PARTIE II.— SECTION I
Lenham , dans le comté de Kent, on a entendu dire à des jeunes gens que l’on envoyait dans la maison de travail: « Vous nous envoyez là pour nous punir; nous nous marierons plus tôt ».
Quelquefois des individus, que leur paroisse n'assiste pas au gré de leurs désirs, se vengent d'elle en épousant des étrangères qu'elle est forcée d’entretenir*. Dans le canton de; Berne, . le même sentiment de vengeance porte des filles à mettre au monde une quantité de bâtards. Il y en a qui en ont sept, huit ou neuf*, au rebours de cé qui arrivait en France sous la Convention; les filles dont on ne récompensait pas assez le zèle à peupler le pays, déclaraient avec menaces aux autorités qu’elles ne feraient plus d’enfans. À
La dissipation est , chez les indigens, la compagne naturelle de l’imprévoyance, et résulte aussi de l’action des principes de la charité légale. Ils dépensent souvent en vins et en liqueurs l'assistance qu'ils reçoivent. Ils se nourrissent
‘His Maj. Comm., 1835; Extr., etc, p. 3. — * Zdem, p- 188.
* Armenwesen Briefe, 2: br.
‘ Duns, Admin. des Sec. publ.,.p. 307.
* Angleterre. Cnaimsas, Christian Economy, ch. xiv. —
mieux et vivent plus à l'aise que les contribuables qu'ils rançonnént :. Parés de beaux habits le dimanche , le lundi ils viennent réclamer des secours’. Ce sont quelquefois des filles élégamment vêtues et escortées des enfans qui doivent la vie à leur libertinage*. Ce qu'ils gagnent en été, ils le consomment à mesure; et, chaque hiver, ils retombent à la charge du publicé. C’est ainsi qu'en Angleterre les paroisses sont réduites à entretenir, une partie de l’année, des laboureurs qui auraient pu faire dés économies au temps de la moisson; des charpentiers, des maçons qui, pendant toute la belle saison, ont gagné une guinée (fr. 25, 98 c.) par semaine‘ ; des mariniers qui, dans le même espace de temps, gagnaient jusqu'a 40 et 50 shil. (fr. 49, 5o c. et 61, 87).
Les mesures mêmes que l'on prend pour em-
Quart. Rev., avril 1818, p.111. — His Maj. Comm., 1833; Extr., etc., passbn. — Suisse. Der Gem. Schw., B. 4, 8. 16. — Jena, KR. in. — Massachussetts, KR. in.
1 Der Gem. Schw., 1 Iahrg., s. 129.
* His Maj. Comm., 1833 ; Extr., etc., p. 85.
3 Der Gem. Schw., 1 lahrg., s. #29.
4 His Maj. Comm, 1853; Eatr., etc., p. 83. — ‘ Idem, p.8. — * Idem, p. 29.
PARTIE Il. — SECTION 1. 77 pêcher la profusion dans les secours, ont des conséquences désastreuses. On veut éviter de douner à des personnes qui, à la rigueur, peuvent se suflire ; on refuse toute assistance à celles qui ont, outre l'absoka nécessaire, un avoir quelque petit qu'il soit’. Qu'arrive-t-il de là? qæ des ouvriers n’osent pas se livrer à un travail lucratif, de peur de perdre leur droit aux scours; que d’autres, qui ne possèdent que de faibles ressources , délaissent ou dissipent volontairement le peu qu'ils ont pour compléter leurs ütres aux fonds paroïssiaux."
Les États-Unis offrent des exemples semblables. Quoique les gages soient très élevés dans le Mhssachussetts, le défaut d'économie et le goût des liqueurs fortes font qu'une foule d'ouvriers y tombent chaque hiver à la charge du public. Les pauvres s’y livrent à la paresse et à la dissipation : ils descendent ainsi rapidement d'une gêne temporaire à une misère permasente, et finissent dans [a bassesse et le vice par
une mort prématurée.
* His Maj. Comm., 1833; Extr., p. 181 et passèm. —" Idem, p. 80, 142, 188, 270.
