‹ De la certitude moraleChapitre 40 sur 98 · The Limits ofrtligious Thought, Sumraary, p. i-xi · texte numérisé non relu

The Limits ofrtligious Thought, Sumraary, p. i-xi

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faut bien retrouver ce qui est de l'essence de la pensée même. Or, de deux choses Tune : ou c'est précisémeiu à la pensée humaine considérée en son fond essentiel, que toute affirmation concernant l'Absolu et l'Infini est contraire, et alors la restriction en question ne signifie rien; ou bien ce que l'on déclare impuissant à concevoir l'Infini et l'Absolu, c'est la pensée humaine considérée en ce qu'elle a d'inférieur, et alors dépasser des conceptions subalternes, indispensables mais insuffisantes, ce n'est pas violer les lois de toute pensée humaine, c'est penser d'une manière plus parfaite. En d'autres termes, là oii les images, toujours nécessaires, sont forcément insuffisantes, il reste ce que par opposition aux images on peut appeler les idées. Est-ce donc aux idées que Mansel prétend refuser toute valeur? Si oui, en vain distingue-t-il entre la pensée humaine et la pensée tout court, c'est un scepticisme radical qu'il professe. Si non, il a beau signaler, non sans raison, les infirmités et les imperfections de l'intelligence humaine, il ne lui ôte pas le moyen de concevoir les choses divines. Par exemple, il dit que la personnalité et l'infinité sont choses qui répugnent entre elles. Pourquoi dit-il cela? Parce que la personnalité, telle que nous la trouvons en nous, est relative et bornée. Il y a donc contradiction, selon lui, entre la personnalité et l'existence absolue et infinie. Nullement, répondrons-nous. Il y a contradiction entre ce que nous expérimentons en nous-mêmes et ce que nous concevons en Dieu, et il le faut bien, puisque nous sommes

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finis et que Dieu est infini. Mais si la personnalité avec les bornes qu'elle a en nous ne peut être en Dieu, suit-il de là que la personnalité prise en soi implique nécessairement la relation et la limitation? Ce qui la borne en nous est aussi ce qui lui ôte de sa perfection. Considérée dans la pureté de son idée et de son essence, elle appelle l'infinité plutôt qu'elle ne la repousse. Si être infini c'est être par soi, et si c'est là la souveraine indépendance, où trouver la vraie infinité sinon dans la plénitude et la perfection de la personnalité, et où trouver d'autre part la personnalité pleine et parfaite sinon dans l'Être infini ou Etre par soi?

Ainsi nous ne pouvons nous représenter Dieu d'une manière exacte et complète : en affirmant quelque chose de Dieu, nous dépassons nos r€p7'ésentations ; de plus, nous ne pouvons comprendre comment Dieu est ce qu'il est : en ce sens nous dépassons même nos idées. Mais de là Mansel conclut que Dieu est inconcevable, que nous ne pouvons nous faire des attributs divins aucune idée qui soit exempte de contradiction, et que si, dans ces régions transcendantes, croire est raisonnable, essayer de penser est illégitime. Le perpétuel mélange de ces deux séries d'assertions donne à la théorie de Mansel je ne sais quoi d'indécis et de peu net, et Ton a peur de se méprendre «n ia critiquant. Mansel nous rappelle les faiblesses de l'entendement humain et Tincompréhensibilité divine, c'est nous prémunir sagement contre l'orgueil; mais il nous interdit ou semble nous interdire -de

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concevoir les attributs de Dieu, c'est nous condamner h une retenue qui équivaut à l'athéisme. Puis il se corrige lui-même : les conceptions régulatives, qui semblaient tant différer des conceptions spéculatives qu'on les aurait crues volontiers dépourvues de toute valeur véritable, ne sont plus maintenant si peu de chose ; elles servent à écarter les conséquences sceptiques de telle et telle proposition prise au sens littéral et absolu. Alors les exagérations systématiques disparaissent, et dans ce qui semblait inacceptable, on ne voit que de fortes expressions et pour ainsi dire de pieux excès de parole. Ainsi tour à tour la pensée de Mansel paraît inoffensive, puis effrayante, et enfin juste dans le fond, mais rendue en langage inexact.

