‹ De la charité légaleChapitre 33 sur 106 · PARTIE IV. — SECTION II. 24x · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — SECTION II. 24x

corporels ‘. Les fondateurs de la maison de Bordeaux ont déclaré, il est vrai, qu'ils ne vouhjent point entrer dans cette carrière de vexations ; ils ont protesté de leurs égards pour les garanties de la liberté individuelle *; mais le réglement intérieur de la maison, en. statuant que l’on n’en sortira qu'avec une permission, permission que l'on ne peut demander qu’à des momens déterminés et seulement deux fois por mois , donne à cette déclaration un démenti formel. ?

Pour appliquer les peines en usage dans les maisons de travail, il a fallu donner aux directeurs un pouvoir discrétionnaire et despotique. On cherche quelquefois même à placer la sévérité sous la garantie de l’intérêt personnel, en confaut ce pouvoir à un entrepreneur qui exploite l'établissement à son profit. En Angleterre, plu-

Ges., 1818, 8. 93. — Fenise, Regolam., etc., tit. IX. — FLorence, R. in.

* Gotha, Gesetzammlung, n° 31,6. 33. — Innsbruck, Hausordneng, etc., . 7. Les fèmmes y sont soumises à ce traitement, $. 9. — Saint-Gall, Schw. Gem. Ges., 1818, s. 93. — Florence, Vaisanin, Voyage en Italie.

* Rapport de 1827, Appendice, n° 1, p. 25. —* Idem, n° 4, p- 41. |

sieurs maisons de travail sont ainsi affermées sr le pied de 3 shil. (fr. 3, 7o c.)ou environ par semaine pour chaque individu '. L’entrepreneur qui s’est chargé de la maison de la juridiction de Hurworth, dans le comté de Durlizm , envoie au tread-mill, comme oisifs et mauvais sujets, les pauvres qui ne font pas tout l'ouvrage qu'il les croit capables de faire *; ce genre de bail est très en usage dans quelques parties des États-Unis , particulièrement dans le Massachussetts *. En Suisse, on y a aussi quelquefois recours. {

Telles sont, en conséquence de là nature même des choses, les maisons de travail. La bienfaisante influence de la civilisation , de l’Évangile , du respect pour les droits de l’homme, n'y pénètre point; elles conservent ou renouvellent des actes et des procédés que les progrès de la raison , de la justice , de la liberté, tendent de plus en plus à proscrire; elles s'attribuent le

+ His Maj. Comm., 1833; Extr., etc., passim.

* His Maj. Comm., 1835; Extr., etc., p. 181.

3 Massachussetts, Rep., etc., 1833, passhn.

4 Hundsweil, dans le canton d’Æppenzell, Schw. Gem. Ges., 1826, s. 216. — Shwellbrün, mème canton.

PARTIE IV. — SECTION II. 243 monopole de l’arbitrairé et de la barbarie ; au dix-neuvième siècle de l’ère chrétienne ,» elles reproduisent le trävail servile que l'émancipaüon du genre humain avait aboli ; elles assimilent des citoyens de pays libres aux serfs de la Russie: ekes forment une contradiction choquante avec les garanties données dans les législations, avec les principes si pompeusement annoncés dans ls harangues et dans les livres; elles insultént à k philanthropie et à la charité en usurpant leurs bannières.

: Toutes les institutions créées pour occuper les pauvres valides, ne sont pas sans doute sou- “aises à un régime si révoltant : il y en avait jadis en Espagne”, il y en a plusieurs encore en Angleterre * ét dans les États-Unis #, où les pauvres vivent dans l’aisance, et où ils se trouvent assez heureux pour désirer y rester ou y revenir

* Coruxazx, de Re rusticä, 1. I.

* Townsem, Voyage, etc., passim.

* Maisons de Saint-André et de Saint-George-le-Martyr, dans le Berckshire, His Maj. Comm., 1833; Extr., etc., p. 244, et 245; de Middlesex, p. 226; de Gosport, P. 227; de Lambeth, p. 228, etc., etc.

* Da Bzauwonr et px Tocquevize, du Système pénitentaire, etc., p. 5r1.

quand ils les ont quittées. Mais, sous le nom trompeur de maisons de travail, ces établissemens ne sont que de simples refuges que, quelquefois, l’indigent quitte quand cela lui plait, et où souvent il y a d'autant plus de paresse et de désordres que l’on y jouit de plus de liberté et de bien-être.

