‹ De la charité légaleChapitre 32 sur 106 · PARTIE IV. — SECTION If. 220 Ar · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — SECTION If. 220 Ar

Dépense que nécessitent Les maisons de travail.

La difficulté que l’on épronve à trouver, pour les indigens valides, ‘une occupation suffisante et convenable, leur paresse, leur incapacité, leur mauvaise foi, le peu de valeur qu'ont les produits qu’ils confectiondent.: toutes ces circonstances font aisément comprendre combien doivent être cofiteuses les institutions de travail, de quelque genre qu'elles soient, et expliquent assez les tristes résultats que l’expérience présente à cet égard ’. Mais entre ces institutions, ls plus dispendieuses sont les maisons de traval, parce qu'outre les chargés qu’elles subissent en commun avec les autres, elles ont à supporter les frais que réclament la construction ‘et l'entretien des bâtimens, l’achat du mobilier et une administration nécessairement. plus chère. Aussi , d’après les données fournies et les opinions émises par de bonnes autorités, ce système

‘ Voyez le tableau 1 à la fin du volume.

de secours est-il un des plus onéreux. Un homme habile et expérimenté, qui a établi une excellente administration des pauvres dans une des paroisses du comté de Suffolk , assurait naguère aux commissaires du roi que les maisons de travail ne peuvent ni alléger'le poids de'h taxe ni améliorer la condition de l’indigent ‘. Le Quarterly Review pense que non seulement élles n'ont pas diminué Îa taxe , quoique ce soit Ki le but principal dans lequel on! les a instituées, mais que même elles ont été à fin contraire *. Selon Mac Farland, la maison de travail établie x Édimbourg y a fait augmenter la taxe dans une progression rapide, et générälement en ÂAn- #eterre les étäblissemens de ‘ce genre triplent la dépense de l'eritrétien des pauvres *. Selon l'Edimburgh Review, ce système ést beaucoup plus à charge aux paroisses qu’autun système de roundsmen ; èt s’il y'a, ajoute-t-, quelques exemples du coniträire, îls me peuvent être que l'effét du zèle et du talent extraordinaire de : His Maj. Comm., 1853; Extr., etc., p. 147.

» Quart. Rev., jan. 18235. Poor Laws.

3 Mac Fancan, Recherches, étc., rech. IT, ch. v, S. 3.

PARTIE IV. — SECTION I]. 231 quelques administrateurs ’. On remarque aussi en Danemarck que le budget des aumônes s’accroit dans les lieux où il y a des maisons de travail. Celles de ce pays qui sont tenues avec le , plus d'économie et qui rapportent le plus, coûtent encore néanmoins au-delà de 15,000 écus (fr. 42,000) par an. En Suisse, ces établissemens ont eu les mêmes résultats. Quoiqu'ils ne soient pes sans doute la seule cause de l’augmentation progressive de la taxe dans ce pays, ôn a droit de présumer qu'ils y contribuent essentiellement, puisque le canton de Berne; où elle s’est accrue avec le plus de rapidité, est précisément celui où ce système a été pratiqué avec le plus d’ardeur, et où il a acquis le plus grand développement. Néanmoins il n’en est’ pas toujours ainsi. Il est des temps et des lieux où l’établissement de maisons de travail a diminué, au moins momentanément , la dépense faite pour le soulagement des pauvres. C’est ce que l’on a observé à Augsbourg en 1804 et en 1805 * ; dans le Maryland :, dans

* Jan. 1820. Poor Laws.

*R. in.

De Bsaumontr et px Toqueviizs, du Système pénitentiaire, etc., p. 309, 310.

le Massachussetts ‘, et même quelquefois en Suisse * et en Angleterre. *

Pour pouvoir rendre pleinement raison de ce phénomène , et expliquer ce que ces résultats ” divers paraissent offrir de contradictoire, il faut examiner l'état dans lequel se trouvent les habitans des maisons de travail, soit sous le rapport matériel , soit sous le rapport moral.

