‹ De la certitude moraleChapitre 70 sur 98 · Essais sur la religion, p · texte numérisé non relu

Essais sur la religion, p

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iiio?is), quelque répandues qu'elles soient, qui les contredisent, et que les canons de la preuve scientifique, fixés par deux mille ans de succès et de revers, sont applicables à tous les sujets dont il est possible d'atteindre la connaissance. » Son dessein, c'est donc de « voir quelle place il convient de faire aux croyances religieuses dans le cadre de la science [what place is for religions beliefs on the platform of science), quelles preuves on peut invoquer en leur faveur que la science puisse avouer, et quel fondement il est possible de donner aux doctrines de la religion considérées comme théorèmes scientifiques'. » Mais si la science garde le premier rang, il y a pourtant quelque chose à côté d'elle : il y a la pratique, le sentiment, l'imagination; il y a l'espérance avec son effet moral, et l'idée religieuse demeure. Il se peut que la vie ait un sens, que le travail de l'homme de bien ne soit pas vain, que le monde soit gouverné par un Etre moral, parfaitement bon ; cela se peut, et il est bon d'espérer que cela est : on a plus de cœur pour bien faire. Stuart Mi II reproduit, à sa manière, la distinction de Kant entre la spéculation et la pratique; à sa manière, il admet, comme Kant, une conception idéale du souverain bien, et le devoir de travailler, chacun pour sa faible part, à s'en approcher. Ici comme dans Kant, des besoins moraux, des raisons morales conduisent le penseur à la religion, et c'est une foi morale que cette espé-

i. Essais sur la religion, p. 120, texte anglais, p. 129.

rance dont on nous parle. Le sévère écrivain trouve un instant de la chaleur et quelque éclat pour célébrer la tâche de l'homme vertueux, il se rencontre presque avec Fichte, et semble écrire, lui aussi, des chapitres d'un livre sur la Destination de l'homme. Bien plus, il emprunte au christianisme même de grandes paroles, et il rend hommage au Christ. Il va presque jusqu'à dire que l'homme de bien accomplit la volonté de Dieu en se dévouant au service de l'humanité ; et c'est un mot de saint Paul qu'il répète à son insu*, quand limitant, il est vrai, la toute-puissance divine, ce que certes ne faisait point saint Paul, il nous exhorte à devenir dans le monde les coopérateurs et comme les aides de Dieu.

Voilà les hauteurs où s'élèvent ses conceptions. Pourtant l'humilité de l'origine qu'il assigne à l'idée du bien, se trahit toujours. En vain il distingue entre les jouissances basses ou mesquines et les jouissances nobles; il a beau déclarer dans des pages qui rappellent Aristote, que la qualité du plaisir est ce qui importe le plus, que les plaisirs vraiment humains ce sont les plus élevés, et que la préférence des juges compétents a une incontestable autorité^ : on peut toujours se demander sur quelle base reposent dans son système de telles déclarations, et au nom de quoi il les fait. Et puis, cette distinction même entre diverses sortes de jouissances, si excellente qu'elle soit, ne peut suffire seule. Jouir est toujours, si l'on s'en tient là, l'unique terme de tout.

1. Saint Paul, !« Épifre aux Corinthiens, m, 9. « 9eoû yip sju.ev ïuvjpyof. »

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