comprenons pas *, il se hâte de montrer que nous pouvons et devons admettre dans nos affirmations sur l'Infini et l'Absolu, des propositions qui impliquent contradiction. Mais sont-ce là des assertions que l'on puisse prendre à

1. Discussions, p. 17. (Fragments de W. Hamilton, trad. Louis Peisse, p. 24.)

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