Examen de la jihilosophie de Uamilton, p
DU DANGKR D'EXAGÊlUîR LE ROLE DE LA FOI MOI\ALE. l'J3
on sait au moins un peu ce qu'on dit, par conséquent l'objet de la foi n'est pas le pur inconnaissable.
Mansel prétend que l'on sait ce qu'on dit en prononçant les mots absolu et infini. Pris isolément et comme de purs termes, ils sont aussi intelligibles que leurs opposés relatif et fini. L'embarras commence lorsque nous les combinons avec d'autres termes, par exemple lorsque nous disons que les caractères exprimés par ces mots coexistent avec les attributs personnels de Dieu : voilà ce qui est inconcevable'. Mais qu'importe que les termes pris isolément et en soi aient un sens, puisque, considérés ainsi, ils sont sans valeur et sans intérêt? Il me faut, pour en tirer parli, les combiner avec d'autres. Le puis-je en sachant ce que je dis? Là est la question. Or, d'après Mansel, « la nature de Dieu comme être infini et absolu est inconcevable^ », ce qui veut dire que je ne puis essayer de m'en faire une idée sans tomber en toutes sortes de contradictions; par conséquent je ne sais ce que je dis quand j'en parle. Elle n'est pas seulement incompréhensible, mystérieuse, inaccessible en soi ; elle est en désaccord avec les lois de la pensée, et je n'en puis rien dire sans me heurter contre des impossibilités, sans me jeter dans l'inintelligible et dans l'absurde.
Ces contradictions, répliquera Mansel, ne sont qu'apparentes. Très bien. Mais que veut-il dire par là?
1. The. Limits of religions Thought, Siimmary, p. xii, dans la note.
2. The Limits of religions Thought, Summary, p. xii, dans la note.
Qu'elles ne sont pas inhérentes à la nature même de Tobjet, lequel existe précisément d'une manière à nous inconnue et au-dessus toutes nos conceptions*. Mais comment Mansel sait-il cela, sinon parce qu'il a de rinfini et de l'Absolu une idée nette et distincte qui lui permet de décider, d'une part, que rien d'humain n'égale l'Absolu et l'Infini, d'autre part, que l'Infini et l'Absolu ne peuvent être en soi choses contradictoires et inintelligibles? Notre esprit est donc au moins capable de concevoir cela, et tout n'est pas obscurité, chaos, amas de contradictions dans nos idées. Quoi qu'il en soit, Mansel assure que les impossibilités, ne tenant pas à la nature de l'objet contemplé, tiennent à la constitution du sujet qui contemple. C'est dans les conditions de notre pensée qu'elles ont leurs racines. Mais de quelles conditions s'agit-il? De celles qui sont nécessaires à toute pensée humaine positive et consistante, nous répond-on : essayer de concevoir V inconditionné, c'est violer ces lois, et cette violation conduit, non à la pensée, mais à la négation de la^ pensée*. Comment peut-on dire alors que les contradictions ne sont qu'apparentes? Ne sont-elles pas au contraire très réelles? Et que peut donc être un objet de croyance dont on ne saurait rien dire sans violer les lois mêmes de toute pensée humaine? Je sais bien que Mansel dit de toute pensée humaine, il ne dit pas de toute pensée. Mais dans la pensée humaine il