‹ De la charité légaleChapitre 22 sur 106 · PARTIE IIS. —— SECTION IV · texte numérisé non relu

PARTIE IIS. —— SECTION IV

On recourt au mensonge ; les autorités ne se font aucun scrupule de donner d'excellentes recommandations aux plus mauvais sujets, afin qu’ils aillent porter ailleurs leur misère et l’infection de leurs vices."

On emploie des ruses de toutes les sortes, pour faire perdre aux individus ‘dont on veut se délivrer leur domieile de secours dans l’endroit , et pour en charger quelque autre district.

Tantôt-on les occupe au dehoïs. Ainsi, en Angleterre, on place des enfans en apprentissage dans une paroisse autre que celle où ils sont nés, afin qu'ils-y restént le temps nécessaire poar y acquérir. le droit à l'assistance ; circonstance qui est devenue, pour quelques arrondissemens, la câuse d’un surcroît considérable de population ouvrière et de taxe”. Ainsi, dans ce méme pays , rivalisant d'immoralité avec les autorités locales , des propriétaires transportent et occupent au dehors , dans le même but , des ouvriers ‘indigens *. Un particulier qui possède une paroisse presque entière dans le comté de

* Armenwesen, Briefe, Br. 18.

* Lancashire, His Maj. Comn., 1833; Extr., etc, p. 568. 3 His Maj. Comm. , 1835; Extr., etc., p. 422.

Cambridge , a loué une ferme dans un'district voisin , et il y envoie successivement travailler les pauvres qui sont à sa charge, en sorte qu'ils y gagnent le droit à l’assistance légale, et ga il en est délivré.

__ Tantôt c'est par une aumône"clandestine que

l'on parvient à éloigner le pauvre. S'il est étranger, à défaut de moyen légal pour le’chasser de la commune, on lui accorde une assistance à laquelle il n’a aucun droit, à condition qu’il délogera, et qu'il ira porter ailleurs l’effroi qu'il inspire. C'est ainsi que dans le Massachussets , si un pauvre d'état coûte à une ville plus qu’elle ne retire pour son entretien , an l’engage, par un ‘don ajouté à l'assistance .ordinaire,. à aller demeurer autre part, On use, dansles Pays-Bas, de ressources du même genre. Si l'indigent dont pn veut se délivrer, a son domicile de se. cours dans l'endroit, on lui fournit secrètement les moyens de subsister dans quelque autre district,. jusqu'a ce qu'il puisse y réclamer l’assistance. En Danemarck * et en Angleterre, les communes emploient quelquefois le même

‘His Maj. Comm., r833; Extr., etc, p. 387.

» Bnoneassn, Die Armuth, etc., p. 48.

PARTIE III. — SECTION FV. 167 moyen pour se débarrasser des pauvres de leur ressort. C'est principalement sur les villes, où il est plus facile d'échapper aux perquisitions de la police, que l'on cherche à se décharger ainsi du fardeau qu’impose la misère. En Angleterre, on engage les indigens , par de légers cadeaux, a aller mendier dans quelque grande ville , lors même qu'ils pourraient vivre’ à moindres frais dans le lieu de leur domicile'. Berne et ses environs contiennent plusieurs centaines de familles auxquelles leurs communes. respectives fournissent de quoi. acquitter leurs loyers et diverses autres .charges”. Comme. on accorde dans L ville de Lucerne le droit d'habitation à toute personne qui s'engage à pa yer annuellement 4 1. de Syisse (fr. 5, go c.), les communes du canton font quelquefois cadeau de cet argent aux mdividus qui leur sont à charge, pou qu'ils y allent demeurer. Cette eonduite des habitans des campagnes est une des circonstances qui vraisemblablement augmentent: aussi le poids de la taxe dans d’autres villes que nous avons précédemment mentionnées. *

* Besssus, Mendicité à Londres, p 155.

* Armenwesen, Briefe, Br. 9. ° Partie IIF, sect. 1.

Au mensonge et à la ruse, on ajoute, lorsque les circonstances paraissent l'exiger, la fraude et la violenee. En Angleterre, où:joint aux dons les mauvais traitemens. pour forcer le pauvre à déloger '. En Suisse, des magistrats non seulement refusent à des malheureux, sur le domicile -de secours desquels. il ÿ a quelque incertitude, les déclarations qui leur seraient nécessaires pour obtenir quelque ‘soulagement

à leur sort * , mais ils vont quelquefois jusqu'a .

leur enlever les certificats qui serviraient à attester leurs droits *. Dans les cas même où, cédant à la voix de l’humanité, les autbrités consentent à tolérer dans le district de leur ressort un malheureux qu’elles pourraient en chasser,

c'est au prix de sacrifices faits à. d’honorables et.

justes affections qu’elles lui vendent cette hospitalité. Ainsi l’on accordera cette tolérance à une femme, mais sous: cpudition que son mari ou ses enfans ne pourront pas la re joindre. * .

‘ Brxann, Mendicité à Londres , p. 155.

* Schw. Gem. Ges., 1829, 5. 177.

* Session de 1828 de la Soc. helv. d’util. pabl., p. 128. Probst. 4 Vaud. Essai sur les communes; part. T1, ch. xin,S. 25.

Page 1