‹ De la certitude moraleChapitre 43 sur 98 · Pascal, Pensées · texte numérisé non relu

Pascal, Pensées

DU DANGER D'iLXAGÉRER LE ROLE DE LA FOI MORALE. 215)

elles ont pour caractère d'être concevables, tandis que leurs négations ne le sont pas. Mais vous accorderez que la raison discursive n'a pas de prise sur elles, qu'elle s'évertuerait vainement à les rattacher à d'autres vérités, puisqu'elles sont elles-mêmes primitives : la raison ne les fait pas, elle les trouve vérités. C'est ainsi qu'Âristote disait déjà : « Le principe de la démonstration n'est pas démonstration ; le principe de la science n'est pas science ' : » voulant marquer par là que tout effort pour trouver le fondement de ce qui est précisément le fondement, le principe de ce qui est principe, serait un effort vain et insensé. Et c'est dans le même sens qu'il faut interpréter ces paroles de Maine de Biran : « Croire n'est pas savoir. Ce que notre esprit croit universellement et nécessairement, il ne Fa pas fait ; or, il ne sait que ce qu'il peut faire ; et ce qu'il a fait, comme ses idées générales, ses classifications, sa langue, ses combinaisons arbitraires, il n'y croit pas, et ne peut y croire comme à des choses existantes -. »

D'autre part, la croyance est souvent prise pour tout assentiment. Descartes ne dit-il pas de propositions évidentes ou démontrées, qu'il va les « recevoir en sa créance » ou « en sa croyance? » Et Bossuet ne s'exprime-t-il pas de même ? « De telles propositions (il vient de citer des axiomes) sont claires par elles-mêmes.

1. Analijt. post., II, xix, 100'' 13. 'Arocsi^swi; ip/r, oùv. àirôSsi^t;, uat' 0Ù5' iTn(3Tr,\i.f\i èT:\,ZTr\[t.-r\.

2. Œuvres inédites, publiées par M. Naville, t. III. Nouveaux Essais d'anthropologie, 20 part., p. 433-43'f.

parce que quiconque les considère et en a entendu les termes, ne peut leur refuser sa croyance^, » Stuart Mill, à son tour, dit : « Nous croyons tout ce à quoi nous donnons notre assentiment*. » De même, le moi fides chez les Latins et le mot ttistiç chez les Grecs avaient cette acception. Fidem facere signifie convaincre, que les raisons d'affirmer soient tirées de la chose même, ou fondées sur un témoignage. L'adhésion dans Aristote est nommée n'crtç. Aristote ne veut pas que les disciples se bornent à lier des mots les uns aux autres ; il veut qu'ils . sachent ce qu'ils apprennent' : et pour cela qu'exiget-il? Qu'ils aient une conviction tirée des principes mêmes de la science qu'on leur enseigné, et non des paroles et des opinions du maître ; or, comment nomme-t-il cette conviction? il la nomme -Tiiartv, De là cette proposition fameuse dont on voit le vrai sens (souvent méconnu) : .. ôeT yàp TCi<îT£U£tv Tov jjLav6avov-a * . » La preuve produisant conviction, il l'appelle aussi Tn'dTtv, et il dit d'elle qu'elle est démonstration. Il ajoute que nous n'adhérons jamais plus parfaitement à une proposition que lorsque nous trouvons qu^elle est démontrée ; et c'est encore du même mot qu'il se sert : comme riffrtç signifiait preuve pro-

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