Écoutons-le, par exemple, nous parlant de la bonté divine. Il veut qu'elle soit bien au-dessus de la bonté humaine, et il a raison. Il la déclare différente de la bonté humaine, et cela peut se dire. Il ajoute qu'elle est différente', non seulement par le degré^ mais en espèce : ce langage est inquiétant. Prenons cela au pied de la lettre. 11 nous faudra conclure avec Stuart Mill qu'alors la bonté de Dieu n'a, selon Mansel, aucun rapport avec la bonté de l'homme, et que partant on ne sait plus ce que c'est : si ce n'est plus la même qualité, si ce qui est de l'essence de la bonté, si ce qui fait que la bonté est la bonté, n'est nullement connu de nous, si, en considérant l'homme, nous ne pouvons nous faire

1. The Limits of religions Thought, Lecture ii, p. 26. — Voir aussi Lecture vu.

(](.' cette perfection aucune idée nette et exacte, qu'aftribuons-nous donc à Dieu quand nous lui attribuons la bonté? Une chose de même nom, mais absolument différente? Pourquoi l'appeler bonté ? Stuart Mill, s'attarhant aux termes mêmes des propositions qu'avance Mansel, proteste avec une éloquente indignation contre les conséquences qu'il en voit sortir :

« Si au lieu de m'annoncer, s'écrie-t-il, la « bonne nouvelle « qu'il existe un être possédant à un degré inconcevable toutes les perfections que l'esprit humain le plus élevé peut concevoir, on m'apprend que le monde est gouverné par un être dont les attributs sont infinis, mais que nous ne pouvons rien connaître de ses attributs, 'ni des principes de son gouvernement, si ce n'est que « la plus haute moralité humaine que nous soyons capables de concevoir ne leur sert pas de sanction : » qu'on me convainque de cela, je supporterai mon sort comme je pourrai. Mais quand on me dit que je dois croire en lui, et lui donner les noms qui expriiîient et affirment la plus haute moralité humaine, je déclare nettement que je ne le veux point. Quel que soit le pouvoir de cet être sur moi, il y a une chose qu'il ne fera pas, il ne me forcera pas à l'adorer. Je n'appellerai jamais bon un être qui n'est pas ce que j'entends par ce mot, quand je l'applique à mes semblables, et si un tel être peut me condamner à l'enfer parce que je refuse de l'appeler bon, en enfer j'irai \ »

I. Ces remaïquabies paroles se trouvent dans V Examen de la philosophie de llamilton, p. 119 (éd. ang!., p. 103). Nous avons essayé, en traduisant nous-mèmc les dernières plirases, d'en conserver la vigueur el le nuiuvenient.

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A son tour Mansel proteste. Ecoutons sa réplique : « Entre les attributs communicables de Dieu et les attributs correspondants de l'homme il y a une relation, non d'identité, mais d'analogie. Les attributs divins ont avec la nature divine les mêmes relations que les attributs humains avec la nature humaine . Ainsi il y a une justice divine et il y a une justice humaine; mais Dieu est juste comme créateur et maître du monde, il a une autorité sans limite sur^ toutes ses créatures, et il exerce une juridiction illimitée sur leurs actes; l'homme est juste dans certaines relations particulières en tant qu'il a une autorité sur certaines personnes et certains actes seulement, dans la mesure fixée par les besoins de la société humaine... L'homme porte en lui-même une règle du bien et du mal qui implique l'obéissance à l'autorité d'un supérieur (car la conscience n'a d'autorité que parce qu'elle est le miroir de la loi divine) ; tandis que Dieu a en lui-même une règle du bien et du mal qui n'implique aucune autorité supérieure, et déterminée uniquement par sa nature propre. . . Si l'homme peut se tromper dans les jugements qu'il porte sur la conduite de ses semblables, et s'il est d'autant plus sujet à se tromper qu'il est plus incapable de se mettre lui-même à leur place, et de se faire une idée exacte de leur manière de penser et de leurs principes d'action, à combien plus forte raison l'homme n'est-il pas exposé à se tromper quand il porte un jugement sur les voies de Dieu ' ! »

