‹ De la certitude moraleChapitre 38 sur 98 · Examen de la philoso]>hie de Hamilton, trad. fr., p · texte numérisé non relu

Examen de la philoso]>hie de Hamilton, trad. fr., p

4. Excellente remarque de Stuart iMill, Examen de la philosophie de liamilton, p. 66.

«88 CHAl'IÏHli IV,

lie dépendent point elles-mêmes de cette première cause, et que ces relations ne la fasseut point connaître ' ? llamilton déclare impossible toute connaissance de l'Inlini et de l'Absolu, parce qu'il estime que ce n'est point connaître que de connaître d'une manière indirecte, bornée, imparfaite. Maià il s'abuse deux fois : car il confond avec la croyance un mode de connaissance, et il se fait de l'objet de la croyance une idée telle qu'il rend la croyance même impossible. Comment un esprit qui comprend le sens des mots, pourrait-il professer autre chose que la non-croyance, dit encore Stuart Mill, à l'égard de ce qui est un amas de contradictions ? On ne croit pas, on n'est pas forcé, on n'a pas le devoir de croire à un tel objet; et ce n'est pas parce qu'il ne peut être connu, c'est parce que l'on doit savoir qu'il ne peut exister : à moins de soutenir avec Hegel que l'Absolu n'est pas sujet à la loi de contradiction, mais qu'il est à la fois un être réel et une synthèse d'éléments contradictoires *.

En résumé, il y a connaissance làoîi Hamiiton ne voit que la croyance ; mais si la connaissance était impossible par les raisons qu'il donne, la croyance serait impossible du même coup : on ne peut croire ni une proposition qui ne présente aucun sens, ni une proposition qui implique une contradiction, puisque, en ce dernier cas, une moitié de la proposition, selon qu'il le remarque lui-même, supprime tout simplement le sens

f . Voir l'Examen de la philosophie de Hamiiton, p. 106-108. 2. Examen de la philosophie d'IIamilton, p. 74-76.

de l'autre moitié. Oublier ou sembler oublier cela, n'estce pas ouvrir la porte au scepticisme le plus désespéré?

Mansel reprend les vues de Hamilton, et il les développe dans le dessein exprès de servir la religion naturelle et la religion révélée. Le meilleur moyen, selon lui, de triompher des objections dirigées contre l'une et l'autre, c'est de déterminer avec une sévère exactitude les limites de la pensée religieuse*. Si nous savons bien à quelles ignorances irrémédiables nous condamnent, au sujet des choses divines, les conditions

1. (Test le titre significatif qu'il donne à l'important et remarquable ouvrage où il expose sa philosophie de la religion : The Limits of religions Thought. Cet écrit, qui fait partie des Bampton Lectureâ, se compose de huit discours prononcés à Oxford en ISoS. N'ayant pas été traduit en français, il n'est guère connu chez nous que par la critique qu'en fait Stuart Mill dans son Examen de la Philosophie de llamilloa (cli. vu). C'est un malheur pour un écrivain et un penseur de n'apparaître qu'à travers les objections du contradicteur même le plus loyal et le pins équitable. Mansel mérite d'être cherché dans son propre livre. On est frappé, en le lisant, du ton calme, grave, mesuré de cette philosophie hardie. Comme il ne veut écrire que dans l'intérêt de la vérité, il garde dans ses plus grandes audaces je ne sais quoi de discret et de retenu. Il a soin, non par peur, mais par conscience, d'écarter les propositions choquantes, et d'ôler à sa théorie toute apparence fâcheuse. Aussi n'en voit-on pas toujours la portée dès l'abord, et l'on écoute avec confiance le religieux écrivain qui s'applique à en montrer les salutaires effets. C'est surtout dans la cinquième édition de l'ouvrage (1870) que celte préoccupation est visible. Averti par les critiques qui lui ont été adressées, Mansel explique sa pensée avec le désir non de l'atténuer, mais de la rendre irréprochable, et c'est ce qui fait le très grand intérêt du Sommaire [Sumviary of the Argument) p]acé en tête de cette dernière édition. Celte préface est d'ailleurs comme le testament philosophique de l'auteur, qui est mort en 1871. — Charles de Rémusat avait fait dans son livre La Philosophie religieuse (1864) une pénétrante élude des théories de Mansel. « Il est impossible, disait-il, de disculper M. Mansel d'être alteint du mal que Platon appelait misologie. » Et il ajoutait que M. .Mansel a " enseigné le scepticisme sans être sceptiquei et voulu affermir les croyances en décriant les idées ».

