Système de logique, liv. VI, ch. i (t. II, p
rien d'inquiétant pour la conscience morale, dont il faut bien tenir compte après tout, il a recours à un argument qui précisément détruit par la racine même toute liberté. Pourquoi ne serions-nous pas libres, bien que nos volitions fussent les conséquences invariables d'états antécédents de notre esprit ? est-ce que la cause entraîne son effet après elle par un lien mystique? est-ce qu'elle exerce sur son effet une contrainte mystérieuse? Si la causation n'est rien autre qu'une succession invariable, certaine et inconditionnelle, en quoi l'application de la loi de causalité à l'esprit peutelle révolter nos sentiments et alarmer la conscience? Rien n'est plus inoffensif. 11 n'y aurait de danger que si l'effet tenait à la cause par un lien plus intime que la simple constance de la succession*. Étrange manière, en vérité, de rassurer les intérêts de la morale. Le sentiment pratique de la liberté n'est point démenti , nous dit-on , puisque la nécessité dont il s'agit n'est qu'une simple uniformité de succession qui permet de prévoir nos actions , et nous pouvons bien être libres malgré cette nécessité, puisqu'il n'y a point de cause au sens que les métaphysiciens donnent à ce mot. La vitalité persistante des vérités morales force le penseur à prouver que sa théorie n'est point dégradante pour la conscience, mais il s'y prend d'une façon qui rend tout simplement impossible toute morale en rendant impossible toute liberté : aucune
1. Système de logique, liv. VI, ch. ii. De la liberté et de la nécessité (t. II, p. 418-421.)
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action ne nous appartient, aucune action ne vient de tinus, nos volitions n'ont pas leur principe dans une cause agissante ; il y a des « antécédents » et des « conséquents, » des états de conscience qui précèdent et des états de conscience qui suivent, des séries de phénomènes comme dans l'ordre physique, des successions constantes et réglées : voilà tout, cela seul est réel, cela seul est matière de science, cela seul est instructif : le reste n'est que rêve.
Assimilation complète de l'ordre moral à l'ordre physique , c'est là le fond du système. Il y a des causes de nos actions, ce sont les motifs, les mobiles : la cause même, la personne, la personne morale disparaît. « Quand nous disons que toutes les actions humaines ont lieu par nécessité, nous voulons simplement dire qu'elles arriveront certainement si rien ne l'empêche ' . » Soit, mais ne croyez pas que dans ce qui peut empêcher telle ou telle action qui semble presque inévitable, on compte jamais la cause par excellence; la personne. Y faire appel, ce serait évoquer une puissance mystérieuse, un mystique agent. Tout ce qui n'est pas phénomène " est fiction mystique ; toute réalité subsistante et agissante est pure création de l'imagination'. On nous dit bien que l'homme a jusqu'à un certain point le pouvoir de modifier son caractère, que « son caractère est en par-