Tant d'immoralité et de souffrance réduisent les indigens qui habitent ces établissemens à un état affreux de dégradation. Ils sont nourris, ils sont vêtus; et, néanmoins, ils offrent, à celui qui les visite, le spectacle d'une misère que l’on ne peut comparer à aucune autre, qui ne se . trouve que là, comme on ne trouve que dans les hôpitaux la fièvre d'hôpital. Les directeurs le savent bien ; aussi font-ils quelquefois des diffcultés pour introduire les. voyageurs dans les établissemens confiés à leurs soins. Nous avons même été dans le cas d'éprouver à ce sujet des refus formels ; mais nous nous garderons de désigner les lieux, parce que nous nous sommes aperçu que ces maisons deviennent, entre districis voisins , des sujets de jalousie et de suscep-

» Massachussetts, Report, etc., 1853, passim.

PARTIE 1V. — SRCTION II. 245 ubibté mutuelles, et que nous ne voulons pas risquer de fournir un aliment à cet esprit de malveillance.

La paresse, la corruption, l'arbitraire, qui existent dans les maisons de travail, en rendent l direction très délicate et très pénible. Il faudrait , pour les conduire , des personnes de beaucoup de douceur, de fermeté, de sagesse et de talent ; mais c'est ce qu'il est presque impossible de trouver. Aucun homme qui a des moyens, des connaissances, une certaine élévation d’âme, ne peut consentir à se charger d’une tâche aussi rebutante , et dans l'accomplissement de laquelle les sentimens nobles et les affections généreuses éprouvent des froissemens si cruels. Il est bien vraisemblable qu'il n'existe pas une seule maison iodustrielle de charité dont l’inspecteur soit véritablement propre à son office ; on est réduit à se contenter de bonnes intentions , d'un certain degré d'intelligence et de moralité. Les imperfections inévitables du chef viennent ainsi s’ajouter à toutes les autres circonstances pour ag- ‘ graver le mal.

Si les institutions qui distribuent de l'ouvrage.

a domicile favorisent , comme nous l'avons dit,

le mensonge et la fraude plus encore que les maisons de travail, du moins les autrestraits du hideux tableau que nous venons de tracer ne peuvent pas leur être appliqués. Ainsi, sans doute , s’il fallait choisir, quels que pussent être d’ailleurs leurs inconvéniens particuliers , il faudrait leur donner la préférence.

Des maisons de travail, comparées, sous le point de vue économique, avec les autres modes d'administration des

pauvres .

La contradiction que nous avons signalée ‘ entre les résultats que présentent les maisons de travail, sous le point de vue économique, est maiutenant facile à expliquer. Un pauvre coûte incontestablement plus à entretenir-dans un établissement de ce genre qu'à domicile ou en pension. Mais si l’on tient strictement à la règle de n'assister que ceux qui consentent à vénir habiter la maison, on à généralement moins d’indigens à soutenir , ce qui fait plus que compenser l'excès de la dépense pour chacun d’eux.

: Partie IV, sect. n1, ch. 1, art. 3.

PARTIE IV. —— SECTION II. 247 En effet, pourvu que l’on ait soin d'y assujettir les pauvres à un ouvrage pénible, on écarte les paresseux. Quelques faits pourront faire juger de l’imfluence que les maisons de travail peuvent exercer sous ce rapport. En 5792 ; la taxe s’accrut en Angleterre en conséquence de la permission qui fut donnée d'accorder aux indigens des secours à domicile. La fondation de la maison de travail de Saint-Gall, en 1817, a contribué à éloigner les mendians et à diminuer les demandes d'assistance ‘. Il en a été de méme à Regensberg dans lé canton de Zurich *. À Sheffield, dans le Massachussetts, l'entrepreneur qui s'était chargé de l'entretien des pauvres ayant déclaré qu’il ne les assisterait que dans unie maison de travail , le nombre des personnes qui réclamaient des secours fut aussitôt rédait de 49 à 17°. Dans la paroisse de St.-Mary Lambeth à Londres, on a voulu dernièrement employer lés assistés à rompre un bloc de granit. Les quatre cinquièmes se sont retirés immédiatement , et d’autres ensuite, de telle sorte qu'il n’en est resté finalement qu'un sur cinquante $. Dans celle de St.-James West-

: Schw. Gem. Ges., 1818, 8. 91. — * Zdem, 1819, 5. 55. + Massachussetts, Report, ctc., 1833, p. gr.

