PARTIE 11. — SECTION
soient en ordre, on n’a rien de plus à demander! »
Mais, lors même que la charité légale userait de plus de discernement dans l'application ‘des secours, il n'en résulterait qu'un bien faible avantage; car elle est condamnée par sa nature méme à rouler sous ce rapport dans un cercle éternel d’inconvéniens. Les modes d'assistance les mieux entendus dans le système de la charité privée , deviennent pernicieux lorsque c’est elle qui les applique. Les secours à domicile donnent lieu à des abus si nombreux et si graves dans les pays qui sont sous ce régime ; que ce mode y est généralement décrié et que l’on y renonce le plus possible '. Ce sont ces abus, joints au désir d'obtenir un degré de plus d’économie à l'aide de la vie de communauté, qui ont fait imaginer les maisons de pauvres. Mais cs maisons ; que sont-eHes lorsque c’est la charité légale qui les fonde et les dirige ? Des repaires d'oisiveté, de- disputes, de vices, de désordres de tonte espèce. Souvent elles saccombent sous
* His Maj. Comm. , 1833; Eitr., etc., passim. — Philadel-
Phie, 1823. Report of the committee, etc. (Rev. encycl., oct. 1828, p. 179.)
l'action. délétère de l'immoralité qui les mine. C’est le résultat naturel de la sordide ‘économie qui entasse sous le même toit toutes les corruptions’ , et qui, pour épargner les frais d'administration, y abandonne quelquefois les indigens à eux-mêmes”. Veut-on donner du travail dans ces établissemens, on ne fait, comme nous le verrons’, qu'augmenter les embarras et les frais de l'administration des pauvres sans trouver dans cette mesure une véritable garantie pour les intérêts de la morale.
Le placement chez des: particuliers peut être . un secours très bien entendn quand on l'emploie pour des pauvres isolés et avec les sollicitudes d'une véritable bieufaisance; mais, dans le système de la taxe, il devient pour les -mdigens une source féconide de chances funestes; c'est surtout lorsqu'il se fait-au moyen de la ronde, du tirage au sort et de l'enchère au rabais, qu'il présente les résultats les plus tristes.
‘ His Maj. Comm. ; Extr., etc., passim. — Schw. Gem. Ges., passim. — Massachussetts, Report of the comm. etc., pas- Sim, > Schw. Gem. Ges., 1826, 5 228, 254.
3 Partie IV.
PARTIE 11.— SECTION II. 95 Arrétons-nous quelques instans à ces divers modes que la charité légale a créés , qu'elle exploite exclusivement, et où se nfanifeste pleinement l'esprit dont-elle ‘est animée.
Quelle vie que celle des indigens qui sont soumis au régime de ‘la ronde ! Mal accueillis, mal vêtus ; mal nourris, impitoyablement: chassés de la maison qu'ils occupent dès qu'est expiré le temps pendant lequel on devait les garder ; tel est leur sort '.- Sous le ‘rapport. moral, Ja ronde offre des résultats qui ne sont pas moins tristes : elle sépare des personnes que Dieu avait destinées à se secourir mutuellement ; pour qui ces secours étaient un devoir sacré; en arrachant l'enfant à ses parens indigens; elle dégage ceuxci des obligations que leur impose la nature ; em le promenant incessamment de maison en maison, elle ne laisse à: personne le temps de le connaître et de s'attacher à lui ; elle le condamne à rester étranger à l’amour du sol natal, aux affections domestiques; elle brise le bâton qui devait appuyer les vieux jours de ses parens”. Quelle pense-t-an que puisse être l'éducation
* Schw. Gem. Ges., 1812, 8. 102.
