Kaiit, Critique du Jugement, §§ 8 et
rite morale est évidente, et il est obligatoire de se mettre à même de reconnaître cette évidence. Il n'est pas commandé de voir, cela ne signifierait rien : il est commandé d'ôter l'obstacle qui empêche de voir, il est commandé de prendie les moyens de voir, les moyens de "voir plus quand on voit peu, de voir mieux quand on voit mal. Et dès lors, pourquoi ne pourrait-on pas imposer aux autres comme vrai ce qu'on reconnaît soi-même comme tel? Le tout est de les amener à voir. Est-ce donc leur faire violence ? Est-ce empiéter sur leur droit ? Mais alors j'attente à votre liberté quand je vous démontre un théorème de géométrie, car je ne vous laisse pas découvrir tout seul le vrai. Ou bien, s'il est permis de faire voir aux autres ce qu'on voit soi-même, en mathématiques et ailleurs, pourquoi serait-il interdit de les préparer et de les amener à voir, là où une semblable préparation est nécessaire ? Leur signaler les obstacles qui gênent leur vue, leur indiquer les moyens de la guérir, si elle est malade, de la fortifier si elle est faible, ce n'est point leur faire tort, à ce qu'il me semble, c'est leur rendre service.
C'est la même faculté, la raison, qui discerne la vérité dans l'ordre moral et dans l'ordre spéculatif pur; mais certaines conditions doivent être réunies pour que cette faculté s'exerce régulièrement et efficacement : or, dans l'ordre moral et pratique, ces conditions sont morales et pratiques elles-mêmes, ce qui est tout naturel. Remarquer cela, c'est, non pas ouvrir, mais fermer la porte au scepticisme.
Si l'on vient nous dire que cette raison, chargée de discerner le vrai du faux, n'est pas un juge infaillible, nous en conviendrons sans peine. Nous demanderons seulement à bien nous entendre sur le sens des mots. La raison n'est point infaillible d'une manière absolue , parce qu'elle est finie ; mais elle est infaillible en une certaine sphère, parce qu'elle est raison. « Elle ne peut se tromper à l'égard des propositions qui sont connues par elles-mêmes ; et de là vient l'infaillibilité de ce qui est déduit avec certitude des premiers principes '. » Elle a donc en elle un principe de certitude, une règle de certitude. Dans le travail souvent compliqué et difficile sans lequel elle ne saurait étendre ses connaissances, elle peut errer, et elle erre souvent. La sûreté de ces conclusions dépend, en bien des cas, de conditions qui se trouvent en dehors de la raison elle-même ; elle dépend particulièrement des dispositions morales de celui. qui pense. Mais ni ces erreurs possibles et même fréquentes, ni ces nécessités ou ces convenances n'autorisent le scepticisme : comme elles n'empêchent point la raison d'être infaillible en une certaine sphère, elles ne lui ôtent point le droit de juger et d'affirmer.
