‹ De la certitude moraleChapitre 72 sur 98 · Essais sur la reli^-icn,p · texte numérisé non relu

Essais sur la reli^-icn,p

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rationnel, ne refuse pas d'avouer, elles peuvent contribuer à donner à la religion l'ascendant légitime qu'elle doit posséder sur l'esprit humain '. » C'est dire qu'elles sont des auxiliaires dont il est permis d'user, dont il est désirable de se pouvoir passer. Et on finira par s'en passer. Servir l'humanité, avoir pour elle un dévouement religieux : belles et grandes paroles. Mais c'est faire une pure métaphore que de parler de religion dans une doctrine où le mieux est de ne reconnaître aucune réalité supérieure à l'humanité même ; et, en dépit des plus nobles efforts, la morale utilitaire ne vaudra jamais, pour refréner l'égoïsme, la morale de la charité. C'est avec une tout autre force et avec un accent inimitable que le christianisme nous parle de nous dévouer pour nos frères. « Le commandement que je vous ai donné, est que vous vous aimiez les uns les autres. » « En cela nous connaissons l'amour de Dieu parce qu'il a donné sa vie pour nous; et nous devons aussi donner notre vie pour nos frères. » « Ne nous regardons pas nous-mêmes, mais ce qui est de l'intérêt des autres. » « Celui qui aime son frère, accomplit la loi. » « Celui qui ne se sacriOe pas pour son frère, s'il dit qu'il aime son frère, c'est un menteur. Il ferme ses entrailles sur son frère, et l'amour de Dieu n'est point en lui*. » Là où l'amour de l'homme pour l'homme a pour modèle l'amour de Dieu pour

1. Essais sur la religion, p. 241. C'est la dernière phrase da livrt

2. Sainl Jean, Évang., xv, 13. — l" Èpilre, m, 16. — Sainl Paul, Éi'itrt à Pkilémon, ii, 4; Épitre aux Romains, xm, 3. — Saint Jean, I" £pj(re, rv, 20, et m, n. Pour traduire ces admirables passage?, je me suis servi lie Bussuet, qui les elle dans ses ilcdilations sur l'Evangile, passim.

niVHUSKS MANltltKS DK DÉPRÉCIEU LA FOI MORALE. 305

l'honime, pour principe l'amour de l'homme pour Dieu, pour fin les souveraines perfections et amabilités de Dieu, Bien absolu, c'est là que le dévouement est vraiment religieux et c'est là qu'il a une incomparable pureté et qu'il inspire un incomparable héroïsme. Répétons ici ce que nous disions tout à l'heure. Stuart Rlill, parlant en termes presque mystiques du devoir et du bonheur de faire du bien aux hommes, semble piès des plus hautes doctrines ; mais entre elles et sa théorie il y a un abîme.

Cette théorie, en définitive, pourrait se résumer dans les deux ou trois propositions que voici :

C'est toujours de l'imagination que naît l'idée religieuse ; mais tantôt eUe demeure dans une région tout idéale, tantôt on se dit qu'elle peut être réalisée dune certaine manière . Or, c'est dans l'état tout idéal qu'elle a le plus de pureté, et qu'elle est le plus digne du penseur et de l'homme civilisé. En sa forme inférieure, elle est tolérée, ou même recommandée provisoirement; en sa forme supérieure, elle est vraiment bonne, n'ayant plus rien de surnaturel, rien de transcendant, et ne demandant point d'autre réalité que le progrès constant de la civilisation obtenu par le travail même de l'homme. C'est alors qu'elle s'accorde le mieux avec la science, souveraine maîtresse des esprits.

Ainsi ont été écartés d'abord, comme illusions entretenues par des sophismes, tous les dogmes religieux ; restaient alors quelques points essentiels, et, toutes les sûretés étant prises contre les faux jugements, permission

était donnée au sceptique de s'enchanter d'une belle espérance : libre à lui de se dire qu'après tout Dieu pouvait bien exister ; mais enfin disparaissent à leur tour ces derniers débris : pourquoi se dire que Dieu peut bien exister? On est religieux sans cela. Si la religion consiste dans certaines qualités, et non dans certains dogmes, pourquoi ne pas appeler religieux ceux dont les croyan-, ces ne vont même pas jusqu'au déisme * ? Mais, reprendrons-nous, une conception idéale et une espérance idéale sans réalité aucune, c'est une religion sans Dieu, c'est l'homme réduit à l'homme seul et enfermé dans le monde présent sans rien qui porte jamais au delà ni audessus son regard ni son amour.

N'avions-nous pas raison de dire que, dans le positivisme, même professé par un Stuart Mill, les vérités morales et religieuses, dépourvues de toute certitude, expliquées par la seule imagination et le sentiment seul, n'étaient en définitive que des sophismes bien souvent, et toujours des illusions?

Nous trouvons la même chose dans M. Alexandre Bain. Ouvrons son livre sur « les Émotions et la Volonté*. » Parlant de la foi, Faithj qui est une des espèces de la croyance, Belief, il déclare que «la foi, au sens religieux du mot, a pour source principale le sentiment, et qu'on l'entretient elle-même comme un mode d'émotion

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