Ce système devient encore plus funeste par l'eflet des mesures particulières qui en sont la suite. Îci on préfère , dans le choix des ouvriers , l'homme marié au célibataire ; l’indigent à l’homme laborieux qui a quelques ressources , afin de diminuer les charges que la taxe impose à la paroisse’; et l'individu qui a fait quelques économies est souvent dans l'impossibilité de trouver de l'ouvrage *. Là on se voit réduit à renvoyer des serviteurs honnêtes et actifs, pour les remplacer par ceux que la paroisse vous impose *. Ailleurs , on ne donne point de travail à la tâche, parce que l’on craint que l'ouvrier n’en fasse trop, et que des indigens qu'il faut également nourrir ne restent sans ouvrage . Combien de telles mesures ne sont-elles pas propres à décourager l'activité et l'économie !
. Cette tendance de la charité légale à produire l'oisiveté, l’insouciance et la dissipation, fut formulée, dans une chanson, par les pauvres eux-mêmes, lors de la publication de la loi de la quarante-troisième année du règne d’Elisa-
‘ His Maj, Comm., 1835; Extr., etc., p. 6, 46. — * dem, p. 379, 381, etc. — : Zdem, p. 56, 379. — ‘ Idem, p. 85.
PARTIE II. — SECTION I. 79 betb. Ils s’y félicitaient de ce que l’État garantissant leur subsistance , ils n'auraient plus désormais ni chagrins ni soucis.
Ces tristes résultats du système se perpétuent indéfiniment dans les familles assistées ; sous l'influence de l'exemple et de la manière de penser des auteurs de leurs jours, les enfans croissent dans l’oisiveté, dansdes habitudes dissolues, dans l'art d’extorquer des secours de toute manière ‘. En accompaguant leurs parens , au moment où œux-ci vont percevoir l'assistance légale, ils acquiérent uaturellement l’idée qu'ils feront de méme à leur tour *; ce qui étoufle en eux tout germe d'honneur et d'activité. Il arrive ainsi que les mêmes familles restent pendant des siècles à la charge des communes dont elles ressortent. *
Cet état de dégradation est accompagné ou suivi de l’affaiblissement des liens et des aflections domestiques. Les personnes unies par le sang ou par lés nœuds sacrés du mariage se reposent sur les ofliciers municipaux ou parois-
* His Maj. Comm ., 1853; Extr., etc.,p. 536.
* Londra. Di varie Soc. di benef., parte Ile, sez. v, art. r.
3 Angleterre. His Maj. Comm., 1833; Extr., etc., p. 204. — Suisse. Fonu, Soc. .vaud. d’util. pabl. ; déc. 1832.
siaux du soin de remplir leurs obligations mutuelles : ; nouvelle source d’actionset de procédés qui non seulement enfreignent les lois de 11 morale, mais qui révoltent les sentimens de la nature. En Angleterre on ne peut convaincre les indigens que le soin de leurs enfans les concerne; à tout ce qu'on leur dit a ce sujet, ils répondent : « Nos enfans ne sont pas à nous , ils appartien— à la paroisse » *. Les journaux de province de ce pays sont remplis de noms, de parens en fuite , qui laissent leur famille à la charge du public *; quelquefois ce coupable abandon n’a lieu que temporairement , et se répète en conséquence d'un calcul que paraissent faire de concert les deux époux ‘. Les paroisses de l'Écosse où la taxe est établie présentént des faits du mémé genre, selon ce que M. Chalmers a déclaré devant la commission: d'enquête du parlement ; et il a en même temps attesté qu'il ne connaissait
* Bibl. brit., janv. 1802, p. 31, 32. — Davison, Poor Laws (Quart. Rev., 1818. On the Poor Laws).
* Buzwæs, l'Angleterre et les Anglais, t. I, p. 257.
* Mac Fancaxp, Recherches sar les pauvres. — Cnaruuas, Christ. Econ., ch. x, xiv. — Nassau. À Lett. to lord Howick,
4 His Maj. Comm., 1833 ; Extr., etc., p. 175, etc.