* Soc. écon. de Fribourg, 1° cah. ( Rap. du&. P. Girard.)
d'un pauvre enfant à qui personne ne s'iñtéresse, que personne ne surveille, qui. ne reste sous le même toit que quelqués mois, . quelques semaines , souvent même sept à huit jours. Que peuvent devenir, avec ce vagabondage organisé , l'innocence, la pudeur, les‘sentimens honnêtes ? Enfin, il est des pays où Ja roude est devenue, entre les mains des pauvres, une octasion de fourberie et d'iniquité. Quelques uns de ces malheureux y font uy trafic de la charité qu’on exerce envers eux ; ils s’arrangent avec le propriétaire chargé de les nourrir, pour qu'il leur donue un. équivalent pécuniaire, et ils vont, après l'avoir obtenu, rançpnner.quelqu'autre personne’. En Danemarck, où la circulation est très rapide, les indigens profitent, pour commettre des vols, de la facilité queleur donne cé changement coutinuel d'habitation.
En Angleterre * et en. Mnérique ? on cite des lieux où les pauvres sont répartis au sort entre les individus qui ont l'obligation légale de les
* Soc. écon. de Frib. 1° cah. (Rapp. de M. de Maillardoz. )
: Dans le cent incorporé de Blything (comté de Suffolk). — His Maj. Comm, 1855; Estr., etc., p. 193. |
, Massachuesettæ Rep. of the comm., etc. 1835, p. 88.
PARTIE If. — SECTION Ii, 97 entretenir : ce mode peut présenter du moins quelques chances favorables à l'indigent'; mais il n'en est pas ainsi du mode de l'enchère au rabais | qui est beaucoup plus commun. |
Cette enchère se fait de diverses manières; on crie les indigens un à un ou en masse.
La première de ces formes est usitée à Donueschingen, dans le grand-duché de Bade ; à Hartland, dans le Devonshire * ; en Suisse, dans les cantons de Berne et de Vaud * ; en Amérique, dans quelques communes du Massachussetts 4.
À Donaueschingen, on remét ainsi les enfans illégitimes aux personnes qui se chargent au. plus bas prix de les garder jusqu'a l’âge de quatorze aus ; à Hartland, les vingt-quatre anciens, après un diner qu'ils font chaque mois avec leurs amis aux dépens de la paroisse, président à l'enchère des assistés qu'on leur amène successvement. Dans les parties des cantons de Berne et de Vaud où ce mode est eu usage, il donpe
: Schw. Gem. Ges:, 1820, 5. 51.
* His Maj. Comm., 1833; Extr., etc., p. 166.
* Schw. Gem. Ges., 1812-1895. |
4 Massachussetts, Rep. of the comm., etc., 1833. — Brim- 6eld , p. 86, etc.
lieu à des scènes déplorables qui doivent , à quelques nuances près, se représenter partout où il existe. Chaque année, à un jour fixé, tous les assistés se rassemblent dans la salle du conseil municipal, et on les crie; c’est d'ordinaire aux personnes les plus misérables, à celles qui habitent dans les endroits les plus reculés et les plus dénués de ressources, qu'ils tombent en partage , parce que ce sont elles qui peuvent les nourrir à moindres frais. Des vieillards, des infirmes, vont ainsi ensevelir leur misère et leurs souffrances dans des lieux ignorés ,.où il ne .se trouve rien dece qui pourrait les soulager , chez des gens qui souvent n'ont pas de pain pour eux-mêmes. Le sort des enfans surtout fait éprouver, aux témoins de cette adjudication, uue pitié profonde ; ces pauvres enfans, .parés comme pour une fête, sont placés sur des siéges au milieu de la salle ; il en est qu’on sépare d’un patron auquel ils étaient attachés , des bras duquel il faut les arracher, baignés de larmes, pour les remettre à un maître inconnu qui a pu les miser à un plus bas prix ‘. Quelquefois ce : Schw. Gem. Ges., 1825, s. 112. — Soc. suisse d'util. publ., 1830, p. 128.
