‹ De la charité légaleChapitre 27 sur 106 · DU TRAVAIL INDUSTRIEL · texte numérisé non relu

DU TRAVAIL INDUSTRIEL

Les produits du travail industriel imposé par la charité légale se multiplient à un degré funeste, n’ont que très peu de valeur et coûtent beaucoup. Le vice et le malheur habitent les maisons de travail. Elles n’ont sous le rapport économique que des avantages apparens ou passagers. Bientôt elles dégénèrent ou périssent.

De la Multiplication des Produits du travail imposé par la ‘charité légale, et de ses effets.

Le travail industriel, lorsqu'il entre comme élément dans le système de la charité légale, crée une concurrence illimitée, injuste, désas-

treuse. Elle est illimitée : l'ouvrage qui se fait ne se proportionne point à la demande des consommateurs, mais au nombre des indigens valides qui réclament des secours , en sorte que les produits peuvent excéder de beaucoup les besoins. Leur masse s’augmente d’ailleurs d'autant plus rapidement, que le nombre des industries auxquelles on peut appliquer les pauvres est très borné, vu qu'ils sont généralement sans talent et sans capacité. Elle .est injuste : non seulement l'ouvrier peut souffrir de la préférence que beaucoup de personnes croient, par esprit de bienfaisance, devoir donner aux ouvrages. qui sortent des ateliers de la charité industrielle; mais il est encore exposé à voir baisser le salaire de son travail au-dessous de cs qui est nécessaire à son entretien. En effet, pour écouler l’excédant des objets fabriqués par les indigens , on se voit forcé d'en diminuer indéfiniment le prix, en, profitant de la facilité que donnent. les secours de la charité légale et ceux de la charité privée, pour suppléer à l'insuffisance du produit de la vente. On en vient ainsi à les débiter à un taux inférieur à celui auquel peut les confectionner l'homme indépendant, qui fait lui-même tous

PARTIE IV. — SECTION fl. 203 les frais que réclame son travail, et court toutes les chances qui peuvent en étre la suite. C’est établir contre lui un privilége, en faveur d’hômmes généralement moins dignes d'intérêt, privilége qui le paralyse dans son industrie , et anéantit ses moyens de subsistance. Enfin elle est désastreuse ; car, en faisant baisser les produits au-dessous des frais indispensables pour les créer, ele réduit à l’indigence tous les ouvriers que les mêmes genres d'industrie faisaient vivre; et ainsi elle propage indéfiniment la misère qu’elle aspire à soulager.

Ces résultats sont depuis long-temps, et en divers pays, attestés par l'expérience. A Lille, d'après ce que rapporte l’auteur d’un ancien traité sur la mendicité, bn était parvenu à se débarrasser de l’importunité des indigens qui demandaient dans les rues , par l'établissement d'une grande maison d'industrie ; mais cette institution fit bientôt baisser le prix de divers produits ; plusieurs manufactures particulières cessérent de travailler; les ouvriers qui y étaient employés se trouvérent sans ressource, et la ville se remplit de nouveau de mendians*. L’au-

* Mac Fansanp, Rech., etc. ; Appendix, p. 50g et 510.

teur de Robinson Crusoé a fait une brochure dans laquelle il prouve, par plusieurs exemples, que les manufactures établies dans l'intérêt des pauvres ruinent les manufactures libres. On n’eu a pas moins continué dès lors à fonder ou à soutenir des institutions de ce genre. Les mêmes causes ont produit les mêmes résultats. Malthus s'afflige de voir en Angleterre tant d'ouvriers honnètes réduits à l’inaction par les maisons de travail ‘ ; et Mac Farland assure que ces maisons y ont beaucoup augmenté le nombre des pauvres et des mendians *. Un établissement de ce geure , fondé à Tolède par l'archevêque, vers la fin du siècle dernier , a complété la ruine de cette ville en y faisant tellement baisser la valeur des marchandises , que des manufacturiers qui occupaient auparavant 40 à 50 ouvriers, ne purent plus en occuper que 2 ou 3°. Les instituts les mieux organisés de la Bavière ont souvent fait une concurrence fâcheuse aux ouvrierslibres. A Iéna, plusieurs femmes âgées qui pourvoyaient a leur subsistance en tricotaut, ont été privées

* Marruus, de la Population, L. III, ch. vi.

* Mac Fancamo, Rech., etc., rech. IE, ch. v, 5. 3. ! Townsann, Voyage en Espagne, t. I, p. 240.

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