AnT. 4.

De l'état déplorable des habitans des maisons de travail sous le rapport du bien-être et sous celui de la moralité.

Nous avons vu que les maisons dites de travail, bien indignes -du nom qu’elles portent, sont communément un réceptacle d'oisiveté et de paresse, mais c’est là le trait le moins triste

“A Pittsfield, à Cheffeld. — Massachussetts, Report, 1833, p. 23, 24, 25

‘A Wadenschweil, à Stafa, Schw. Gem. Ges, 1820, s. 253. — Idem, 1825, 8. 94. — À Sumiswald, à Langrau, idem, s. 169.

s Quart. Rev., jan. 1818, p. 295. — À Ongar Hundred, His Maj. Comm., 1853; Extr., p. 59. — A Rugby ( Warwick- ‘shire), idem, p. 159. — À Saint-Werburgh (comté de Derby), idem , p. 190. À Shardlow, dans le même comté; la dépense y a été réduite d’un tiers, idem, p. 195.

PARTIE 1V. = SECTION LU. 233 ot le moins repoussant de leur physionomie morale. Nous ne voulons pas néanmoins parler ici de l’état déplorable auquel quelques unes d’entre elles sont réduites par l’administration extrémement vicieuse et la sordide avarice qui président à leurs destinées. 11 n’est point d’institution, quelque bonne, quelque utile qu'elle soit, sur laquelle on ne pût déverser le blâme et le mépris, si l'on voulait la confondre avec les abus qui peuvent s’y glisser. Nous devons nous borner à signaler les inconvéniens qui sont inhérens à ce genre d’établissemens, auxquels ils ne peuvent échapper qu'a l’aide d'un concours si rare de circonstances, qu’il y aurait de la folie à en faire la base de ses calculs. Même en nous renfermant dans ces limites , qu'il est triste le tableau que nous avons à présenter ! La charité légale achève de briser, dans les maisons de travail, les liens sacrés de la famille. Une fois séquestré dans un établissement de ce genre, le pére devient étranger à son enfant, l'enfant à son père, les personnes en Qui les suggestions de l'intérêt tendent à éteindre les sentimens de l nature, n'aspirent qu'a mettre leur conscience a l’aise, en reléguant, loin de leur vue, dans

l'enceinte de ces édifices, les parens qui leur sont à charge ‘. À Baltimore, les liens qui existent entre un enfant placé au dépôt de mendicité et les auteurs de ses jours, sont légalement dissous *. On pourrait dire que la loi qui prononce cette dissolution, a plutôt reconnu un fait qu’elle n'a imposé une peine. Des plaintes, des querelles toujours renaissantes, entretiennent dans les maisons de travail le mécontentement et la discorde ?. H y règne un esprit d'insubordination , de révolte, de cupidité , qui, au défaut de la force, épuise toutes les ressources du mensonge, de l'intrigue et de la ruse. On feint des maladies pour sg soustraire à l'obligation du travail; on gâte méchamment l'ouvrage, on comspire contre là discipline, on passe ses journées à inventer des tromperies , des moyens de voler impunément 4. L'administration d’une des maisons de Londres s'est vue réduite, pour mettre un frein à tant de

: Buan, Lois sur les pauvres, ch. 11. Towxsenn, Voyage, etc., t. II, p. 340.

* Rev. encycl., oct. 1828, p, 126.

+ Mac Fancam, Rech, IT, chap. v, S. 3.

4 En Angleterre. Mac Fancamp, Rech. II, chap. v, S. 3. —

Quart. Rev., jan. 1818, p. 267, etc. ; Bibl. brit., n° 4, an 8, p. 451.— En Allemagne, en Jialie, en Suisse, R. in.

