‹ De la certitude moraleChapitre 73 sur 98 · Iles Mémoires, p · texte numérisé non relu

Iles Mémoires, p

2. Bain, TIte Emotions and Ihe Will, Londres, 3^'éà'il. 1875^. La trafluclioa

française de cet ouvrage est annoncée, mais n'i- point encore paru. (Celle Ira'luclion a paru en 1SS4. i\'v?ç de la deuxième édition.)

propre à consoler, à réconforter, à élever l'âme. » Est-ce là mal parler de la foi? dira-t-on peut-être. Non, pas précisément ; mais c'est la faire dépendre de ce qui est essentiellement subjectif. M. Bain n'ajoute-t-il pas que « Texpérience directe n'ayant pas grand'chose à faire avec des essences spirituelles, et le témoignage et l'accord de nos semblables pouvant augmenter, mais non faire naître la confiance en la présence d'une puissante et bienfaisante divinité et en un état de félicité future, c'est la culture des sentiments et des affections énergiques qui est le principal moyen d'appuyer de telles assurances ? » N'ajoute-t-il pas encore : « Jérémie Taylor a dit : Croyez, et vous aimerez, il vaudrait mieux dire : Aimez et vous croirez » ? Les vérités religieuses, répète-t-il enfin, sont « affaire de sentiment. )> La méthode qui convient ici, c'est celle qui est propre à augmenter l'intensité des sentiments eux-mêmes. Un homme accoutumé aux raisonnements métaphysiques ou autres, pense que ses conclusions reposent sur des fondements intellectuels : il faut avoir de l'indulgence pour sa méprise. Mais ce qui fait la force de la conviction, c'est la force même de l'émotion. Voulez-vous considérer l'aspect sombre de la religion, au lieu d'en considérer l'aspect consolant? Vous avez un exemple inverse mais non moins frappant de cette vérité : la foi consistera ici à réaUser les menaces de malheur futur, et plus l'épou- •vante sera grande et la désolation profonde, plus la conviction elle-même sera puissante ^ .

1. Voir dans l'ouvrage précité, The Emolionsandthe WUl, la 2^ part., (/i«

308 CIIAPITRE V.

Voilà l'influence du sentiment reconnue. Là certes n'est point le mal. Le mal, c'est de ne voir que cela. Cherchez dans la Logique de M. Bain une place pour la foi ' : vous ne trouverez rien. En revanche on vous apprendra que ces mots « âme, libre arbitre, choses en elles-mêmes, » n'ont aucun sens, car nous ne pouvons aller au delà des « liaisons générales des phénomènes; » on excluera toutes les notions métaphysiques sous le titre « d'explications trompeuses et illusoires ' » ; on exposera la logique de la psychologie, la logique des sciences prati-

\ViU, ch. XI, Bdief, § 28 (p. 532). «faiïft, in Ibe religions sciise, is raainly snpplied from the founlains of liiiman feeling, and, in point of fact, is cbcrished as itself a mode of consoling, charing and elating emolion. Direct expérience can hâve but lillle to do with the subject-malter of spiritual essences. Teslimony, and Ihe accordance of fellow beings, may go far to stir iip Ibe slale of confidence in a présent, presiding, and benignant Deity, and in astate of future blesaedness. Nevertheless, the culture of strong feelings and affections must ever be the main instrumentality in gaining Ibe comforl of such assurances. H was said by Jeremy Tailor, Beiieve and you shall love; be should hâve said rallier, « Love and you shall beiieve.» Religions Iruth cannot, therefore, be iinparted, as bas sonielimes been supposed, by an intellectual médium of verbal exposition and iheological démonstration. Being an affair of the feelings, a method must be sought adapted to leigliîen the intensity of thèse. Stili, we must make some allowance for a man lliorougbly practised in metapliysical and otber reasoniugs, and fully convinced of bis conclusions tbeir inlellectual grounds. Doubtless Aquinas, Calvin, and Butler bas a considérable amount of comfort from their inlellectual convictions, apart altogelher from their emotional culture, in wicb probably Vhey were much below many Cliris'ians Ihat could give no reason at ail for <;ie faith that is in Ihem. As in otber things, the belicf liere also may refer to the side of evil, and consist iu realiziug slrougly the threatenings of future misery. The Icrms « faiih » and «believer», are commonly used to express the comforling aspect of religion, but the fact of belief is as much exemplified in the opposite side. The strongest conviction there is whal casts on the mind the deepest gloom. »

1. Bain, Logique déduclive et inductivt, 2 vol., 1871 (Irad. franc, par W. Gabriel Compayré, 1875.)

2. logique, liv. UI, ch. xii, surtout §11 (t. 11, p. 185-187, trad.fr.)

ques S c'est-à-dire qu'on montrera que ces sciences, dans la partie seule digne d'être conservée, se peuvent traiter par les mêmes procédés que les sciences physiques. Et puis enfin, on écrira un chapitre intitulé : « Des tendances trompeuses de l'esprit ^)) Là on étudiera l'influence de la sensibilité sur la croyance. « Ce qui nous procure du plaisir, dira-t-on, détermine la volonté à le poursuivre, et l'activité de quelque façon qu'elle soit mise en mouvement, entraîne notre croyance avec elle Le résultat de l'amour, c'est d'entraîner l'activité dans un sens donné, et par suite de donner à la croyance une force capable de surmonter un certain nombre de preuves contraires *. «Plus loin, on remarquera que « la force de l'habitude est un des principes essentiels des croyances humaines, » et l'on terminera le chapitre par ces mots : « La force des opinions préconçues est due en grande partie à ce qu'elles ont été longtemps acceptées *. » Bonnes et utiles remarques sans doute; mais si nos convictions, sans base rationnelle, ne s'expliquent que par la sensibilité et l'habitude, que sont-elles sinon des illusions , produits « des tendances trompeuses de l'esprit? » Ailleurs M. Bain, parlant de l'art et des constructions de l'imagination, dit : « Nous ne devons pas demander à un artiste de nous conduire à la vérité, il suffit qu'il ne nous en

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