‹ De la certitude moraleChapitre 64 sur 98 · Essais sur la religion, p · texte numérisé non relu

Essais sur la religion, p

plus vif de la beauté d'un nuage illuminé par le soleil couchant, ne m'empêche pas, dit-il, de savoir que le nuage est de la vapeur d'eau et soumis à toutes les lois de la vapeur à l'état de suspension. Je puis compter tout autant sur les lois de la physique, et m'en servir tout aussi bien, quand l'occasion s'en présente, que si j'étais incapable de percevoir la distinction qui sépare la beauté de la laideur*. » Si l'imagination et la raison reçoivent chacune la culture qui lui convient,. Tune ne saurait empiéter sur les prérogatives de l'autre*. Par exemple, «la disposition à la joie, qui est un des éléments du bonheur, serait une des formes de la folie, s'il fallait que tout ce qu'il y a d'agréable ou de bon dans chaque chose occupât exactement dans notre imagination la même place que dans la réalité ou dans la raison réfléchie ; car cette disposition à la joie est un penchant à considérer surtout le côté séduisant du présent et de l'avenir. » Mais voit-on « qu'en pratique, les gens qui prennent la vie gaiement soient moins vifs que d'autres à saisir les points de vue rationnels du mal ou du danger, ou plus négligents à recourir à de sages précautions*?» Ils ont plus de ressort, plus de flamme : leur vue n'est pas moins nette. « Dans le règlement de l'imagination, la vérité littérale n'est pas la seule chose à considérer. La vérité est le domaine de la raison, et c'est par la culture de la faculté rationnelle que l'on se dispose à la connaître toujours, et à y

Page 1