PARTIE IV. SECTION II. 235 perversité, à n’admettre comme employés qué des constables. ' |

Les maisons de travail sont autant d’écoles de vices *; les erifans qui ont le malheur d'y étre placés , élevés sous l'influence des discours et des exemples de la canaille qui les habite, n’en sortent trop souvent que pour s’adonner au vol ou à la prostitution *. La commission de l'établissement de Strasbourg insista, en 1831, auprès de Fautorité, pour que l’on retirât de la maison tous les enfans , parce qu'ils s’y pervertissaient {. En Allemagne, il suffit qu'un individu ait véeu un certain temps dans une institution dé ce genre, pour qu’il soit stigmatisé d’une empreinte plus ou moins flétrissante, et qu’il ne puisse plus obtenir un salaire égal à celui des autres ouvriers qui exercent le même état. Les femmes qui sortent de l'établissement d'Oxford ne peu-

* A Saint-Mary-le-Bone, Londra, di varie Società, etc, part. I, S. 5, (. r.

* En Angleterre, His Maj. Comm., 1833 ; Ertr., etc., pas-

sim. — Dans les Pays-Bas. Ducrériaux, des Moyens de soula-

ger lPindigence, etc. , p. 40 et 41.— En Suisse, Armenwesen, Briefe, passim. -— R. in.

» His Maj. Comm., 1833; Extr., etc., p. 217, 242, etc.

* Rapp. de 1835, p. 21.

vent trouver à s'occuper dans des maisons respectables :.. Dans un document officiel publié par le gouvernement de la Bavière , il'est parlé des personnes qui sortent des maisons de travail de ce pays, comme étant réduites à voler ou à mourir de faim, parce que personne ne veut les employer *. Enfin, l’histoire intérieure dé ces établissemens présente souvent des faits d'une immoralité si monstrueuse, qu'il suflirait de les esquisser pour épouvanter l'imagination, et pour offenser la pudeur. Il n’y a pas long-temps qu’a notre connaissance il s’en est passé de cette sorte dans un des dépôts de mendicité de France; la plume se refuse à les tracer , et nous devons irniter la réserve dont un rapport fait à Boston nous donne l'exemple dans un cas semblable. ?

Prétendra:t-on que-ce déplorable état de choses est accidentel, et qu'il est possible d'y remédier par une bonne organisation ? Sans doute, toutes les maisons de travail ne sont pasau même degré des réceplacles de vices et de désordres.

Peut-être, car nous n'oserions. pas l’assurer ,

s His Maj. Comm., 1833; Extr., etc., p. 116.

* Instruction du 24 déé. 1833, etc., (. 18, 39. 3 His Maj. Comm ., 1833; Extr., etc., p. 249.

PARTIE IV. — SECTION Ir. 237 peut-être même en est-il que l’on pourrait citer bonorablement sous le rapport des habitudes de moralité ; mais les accusations et les plaintes qui se font entendre partout où il y a des établissemens de ce genre, et qui, à quelques nuances prés, sont les mêmes en Angleterre, dans les Pays-Bas, en Danemarck, en. Allemagne, en Suisse , en Italie , dans les Etats-Unis, prouvent assez que ces cas, s'ils existent, ne sont que de rares exceptions. Et comment, en effet , lorsque lon a tant de peine à faire observer les règles de l discipline et de la morale, même dans des établissemens d'éducation , dans des colléges, où l'on n'a à diriger que des jeunes gens d’un cœur encore sain , et que leur âge doit rendre faciles à conduire, comment se flatterait-on d'y parvenir dans des maisons que l’on commence par peupler d'hommes aussi démoralisés que le sont en général les mendians! Car nous ne voulons pas parler ici de celles où l'on méle avec les paures des repris de justice, et qui remplissent à la fois l'office de refuges pour les indigens et de prisons pour les criminels. '

* Gotha, Gesetzsarmmiung, n° 51, 6. 3. — Pavie, R. in. — Macsachussetts, Rep., 1855, passim, etc., etc.