Le double caractère de la raison se reflète dans le langage commun. On distingue bien des sortes de raisons,
1. Saint Thomas, Summa theologica, 1», q. 85, a. 6. — Voir aussi le remarquable Examen de la doctrine, de Lamennais, par le P. Rozaven, et, daus la Philosophie scolastique exposée et défendue, parle P. Kleiitgen, les chap. m et IV de la 3<! Dissertation (trad. franc., 1. 1, p. SOI et siiiv.';
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et en même temps on parle de la raison comme si elle était une règle miiverselle et infaillible. Ces variations du langage sont très remarquables. De la raison corrompue on en appelle à la saine raison, celle-ci revise et casse les arrêts de celle-là. Il y a aussi comme des degrés différents de raison. Une raison plus haute comprend ce qu'une raison inférieure ne soupçonne pas ou refuse d'admettre. Elle monte plus haut, elle voit plus. A tout ce que l'autre connaît, elle ajoute ses propres visées. Elle ne détruit pas la première, elle s'appuie sur elle et la dépasse. Trop souvent la raison inférieure prenant sa mesure pour la mesure des choses, supprime en quelque sorte, par une téméraire et insolente négation, tout ce qu'elle ne voit pas. La raison supérieure ne nie rien de ce qui lui échappe ; elle nie que son horizon, si vaste qu'il soit, égale l'étendue des choses, et, par cette sage et féconde négation, elle efface pour ainsi dire les inévitables limites de tout esprit créé. Plus l'esprit monte, moins il est tenté de croire que les hauteurs où il parvient soient les dernières de toutes. Une viUgaire prudence fait regarder comme une folie de très belles et de très nobles choses. Elle ne comprend pas le cœur, elle ne comprend pas le dévouement, la générosité, Théroïsme : au nom de la raison, elle condamne tout cela. Raison étroite et mesquine, désespérante sagesse, qui a peur de tout excès, même de cette sorte d'excès qui, selon Descartes, rend les choses, de bonnes qu'elles étaient, meilleures encore et plus excellentes. Il y a là de quoi faire prendre en horreur la raison et la sagesse à qui-
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conque se sent dans l'âme un peu de flamme et un peu d'élan. Mais précisément une raison plus haute découvre, en ces choses que condamnent les faux sages, une beauté, une grandeur, aine vérité, une sagesse d'un ordre supérieur; elle connaît ces raisons du cœur que la raison mesquine et commune ne connaît pas ; elle approuve les divines folies de la charité. Il est clair qu'en parlant ainsi, on considère la raison dans le sujet qui pense et qui juge. D'autres fois, au contraire, ce qu'on appelle raison, c'est la lumière même et la règle des jugements. On dit alors qu'il faut obéir à la raison et qu'il faut la suivre. « La raison commande bien plus impérieusement qu'un maître : en désobéissant à l'un, on est malheureux, en désobéissant à l'autre, on est un sot. » Mais ici les difficultés recommencent : car tout le monde invoque la raison, tout le monde veut avoir la raison pour soi. On entend par là l'universelle raison, la pure raison, la vérité, qui doit être la môme pour tous ; et cependant, ici encore, U y a raison et raison. Qui décidera entre ces juges rivaux qui se disent tons compétents? Un homme peut avoir raison contre tout un peuple ; mais une autre fois c'est le bon sens de tous qui condamne les erreurs du sage le plus autorisé. Platon proteste, au nom de la conscience, contre des erreurs presque universelles; il a raison contre les préjugés des Athéniens ignorants et contre les subtilités des sophistes enivrés d'une fausse science : serait-il tout seul de son avis, tout seul il maintiendait que mieux vaut souffrir l'injustice que la commettre, et il ferait bien. Mais il
y a une conscience publique qui maintient les droits de la famille contre les utopies du sage Platon. Toujours on fait appel à la raison et à la conscience : mais tantôt c'est dans l'individu, tantôt c'est dans le public qu'on en cherche l'écho. Oîi est donc le vrai juge? Celui qui est sain d'esprit et de cœur. Sans doute. Mais celui-là mdme, qui est-il? Aujourd'hui c'est moi, demain ce sera vous ; ou plutôt, le même jour, en deux cas différents, ce sera moi ici, et vous là. Qu'est-ce que ce tribunal qui se déplace toujours? On trouve autant déjuges qu'il y a d'hommes, et chacun donne pour règle sa propre raison et sa propre conscience.