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mêmes de la pensée humaine, la foi trouvera dans la faiblesse de l'intelligence un appui. Comment s'étonner des difficultés quand il s'agit d'un objet qui passe nos conceptions ? De quel droit chercher dans nos idées de quoi démentir nos croyances, si nous sommes convaincus de l'insuffisance ou plutôt de l'impuissance de nos idées? On ne sait une chose que si l'on conçoit le comment de cette chose : mais on peut ciboire qu'elle existe sans concevoir comment elle est possible. La croyance ne suppose que le pur fait : dès qu'il est établi, cela suffit S Qu'importent les objections tirées des impossibilités que l'existence de l'objet semble renfermer ? On ne prétend pas savoir comment cet objet existe : bien au contraire, on le déclare inexplicable et même inconcevable. Les contradictions, qui d'ailleurs sont communes à la croyance et à la non-croyance, résultent, non du légitime usage de la raison dans son propre domaine, mais de la tentative illégitime de l'étendre au delà de ce domaine. 11 faut donc avouer que la pensée n'est pas la mesure de la croyance : les limites de la pensée ne doivent pas nous empêcher de croire au delà; seulement la croyance, à son tour, en dépassant la pensée, ne peut autoriser à regarder les affirmations les plus légitimes comme une connaissance proprement dite et un savoir positif. Dans ces régions supérieures, il n'y a plus de conception spéculative, car il n'y a ni perception immédiate ni intuition de l'objet; la conception est pure-

1. TheLimits of religious TImght, Summary, p. xi-xiir, avec la note, «t Lectures n et iit.

ment régulative, car elle dérive de la perception de quelque autre chose qui est supposée avoir avec l'objet conçu une ressemblance plus ou moins prochaine ; et ainsi elle n'est pour l'esprit qu'une règle ou un guide qui le dirige par rapport à des choses qu'il est incapable de concevoir directement *.

Telle est la thèse de Mansel, et c'est sur cette distinction entre savoir ou co7icevoir et croire que repose toute sa philosophie de la religion.

Dieu, dans ce système, est inconcevable et inconnaissable, si nous parlons de conception ou de connaissance spéculative. Les idées de l'Absolu, de l'Infini et de la Cause première se contredisent mutuellement. Nous ne pouvons nous faire des attributs divins aucune idée oiî n'abondent les impossibilités et les contradictions. La pensée humaine est soumise à des conditions qu'elle ne peut violer sans se détruire, et ces conditions répugnent à l'Absolu et à l'Infini. C'est une nécessité de se représenter Dieu comme un être personnel : le sentiment de notre dépendance et le sentiment de l'obligation morale nous donnent la conviction que Dieu est puissant et qu'il est bon ; et c'est un Dieu personnel que réclame notre conscience religieuse. Mais, la personnalité impliquant la limitation et la relation, c'est unir des idées contradictoires que de déclarer absolu et infini un être personnel. Et pourtant, notre constitution intellectuelle

1, T/ie LimU of religious Thought, Summary, p. xv, et Lectures iv et v.

nous porte à admettre l'existence de l'Infini et de l'Absolu. Nous disons donc que Dieu, être personnel, est aussi absolu et infini ; mais nous sommes incapables de concevoir comment il peut être tel. Il n'y a donc plus là ni savoir ni connaissance proprement dite ; il y a croyance et foi * .

Réfléchissons à l'opposition ainsi établie entre la connaissance et la croyance. Nous trouverons qu'on n'en peut imaginer une plus profonde, plus radicale. C'est en définitive l'inconcevable et le contradictoire qu'on nous propose comme objet de foi. N'est-ce pas bouleverser toutes les notions ou plutôt détruire l'intelligence, et ainsi ôter à la croyance même tout fondement? Car enfin, si nous n'avons aucune idée de l'Absolu et de l'Infini, comment savons-nous ce que nous disons quand nous déclarons Dieu absolu et infini? Et qu'est-ce que croire à la réalité d'un être dont on dit des choses auxquelles on n'attribue aucun sens? Selon la juste remarque de Stuart Mill, « croire que Dieu est infini et absolu, ce doit être croire à quelque chose, et l'on doit pouvoir dire quoi*. » Que la notion ne soit pas adéquate à l'objet, c'est ce qui est clair, et personne ne le conteste ; qu'elle soit imparfaite, défectueuse, mêlée d'obscurité, c'est ce qu'il faut avouer : mais ou l'on ne sait ce qu'on dit, et alors comment croire ? ou l'on croit sérieusement, et alors

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