Essai..., chap. iv, t. I, p
23G CilAPITRK V.
Cûurnot excelle à montrer l'importance de cette probabilité rationnelle ou philosophique. Il remarque qu'on peut fort bien juger, « en l'absence de toute règle ou formule précise, de la bonté d'une conviction morale ou de la beauté d'une œuvre d'art, » et il répète volontiers qu'il y a aussi un sens du vrai qui, sans le secours de la preuve logique, saisit avec une finesse et une sûreté admirables les analogies, les rapports des choses, et les motifs de préférence entre telles et telles explications rationnelles'. Il se refuse à renfermer tout l'exercice de la pensée humaine dans les étroites limites de la logique formelle. En une foule de cas, ni la nature des choses, ni notre organisation intellectuelle ne comportent les démonstrations rigoureuses, et nos jugements n'en sont pas moins légitimes et valables : le sens commun et le bon sens se passent en maintes circonstances de preuves régulièrement déduites ; le mathématicien lui-même pressent le plus souvent la vérité avant d'avoir réussi à la rendre démonstrativement évidente par déduction *.
Il suit de tout cela, d'une part, que la philosophie ne peut disposer que de probabilités, et d'autre part, qu'elle pénètre plus ou moins dans la trame même de toutes les sciences '. L'organisation logique et la forme scientifique ne sont pas possibles alors que, dans le domaine