PARTIE 11. — SECTION 11. 99 maitre nouveau s'en charge par spéculation, afin de les faire mendier pour son projire compte '} d'aatres fois il les laisse volontairement croupir dans l’ignorance et daus un état d'ahjettion, afin de les tenir dans ça dépendante. * L'adjudication en mhssé est en usage au nord | et à l'est de Carlisle , dans le comté de Cumberland ; on y annonce publiquement le criage ds tous les indigens de chaque juridictiôn en un seul bloc *. Elle se pratique dans quelques partties du canton d’Appensek; tous les indigens da la cammuane y sont remis à-un entrepreneur qui les fait travatijer pour son propre compte #; ce mode est celui qui- est le plus usité dans le Massachussetts. L'entrepreneur à qüi.les pauvres échéent , y prend souvent l'engagement d’entretenir aussi les nouveaux indigens qui viendraient. a réclamer l'assistance pendant la durée de son bail , soit à un taux fixé par têté ,-soit sans aug-
‘Vos Warrawrz, Legitime Unfügsamkeit, etc:, 2. 41. mes Sacyssza, Verarmen der Schweitz, a 36. — Schw. Gem. Ges., ter 101.
w. Gem. Ges., 1812, 8. 98.
à Bis M Com,, 1835; Eatr., etc., p. 45.
4 Schw. Gem. Ges., 1896, 5. 216, 224. (Frey.)
mentation du prix total tel qu’il est convenu ’. Il tire parti de cette troupe en la faisant travailler pour son compte, ou en la louant *; 4 la nourrit chez lui ou dans ane maison spéciale *. Le prix que paie la ville pour chaque individæ varie de 62 cents (fr.-3, 5oc.) à un dollar (fr. 5,33 c. )‘ ; le bail est stipulé pour un, deux ou trois ans ‘. D'ordinaire , les mêmes indigens passent fréquemment de main en main; eest ainsi que ceux de Framingham ont, en peu d'années , été exploités par trois miseurs, qui s’en sont chargés successivement pour les prix de 1000, 750 et 325 dollars Re 5330; 5 5997 et 1732).
Ce sont là les crocédés ordinaires de li churité légale; et, lors même qu'ellé ne revét pas exactement ces formes , elle n’en est pas moins toujours animée da mêrhe esprit ; elle ne respecte pas davantage les sentimens de la nature et Ix dignité de l'homme. Jamais elle ne tient compte des liens de famille, des ménagemens que ré-
clame le maïheur , des intérêts moraux de l’es-
* Massachussetts, Rep. ofthe comm., ete., 1833, p. 25, 24, 85.—* Idem, p. 25, 26.—* dem, p:28, 29.—* Idem, ue 86. —* Idem, p.86. —* Mem, p. 65. ”
PARTIE II. — SECTION NI. 101 pèce humaine; elle ne voit jamais dans l’indigent que des nécessités physiques auxquelles il faut subvenir ; un être incommode, envers qui elle remplit à regret des devoirs que les exigences smpérieuses de l'humanité nelui permettent pas de négliger totalement.
Les résultats de cet ordre de choses se font partout sentir. Dans tous les pays qui sont sous le régime de la taxe, on entend se répéter la remarque faite en Angleterre par le docteur Doyle, que les enfans élevés aux frais de la charité publique ne deviennent presque jamais que des hommes vicieux, des filles corrompues'. Dans le canton de Saint-Gall , on s'occupe maintenant, pour mettre des bornes à tant de dépravation, des moyens de fonder, en faveur des enfans indigens , des maisons spéciales.
Pour obvier à tous les vices qui sont inhérens à la distribution des aumônes dans le système de la charité légale , vices que nous avons indiqués dans cet article et dans les précédens, les lois bavaroises sont entrées dans les détails les plus minutieux sur la conduite que doivent tenir les
* Nassau. A’Letter to lord Howick, p. 17.
administrateurs dans chacun des cas qui peuvent se présenter ‘, Mais c’est bien en vain qu'a été entrepris cetravail, qui hanorela bienfaisance et la patience infatigable de ses auteurs. Plus fort que la volonté humaive , l’esprit de la chanté légale se jouera de toute la prudence de la législation, et le peu de succès des ordonnances, déja si détaillées , de 18:16, n’annonce que trop que les développemens qui leur ont été donriés en 1833 n'auront pas un meilleur résultat.