+ His Maj. Comm., 1835; Extr., etc., p. 209.

minster, de 50 paüvres à qui l’on offrit un refuge dans la maison de travail en novembre 1832, 4 seulement acceptèrent'. Les demandes de se- ‘cours diminuent dès que l’on sait que la paroisse a de l'ouvrage; et augmentent aussitôt qu'il n’y a plus rien à faire. À Mary le Bone , sur 900 personnes ui réclamaient l'assistance , 85 seulement persistérent à la demauder, lorsqu'on voulut les assujettir à faire des pavés’. À Islington, une mésure du même genre a eu le même résultat. À Liverpool, le gauverneur de la maison de travail a beaucoup diminué le nombre des assistés, en introduisant dans l'établissement l'épluchage des étoupes, ouvrage désagréable et ennuyeux. Dès que les bouts de câble qui servent à les faire viennent à manquer , les demandes de secours se multiplient. Quand on en voit arriver un chargement devant la porte ces demandes cessent aussitôt”. L'aversion augmente si le régime de la maison est sévère. La rigueur des punitions. doit naturellement épouvanter un grand nombre d'indigens.

Quelquefois à ces vexations on en ajoute d'au-

* His Maj. Comm. , 1835; Extr., p. 214. —* Jdem, p. a10. = Idem, p. 350.

PARTIE IV. =, SECTION BI. 249 tres, daus l’intention expresse d'augmenter le sentiment de crainte qui peut empêcher de recourir à l'assistance. Dans le Maryland, l’indigent qui entre dans l'établissement est contraint

y rester jusqu’à ce que, par son travail, il l'ait indemnisé des frais qui ont été faits pour lui. Quoique les motifs mêmes d'écongmie qui ont dicté cette loi s'opposent à ce qu’elle soit habituellement exécutée, ce qu’elle a de menaçant empêche beaucoup de.personnes de demander des secours. Dans la paroisse de Rugby, comté de Warwick, et à St.- Werburgh, dans le Derby, lorsqu ou accorde à un pauvre l'assistance légale, on-enferme avec lui dans la maison de travail toute sa famille. Quel que soit le surcroît de dépense qui en résulte, dans le cas spécial auquel on pourvoit, il est plus que balancé par la terreur qu'inspire cette mesure”. À Bingham, daus le comté de Nottingham , la déclaration formelle que fit M. Lowe, en 1819, qu'il n'assisterait les pauvres valides que dans la maison de travail , unie au soin qu'il prit de les y assujettir

‘* Dx Braumonr et px Tocquevizz, du Svstème pénitentaire, etc., p. 309.

* His Maj. Comw., 1833; Extr., etc., p. 158 et 190.

continuellement à des ouvrages pénibles, d'y maintenir une discipline sévère ; d'y séparer de mari de la femme, les pareus des enfans, réduisit le nombre des assistés de 78 à 27". Ce système, adopté à Southwell par le capitaine Nicholls, y a eu le même succès. *

A la crainte de ces traitemens barbares s'ajoute l'aversion qu'inspire l’immoralité ordinaire des maisons de travail. Il suffit que les pauvres aient quelque sentiment d'honneur et de vertu, pour qu’ils éprouvent une répugnance invincible à venir y habiter. En Angleterre et dans lé Massachussetts, lesindigens honnétes préfèrent souvent les dernières extrémités de la misère, et la mort même, aux secours qu'ils pourraient y trouver”. Ils prient Dieu de leur retirer leurs enfans, pour ne pas être réduits à Les y envoyer. #

1 Caazmens, Christian Economy, ch. xiv. — His Ma). Comm., 1835; Eatr., etc., p. 390. |

* Guazmers, Christian Economy, ch. x1v,— His Mai. Corum., 1833; Extr., etc., p. 591.

; Angleterre Marruus, de la Population, 1. II, ch. AT — Quart. Rev., jan. 1818, P- 296. — Fvidence of M. Vrvtax, Chambre des Comnunes, séance du 17 décembre 1850. — Massachusselts. Tucxgamax, Report, 1828.

4 Bibl. brit., n° 4, an 8, p. 450.

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