Ainsi revient sans cesse la môme objection : la vérité est ce qui paraît à chacun, ce que chacun pense, ce que chacun croit. Mais je trouve une réponse à l'objection dans ce fait même que pour juger nous nous fions tantôt à nous seuls, tantôt aux autres, et parmi eux tantôt à celui-ci, tantôt à celui-là. Si Platon peut avoir raison sur un point contre tous ses concitoyens, et si le plus humble écolier à son tour peut redresser Platon sur un autre point, n'est-ce pas que la mesure des choses n'est ni Platon ni le peuple d'Athènes ni cet enfant? Tous ont un maître commun qu'ils consultent avec plus ou moins d'attention, qu'ils écoutent avec plus ou moins de fidélité. Et voilà cette universelle raison, qui n'est plus la raison de l'homme, et à laquelle tout le monde fait appel. Chacun juge, chacun ne peut juger qu'avec son propre esprit, mais bien juger, qu'est-ce enfin sinon reconnaître à certaines marques où est la vérité? C'est
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VOUS, c'est moi, qui, avec notre esprit, avec notre raison, discernons le vrai ; mais ce que nous savons reconnaître comme tel, en des organes si différents, dans les discours des doctes ou sur les lèvres des simples, en nous ou dans nos amis, et dans nos ennemis mêmes, c'est quelque chose qui est distinct de l'homme, indépendant de l'homme, supérieur à Thommc. Il n'y a point d'interprète unique et permanent de cette universelle raison. Seul, l'homme sain d'esprit, sage, droit, bon, serait toujours compétent pour prononcer sur le vrai et le faux, sur le juste et l'injuste : avec sa science et sa vertu, il serait la mesure des choses, la règle de la spéculation et de la pratique. Pourquoi? Parce que, toujours conforme dans ses pensées et dans ses actes à l'éternelle vérité, il la laisserait en quelque sorte parler et agir en lui. Un tel homme est un idéal, il n'est nulle ; part, en ce monde où il n'y a rien d'achevé, et où l'effort et la lutte sont les conditions de la pensée et de la vie ; mais les traits de cette complète et idéale perfection sont épars çà et là, et chaque homme est capable de les reconnaître ou en réalise quelque chose en soi, à mesure que lui-même est sage et bon. La compétence de chacun, croît avec la sagesse et la bonté morale de chacun. Et puis il y a des vérités qui sont tellement essentielles à l'humanité qu'elles ne peuvent jamais disparaître entièrement : celles-là se retrouvent plus ou moins fonfusément dans ce bon sens public qui croît aussi ou décroît avec la civilisation et les mœurs, mais qui ne périt jamais complètement. Si donc il y a tant de juges
des choses morales, et si tantôt c'est l'avis d'un seul qui prévaut, et tantôt la voix de tous, c'est, répétons-le une dernière fois, c'est que personne n'est juge pour son propre compte, en son propre nom, c'est que la vérité, en soi, n'appartient à personne : elle règne sur tous. Ce n'est ni l'individu ni le nombre qui décide : c'est la vérité.
Maintenant, j'en conviens, les hommes aspirent à trouver quelque part, établie d'une manière sensible, cette royauté de la raison et de la vérité. Chose singulière ! Ils revendiquent sans cesse la liberté du jugement individuel, et sans cesse ils sentent le besoin d'une règle extérieure. Ils entendent juger par eux-mêmes et des personnes et des choses, et pourtant ils voudraient que la raison eût un sanctuaire fixe où elle rendît d'infaillibles oracles, fournissant à toutes les questions des réponses nettes et décisives. Tantôt ils semblent croire qu'il n'y ait qu'à rentrer en soi-même pour y trouver la solution de toutes les difficultés spéculatives et pratiques, et, avec une doctrine religieuse complète, le code parfait de la morale naturelle. Tantôt ils consultent ce qu'ils appellent la sagesse des nations, et ils cherchent, contre les erreurs des particuliers, un abri dans le bon sens public. Ce double besoin et ce double mouvement méritent toute l'attention du philosophe. Ni la raison particulière ne peut être supprimée, ni elle ne suffit : on ne peut se passer d'elle pour juger, et en un sens c'est elle qui décide en dernier ressort; on ne