Enfin, ce qui doit achever de flétrir une telle administration des secours, c'est qu’elle ne parvient pas même à diminuer l'excès de la misère et lessouffrances qui en résultent ; dans les temps fâcheux, la détresse des indigens est aussi grande dans les lieux où la taxe est établie, que là .où elle n'existe pas. On en a fait l'observation en Angleterre *. En 1817, urie foule demalheureux périrent de faim, dans ceuy des cantons de la Suisse qui sont sous le régime de la charité légale . La famine et l’éxcessive misère. diminuërent sensiblement la population de celui de Saint-
: Instr. du 24 déc. 1833, etc.
* Edinb. Rev., feb. 1818, p. 295, 296.
* Schw. Gem. Ges., 1817, passèm.
PARTIE Li. — SECTION II. 103 Gall'; et sur 2795 morts qu'il y eut à Hundweil, canton d’Appenzell, 198 furent l'effet de cet épouvantable fléau. Cette commune, qui était de 1,400 âmes, cornptait 900 assistés *. Même, dans les temps ordinaires, en Angleterre *, en Allemagne ‘et en divers cantons de la Suisse *, l'état des pauvres est désolant. À Jena, ceux à qui l’on. accorde le plus ont 12 gros (fr. #,90 c.) par mois; c'est de quoi suflire à peine au paiement de leur loyer ; lorsqu'ils ne sont en état de rien gagner, ils achèvent de se procurer le nécessaire en mendiant. À Londres, les pauvres tombent quelquefois d’inanition dans les rues; la cinq millième partie des morts qui ont lieu dans cette capitale est, à ce que d'on assure, causée par la faim ‘ ; aussi les secours de la charité légale ne diminuent point la tâche imposée à la bienfai-
* Schw. Gem. Ges., 1818, s. 66. — * Idem, 1826, s. 214.
* Marraus, de la Population, L. II, ch. 6. — Edinb. Rev., $eb. 1818. Causes and cure of Pauperism, et alibi.
“kR. in.
* Lucerne, Schw. Gem. Ges., 1825, s. 133, 139. Saint- Gal, etc., À. in.
< Quart. Rev., april 1818, p. 111, 112.-— Cnarmms, Christ. Econ., ch. x. — Comte px Lrusaicx, Ch. des Lords du 15 fév. 3826. — Schw. Gem. Ges., 1823, s. 174.
sance particulière. C’est ce qu'atteste le nombre prodigieux de sociétés qui éxistent en Angleterre pour répandre des aumônes. Dans la seule ville de Londres, leur dépense s’éleva, en 1784, à 750,000 L. st. (fr. 18,562,500 ). Elle a beaucoup augmenté dès lors. |
Aux malheurs qui sont pour les indigens la conséquence naturelle des institutions et des procédés que nous venons de passer en revue , s'ajoutent les flétrissures, les humiliations , les vexations que l’on est en quelque sorte forcé de leur faire subir; car il faut mettre ur frein aux prétentions que leur inspire l’idée du droit qu'ils ont à l’aumône, et balancer les funestes effets de cette idée par uné tendance en sens opposé. | |
A Innspruck on exige, sous peine de châtiment, des pauvres qui réclamett des secours, qu'ils déclarent s'ils n'en reçoivent point ou ‘n'ont point à en attendre de quelque autre part*. À Copenhague, on contraint les assistés à envoyer
* Schw. Gem. Ges., 1823, 8. 174. — Londre, Di varie spcietà, etc., passbm.