1. Réponse aux olijertioiis de Stuart Mill, citée dans l'Examen de la phi-

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Ce n'est donc plus qu'une leçon d'humilité et de sage réserve que Mansel nous donne. Il nous avertil que nous avons grand tort de vouloir juger de Dieu comme si nous le connaissions en lui-même, et que nous récrier à propos des maux de la vie, par exemple, parce que nous les trouvons en désaccord avec la bonté divine, c'est une folie : car dans telle circonstance où un homme ne nous paraîtrait pas bon, Dieu est bon d'une manière qui nous passe. Mais il reconnaît que la bonté de l'homme et la bonté de Dieu ne sont pas totalement différentes ; que l'homme est fait après tout h la ressemblance de Dieu même; et que, s'il faut craindre de parler des attributs divins comme s'ils n'étaient que ceux de l'homme même et qu'ils nous fussent parfaitement connus, il faut en parler ^cependant, car on en a une idée, qui n'est point méprisable, encore qu'elle soit incomplète et défectueuse.

C'est ce qu'il explique lui-même. Il avait mis au nombre des caractères du rationalisme vulgaire cette prétention, que les attributs de Dieu diffèrent de ceux de l'homme, en degré seulement, et non en genre. 11 dit maintenant que ce qu'il a voulu condamner, ce n'est point cette proposition même, prise en général, mais la conclusion qu'on en pourrait tirer, à savoir que les attributs de l'homme sont l'image vraie et adéquate des. attributs de Dieu. Il remarque d'ailleurs que la distinction entre le genre et le degré peut être établie

Icscphie de llamillon, p. 121, note. — Voir the Limils of religious Thitught, leclurc vil.

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sur des bases très difFérentes et partnnt avoir des sens très différents '. Tout ce que la proposition avait de choquant est donc écarté. Dès lors l'objection de Stuart Mill tombe. Si Dieu est bon d'une manière qui contredit ridée de bonté que je porte dans ma raison, dans ma conscience, dans mon cœur, c'est un épouvantable monstre que l'on prétend me faire honorer sous le nom de Dieu, et la révolte n'est pas de l'athéisme, c'est plutôt un hommage rendu à la divinité même : ce fantôme ne peut pas être, ce fantôme n'est pas Dieu. Mansei en convient au moins d'une manière implicite. Seulement il déclare que la plus haute perfection humaine n'est qu'un rayon de la perfection divine. 11 a raison. Quand toutes les apparences seraient contre la bonté divine, il s'y fierait encore, non qu'il croie au fond la bonté divine d'une autre essence que l'humaine ; mais il se garde de faire de l'homme le type et le modèle de Dieu : il pense au contraire que c'est Dieu qui est le type et le modèle de l'homme. C'est parce qu'il sait que la vraie bonté est en Dieu, qu'il repousse le démenti que l'expérience semble donner à notre foi. Ne connaissant pas les secrets de Dieu, ne sachant ni tous les effets de la divine bonté ni tous les moyens dont elle dispose, nous avons le droit de nous retrancher dans cette ignorance pour dire, malgré les apparences, que Dieu est bon. Voilà sans doute le fond de la pensée de Mansei : mais alors pourquoi

1. Tlie l.imits of religions Thonght, Lecture ii, p. 26, note.

ces propositions étranges, paradoxales, inacceptables que nous signalions tout à l'heure ?

On voit qu'un malentendu perpétuel plane sur toute la doctrine de Mansel. Parce qu'il exagère ses vues, il émet des assertions insoutenables ; parce que ses intentions sont droites, il rejette les conséquences de SOS propres théories, et revient à la sagesse par des explications qui les démentent. Il dit que « la raison humaine est capable d'atteindre à quelque conception de l'Etre suprême, et que cette conception varie en élévation intellectuelle et en pureté morale selon la condition intellectuelle et morale de ceux qui la forment'. » Il remarque que «notre épreuve intellectuelle, en cette vie, est analogue à notre épreuve morale ; et que, de même qu'il y a de réelles tentations de pécher qui néanmoins n'abrogent pas le devoir de se bien conduire, ainsi il y a de réelles tentations de douter qui néanmoins n'abrogent pas le devoir de croire *. » 11 a, d'accord avec tous les grands métaphysiciens et théologiens , un profond sentiment de l'incomparable et mystérieuse excellence de Dieu, et il veut que dans nos investigations nous n'oubliions jamais que la Divinité demeure cachée en son impénétrable essence. Il écarte au nom de notre ignorance beaucoup d'objections présomptueuses et insolentes. Voilà l'excellent. Mais il ne voit pas que nous n'avons pas besoin de connaître les choses en elles-mêmes et

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