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peut se contenter d'elle, et il n'y a personne qui ne cherche des appuis étrangers. L'antiquité grecque avec ses citoyens si fiers, si indépendants, si jaloux de leur liberté, a toujours souhaité que l'État fût la règle sensible et commune des intelligences, et la loi, expression de la raison publique, a été appelée la reine du monde. La loi, vo^oç, cet ensemble de coutumes et d'usages, d'institutions et de prescriptions, vénérables par leur origine ancienne, appropriées plus ou moins à l'esprit de chaque peuple, en accord plus ou moins complet avec la raison et la conscience, voilà ce qu'ils ont toujours élevé au-dessus des sentiments et des volontés de l'homme individuel, et ils ont admis que la loi s'étendît à toutes choses, embrassât toutes choses. Platon, après avoir tant de fois opposé aux préjugés communs la raison ferme etdroite du seul Socrate, rêve une cité idéale o{i la loi, souveraine maîtresse, règle ce qu'ilfaut croire et ce qu^ilfaut faire, et assujettisse par les plus minutieuses prescriptions toute âme d'homme à la raison et à la sagesse, à la vertu et à la justice. Aristote ne forme point de ces rêves ; mais lui qui répète si souvent que chaque homme de bien est comme la règle vivante et la mesure de la vertu, ne dit-il pas que la loi, la loi civile, commande tout ce que prescrit la droite raison, et que c'est elle enfin qui fait un devoir positif, une obligation proprement dite, des inspirations de la sagesse et de cette beauté morale dont la raison déclare le prix et l'immortel agrément? Ainsi l'antiquité grecque, cherchant en dehors de l'individu une règle fixe du vrai et
du bien, une loi devenue sensible, n'a- trouvé que l'État et la loi civile. L'opinion publique n'est-elle pas chez nous quelque chose d'analogue à ce qu'était la loi chez les anciens Grecs, si l'on donne au mot w6}i.o(; toute son extension? C'est chose aussi complexe, aussi variée, beaucoup plus souple, beaucoup plus mobile, avec des exigences non moins impérieuses. L'opinion publique iuge, décide, commande: c'est la reine du monde. On se révolte contre elle, comme Socrate et tant d'autres se révoltèrent contre le vo'jxoç; mais on l'invoque, on en appelle à elle, on veut l'avoir pour soi : on aspire souvent à la diriger, pour diriger par elle tout le reste ; mais on la suit plus qu'on ne la guide. Si elle était tout ce qu'elle doit être, constante au lieu d'être capricieuse, éclairée au lieu d'être aveugle, on trouverait en elle, comme Aristote dans la loi civile parfaite, l'expression de la droite raison. Telle qu'elle est, avec ses brusques saillies et ses retours soudains, elle exerce sur tous son empire : les plus grands et les plus forts sentent sa puissance. Mais ni la loi des anciens Grecs ni l'opinion publique des modernes ne satisfait à ce besoin d'une règle extérieure, qui s'unit dans l'homme au besoin de la liberté. Cette règle, le Christianisme seul, et dans le Christianisme, l'Église catholique seule, l'a donnée au monde. Ce n'est pas le lieu d'insister sur ce fait frappant ; mais ce n'est pas sortir de notre sujet que de le constater. Seule, l'Église catholique, réclamant de chacun une adhésion au vrai, propre, personnelle, place au-dessus de tous une règle constante, invariable, qui triomphe des dis-
sentiments, et maintient la plus merveilleuse unité qui se puisse concevoir. Cournot dit quelque part : « La langue que nous pnrlons n'est après tout (nous le reconnaissons sans peine) qu'une langue comme une autre; le gouvernement qui nous régit est un gouvernement comme un atitre; mais, de bonne foi, la religion que nos pères nous ont transmise, n'est pas une religion comme une autre [una e multls). Ellle remplit dans l'histoire du monde civilisé un rôle unique, sans équivalent, sans analogue ^ » Une des singularités les plus remarquables de ce rôle, ajouterai-je, c'est précisément d'avoir fourni aux hommes ce que les hommes souhaitent, une règle fixe du vrai et du bien, dans l'ordre surnaturel et proprement chrétien sans doute, mais aussi dans l'ordre naturel, et cela sans méconnaître les droits de la raison individuelle. Nulle part ailleurs, quoi qu'en puissent dire des esprits ignorants ou prévenus, nulle part ailleurs, le double besoin de l'homme ne reçoit une telle satisfaction, nulle part ailleurs la liberté du jugement individuel et l'autorité d'une règle extérieure ne sont ainsi conciliées ; et c'est une des marques de la vérité du Christianisme que cette conformité aux plus profondes aspirations de la nature humaine.