» Statuten der Armen vorsorgurigs Anstalt zu Innsbruck, $. 54 (Innsbruck Armen pflege , 1831.) :
PARTIE II. — SECTION M. 105 leurs enfans dans des écoles spéciales , nommées écoles de pauvres. À Mannheim, on retranche l'assistance aux parens qui ne sont pas réguliers à envoyer leurs enfans aux écoles d'industrie, et on se réserve même de les punir plus sévèrement”. En Argovie, on punit aussi par le retranchement de l'assistance les pères dont les enfans ne fréquentent pas l'école”. A Donaueschingen, si un indigent est surpris mendiant pendant le cours de la semaine, le samedi on prive sa famille des secours accoutumés. ‘À Appenzell?, à Berne, en Argovie‘, à Unterwald Nidwald5, on épie les circonstances qui pourraient mettre le pauvre en possession de quelque bien, pour reprendre ce qu’on lui avait douné, et même après sa mort on le réclame de ses héritiers’. Dans diverses paroisses de ce. même canton d'Appenzell, on publie à l'église les
* Mannheim, Einrichtung der Armen-Anstalt, (. 60.
* Loi du 17 mai 1804, (. 10.
3 Schw. Gem. Ges., 1826, 5. 207 et alibr.
* Berne, Staats Verwaltang, 1831, . 15.
* Réglement du 24 nov. 1825, (. 8.
* Loi da 14 janv. 1811, . 3.
7 Bern, Verordnungen. Ordonn. 1807, 6. 11. (Sammlung, s. 4.)
noms des assistés ‘. À Fribourg, on les affiche dans les auberges *, et on les lit dans l'as semblée générale de l'arrondissement’. En Argovie, on les lit tous les trois mois au petit conseilé. Dans plusieurs villes du comté de Lancaster, on les imprime et on les publie annuellement‘. A Liverpool, on les affiche dans les rues; a Minchinampton, datis les cabarets. À côté du nom de l’indigent on place, dans quelques paroisses d’Appenzell et dans les villes du comté de Lancaster, le montant de la somme qu'il a reçue. À Trieste? , dans les cantons d'Underwald® et de Turgovie®, .on stigmatise Îles pauyres en leur imposant des vêtemens parti- . culiers, ou des marques distinctives sur leurs
* Der Gem. Schw., 24 Bt, 1# stück. — Schw. Gem. Ges. 1826, 8. 216, 221.
* Arrêté du 15 juin 1812.
* Loi du 17 déc. 1815, tit. V.
4 Loi du 17 mai 1804, (. 24.
5 His Maj. Comm., 1833; Extr., etc., p. 359.
* Caazwæas, Chr. Econ., ch. x1v, p. 281.
7 Regol. per la casa di lav., ch. vi.
* Der Gem. Schw., 2 Bi, re stück. —- Schw. Gem. Ges., 1812, 8. 47. | |
9 Der Gem. Schw., 24 Bi, 2° stück.
PARTIE 11. — SRCTION Il. 107 habits. Dans ces derniers cantons' ainsi que dans ceux de Berne” et de Fribourg”, on leur interdit l’entrée des cabarets. À Underwald on. va jusqu’à leur défendre les jeux et la danse , et à les faire conduire à l’église sous inspection. En diverses parties de l'Allemagne et de la Suisse, on les place sous tutèle, on fait administrer leurs biens par des officiers municipaux; on ne leur permet de se marier que lorsqu'ils y sont autorisés par les magistrats ou les administrateurs des pauvres, et qu’ils ont remboursé l'assistance qu'ils ont reçue. En Bavière on leur défend de séjourner hors du lieu de leur domicile, à moins d'une permission spéciale, permission qui ne doit leur être accordée que pour des raisons ma-
* Der Gem. Schw., 22 Bi, 1e stück.
* Bern, Staats Verwaltung, 1831, $ 13.
