Platon, P/iC(/re, 276 C
fragiles quand on les regarde sans attention. On est frappé d'une preuve « pendant l'instant qu'on voit la démonstration; une heure après, on craint de^ s'être trompé ' . » Le discours propre à produire une persuasion durable, c'est celui qui est vivant et animé; celui qui, attaqué, peut se défendre; celui qui, souple et alerte, est capable de pourvoir aux divers besoins de l'âme, de faire face aux périls, de déjouer les surprises, de revenir sur ses pas, de recommencer son œuvre, et d'assurer ainsi, par une action continue et variée, le triomphe de la vérité.
Qu'est-ce que ce discours? c'est un colloque entre deux âmes loyales et droites ; c'est aussi le colloque d'un homme sincère avec lui-même. La vérité morale, ignorée, ou bien oubliée, négligée, méconnue, n'est pas mise dans l'esprit par la vertu toute-puissante d'un syllogisme. Ni Texcellence de la vérité ni la dignité de l'âme ne permettent cela. Non,
l'amitié demande un peu plus de mystère.
Et n'est-ce pas un sublime et intime commerce que celui qui rapproche une âme humaine et la vérité, quand celle-ci sollicite et obtient l'assentiment de celle-là? C'est un commerce, c'est une amitié : car enfin, dans l'ordre moral, les abstractions n'ont qu'une valeur provisoire : derrière les notions, il y a Icsèties; et les êtres ici sont des personnes. Ce