Deux choses néanmoins doivent être rappelées et maintenues : la première, c'est que la vérité, sans avoir nulle part dans le domaine de <( l'homme purement homme » un siège fixe, un tribunal permanent, un
1. Cournot, TraUi de l'enchaînement des idées fondamentales, 1. V, chap. iv, n« S93.
organe infaillible, est cependant la maîtresse des esprits et des volontés, puisque c'est elle qui éclaire la raison et qui parle dans la conscience. La seconde, c'est que l'existence d'une règle infaillible et extérieure de la foi et des nnœurs dans l'Église catholique, n'empêche pas la certitude que nous avons par l'évidence personnelle de précéder toute autre certitude, mais suppose, comme tout le reste, que l'homme possède une règle de la certitude dans sa nature raisonnable même : sans quoi, l'autorité de l'Église ne pourrait être reconnue par lui. Encore donc qu'il y ait pour l'homme des auxiliaires puissants et même indispensables, et que les rejeter et les mépriser soit une folie ou une faute, c'est une nécessité (à moins de tomber dans le scepticisme ou dans une sorte de fanatisme) d'admettre et de soutenir que dans la raison individuelle se trouve la règle par laquelle nous discernons le vrai djLi faux en tout ce que d'autres nous apprennent sur les choses qui dépassent les sens ; une règle externe étant nécessairement précédée de quelque connaissance certaine, il faut qu'il y ait en nousmêmes une règle de la certitude indépendante de toute règle extérieure, et les premiers principes de la pensée sont en définitive cette première règle de la certitude. Mais, si les principes apparaissent à chacun, ce n'est pas que chacun en ait comme la propriété exclusive : la raison, en tant que faculté de connaître, est propre à chacun, ce que la raison connaît est universel. Nous retrouvons donc, aux racines mêmes de l'intelligence humaine, si je puis parler ainsi, cette universalité que nous cherchons. Il n'y
a point de jugement digne de ce nom, sans « ce consentement de soi-même à soi-même, non à autrui*, » dont parle Pascal; mais prenons garde, ce consentement de soi-même à soi-même, c'est le consentement à la vérité, qui n'est pas nous, qui est la même pour tous, et qui nous domine : « elle nous commande plus impérieusement qu'un maître ; » si nous voulons lui désobéir, que sommes-nous, sinon « des sots, » des fous, ou des coupables?
Nous voilà ramenés à la proposition principale où se résume en quelque sorte toute cette étude : c'est pour tout homme un devoir de ne pas faire obstacle à la vérité. Que l'on parle d'une règle extérieure du vrai ou que l'on n'en parle pas, cette proposition garde toujours toute son importance. Il faut persuader aux hommes qu'ils ont quelque cliose à faire pour connaître et pour juger, et que si « le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est, selon la belle parole de Bos-suet, de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient % » c'est un devoir essentiel de se mettre en état de voir les choses telles qu'elles sont en effet. Bien juger ne regarde donc pas Tentendement tout seul, c'est aussi affaire de volonté: la volonté ôte l'obstacle qui empêche la vue. Les hommes ont donc des devoirs intellectuels, des devoirs ouvers la vérité, et leur rappeler ces devoirs, c'est le meilleur moyen de diminuer la division des esprits. Les