3 Arrêté du 15 juin 1812. |
“Der Gem. Schw., 24 Bd, 1 stück, s. 46, 47. Acte du 5 août 1811. |
5 Suisse, Schw. Grem. Ges., 1814, 1825. — Saint - Gall, s. 104, 150, 168. — Der Gem. Schw., 24 Bi, a® stück. — 4ppenzell, Schw. Gem. Ges., 1826, s. 206. — Bern, Verordauogen. Ordonn. du 22 déc. 1807, 6. 12. (Sammlung, p-5.) München, Armenwesen, p. 61, etc. — Duché d’'Ojdenburg, Fédéral du 14 fév. 1854, etc. , etc.
jeures; et on les châtie sévèrement s’ils viennent à enfreindre cette règle de discipline *. À Berne’, dans le duché de Nässau’, on punit, par une prison sévère ou. par un travail forcé et flétrissant, ceux d’entre eux qui se montrent peu respectueux ou peu soumis envers leurs prépo— sés. En Angleterre, on se joue d’eux ‘en les assujettissant à des travaux inutiles ou ridicules. Tantôt on méle des légumes d’espèces diverses, et on leur prescrit la tâche de les séparer; tantôt on leur fait deux fois par jour transporter à trois milles de distance et rapporter au méme endroit des pierres d’une certaine. dimension “. Ici on les emploie à paver, dépaver et repaver sans fin la même cour; là à creuser, combler et recreuser le même fossé‘. À Fribourg, en Suisse, les pauvres qui ne travaillent pas sont emprisonnés et mis au pain et à l’eau pour quarantehuit heures, sans que le préterte de n'avoir pas trouvé d'ouvrage puisse étre jamais recu. S'il y
* Loi du 17 nov. 1816, (. 48, 49.
+ Bern, Verordnungen. Ordon. de 1807, Ÿ.9. — * Nassau, Verordnungen, x1, (. 9.
4 Saruun, Chamb. des Comm. du ‘11 oct. 1851.
+ Quart. Rev., nov. 1829, p. 545. —
PARTIE II. — SECTION 11. 109 a récidive , leur incarcération se prolonge progressivement jusqu'à six mois’. Nous verrons bientôt toutes les mesures barbares adoptées dans les maisons de trayail où ou les jette.
Dans ces traitemens odieux , la eharité légale ne fait aucune distinction de personnes : c’est la pauvreté, ce n'est pas la mauvaise conduite qu'elle frappe et qu'elle. marque d’ignominie. Elle ne s'informe pas des causes de la misère. Celui à qui un accident imprévu rend nécessaire un secours momèntané, est traité comme l'homme nonchalant et sans cœur, qui reste avec insouciance à la charge publique; eelui qu'une pauvreté homorable force à réclamer ‘assistance , n'éprouve pas un meilleur sort que l'ivrogne et le dissipateur. * Telies sont les mesures par lesquelles on cherche à prévenir on à réparer le mal que cause la charité légale. Ces mesures complètent l’œuvre commencée par une sordide économie, et achèvent de dépouiller l’aumône de tous les caractères d’une véritable bienfaisance. En opposition a des principes que l'on ne cesse de proclamer,
* Fribourg , Conseil de l’intérieur, le 4 oct. 1832. * Armenwesen Briefe, passim. .
elles créent une législation exceptionnelle ; elles mettent en quelque sorte au ban de l'humanité des hommes dont quelquefois le seul crime est d’être malbeureux; elles oondamnent à souffrir et amourir dans l'abandon le pauvre honnête et délicat, qui ne veut pas participer à des dons empoisonnés par tant de publicité, d'humiliation et de flétrisure. Nous n'insulterons pas à la charité chrétienne, en la mettant.en regard de cette cruelle bénéficente. Mais enfin , dironsnous, sont-ce là des lois, des mœurs, des actions dignes d’uin siècle de lumières, de philanthropie, de liberté, d'égalité ; et, en disant ces faits, qui se passent de nos jours , au sein de notre Europe civilisée, ne les croirait-on pas exhumés des siècles-les plus enfoncés dans les ténebres et dans la barbarie? Et cependant, nous n'avons encore esquissé que les premiers traits du tableau !