C. Mes Mémoires, p
de la nature dont le sentiment est si pénible quand on voit un esprit sage et noble, formé au prix de longs efforts et de grands sacrifices, disparaître au moment même où il semblait prêt à répandre sur le monde le fruit de ses labeurs *. w On se console en espérant que le bien fait des progrès dans le monde et que finalement il triomphera. On travaille soi-même à ce grand ouvrage, et, tâchant de promouvoir le bonheur du genre humain, on est heureux.
C'est qu'en effet, selon la remarque de Stuart Mill, si le bonheur est pour chacun le but de la vie, le meilleur moyen d'atteindre ce but est néanmoins de ne le point poursuivre directement. « Il faut avoir l'esprit tendu vers quelque autre objet et s'en faire non un moyen, mais une fin idéale. Aspirant ainsi à autre chose, on trouve le bonheur chemin faisant. Pour être heureux, il n'est qu'un moyen, c'est de prendre pour but de la vie, non pas le bonheur, mais une fin étrangère au bonheur ' . »
Quelle peut être cette fin? La plus noble, c'est « le bonheur d'autrui, » c'est a l'amélioration de la condition de l'humanité * . « Quand « on entretient en soi un dévouement rehgieux pour le bien de ses semblables, afin d'en faire une barrière sacrée que nulle aspiration égoïste ne devra franchir, et une fin pour l'avancement de laquelle nul sacrifice ne saurait être trop grand*, »