Il est vrai qu'il y aurait un moyen de diminuer beaucoup le mal : ce serait d'isoler dans des domiciles distincts les diverses classes de personnes que l’on veut occuper, de séparer les femmes des hommes, et les individus déjà pervertis de ceux qu’ils peuvent corrompre. C'est la, depuis long-temps, le but des vœux et des efforts de tous les amis de l'humanité qui se sant occupés de ce sujet ‘. Mais si néanmoins cette réforme ne fait que si peu de progrès; si, dans le Massachussetis, malgré la touchante éloquence et le crédit d’un Tuckerman, il n’est encore qu'un très petit nombre de maisons où on l'ait introduite *; si , dans la Suisse | malgré le zèle et les écrits d’un Fetscherin, on ne forme encore à cet égard que des projets; si, dans d’autres pays aussi, les efforts des gens de bien qui combattent pour la même cause, n'ont pas été couronnés de plus de succès, il faut sans doute que quelqu'obstacle, inhérent à la nature même de l’institution , s'oppose à la suppression du mal. Cet abstacle, c'est ce besoin d'économie, dont l'influence s'exerce dans toutes les ramifications de la cha-

: Tucxzauan, Rep. , etc., Armenwesen, Briefe, etc. * Massachussetts, Rep , etc., 1853, passim.

PARTIE IV. -— SECTION !. 230 nié légale, qui y dontine toutes les autres considérations, y oppose me barrière insurmontable aux eflorts généreux qu'inspire l'amour de l’humanité, et qui se fait sentir toujours plus à mesure que se développent les effets naturels du système. Ici l'économie que l’on trouve à réunir dans un étroit espace un grand nombre de personnes, doit l'emporter sur toutes les sugpestions du sentiment moral indigné. C’est bien vanement que , dans le canton de Berne, on s'épuise en projets pour améliorer l'état des maisons de travail par la séparation des diverses dasses d’indigens, quand on ne pourrait le faire sans augmenter des impôts sous le poids desquels k population gémit déjà, et que la nécessité seule fait conserver. Ajoutons que dans des circonscriptions de peu d'étendue, cette amélioration nécessiterait le régime de l’incorporation. Il Sudrait que plusieurs communes s‘entendissent entre elles pour posséder chacune, dans l'intérêt de toutes, une maison destinée à une seule classe de personnes. Or, on .sait combien des arrangemens de cette nature sont difficiles à faire et à maintenir; à quoi donc recourir dans ce cruel embarras ? Il ne reste qu'une ressource,

non pour remédier au mal, elle ne peut y suffire, mais pour en réprimer l'essor et le scandale ; c'est d’user de vexations qui puissent mettre un frein à tant de désordres , et forcer les pauvres au travail.

On a en effet adopté, dans presque toutes les maisons industrielles de charité, des peines d’ane sévérité excessive, et souvent sans proportion avec les délits; celles dont on use le plus ordinairement sont : la réclusion ‘ , qui quelquefois devient, pour tous les indigens que renferme l'établissement , une mesure générale et permanente *; la maison de correction; la prison; le cachot; Îles travaux forcés *; le retranchement d’une partie de la nourriture #; les châtimens

: Venise, Regolamento, etc., tit. IX. — Trieste, Regolamento , etc. Lyon, Procès-verbal de fév. 1833.

* Trieste, Regolam., etc., ch. 1x.— Lyon, Procès-verbal de fév. 1855. — Bordeaux, Dépôt de mendicité ; Réglement intérieur, 1827.

* Mannheim, Einrichtung der Armen-Anstalt, etc., 6. 38. — Gotha, Gesetzsammlung, n° 3r, 6. 53. — Trieste, Regolamento, etc., ch. 7. — Florence, R. in. — Barrimonx, Revue encycl., 1828, oct., p. 126, etc., etc. |

4 Londra, di varie Soc., etc., part. IT, S. 5, (. 1.— Gotha, Gesetzsammlung , n° 31, $. 33. — Innsbruck, Hausordnung im freiwilligen Arbeitshause , (. 7. — Saint. Gall, Schw. Gem.

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