À Y APPORTER
EL est à désirer que les administrateurs des pauvres puissent fournir des lumières sur un sujet aussi difficale à traiter que celui de la pauvreté, de ses causes, des caractères auxquels on la reconnait, et des moyens de la réprimer. On a beaucoup écrit sur ces questions depuis trenté ans. Les hommes les plus distingués s'en sont occupés ; ils ont traité du paupérisme , des lois qui s’y rapportent, et des remèdes qu'il fallait y apporter. Mais ils se sont généralement bornés à envisager ce sujet sous le rapport de l'économie poli-
tique: trop souvent ils ont considéré les pauvres comme une classe à part, contre l'ignorance et l'immoralité de laquelle il était nécessaire d’invoquer des lois préventives: ou bien comme une charge pesante qu’il fallait supporter : c’est dans le livret des cours de police , dans ceux des prisons ou des maisons de travail, qu’ils ont puisé presque tous leurs documens. Combien y en at-il qui aient examiné ces questions avec l'étendue de connaissances qu'elles exigent ? je veux parler de ces connaissances pratiques qui s’acquièrent par de longues et de eontinuelles relations avec les diverses classes d’indigens. On ne peut bien connaitre les pauvres qu’en les voyant chez eux: ilen est plusieurs qui endureraient toute espèce de souffrance plutôt que de recourir à la charité publique ; il en est un plus grand nombre encore qui mourraient plutôt que d'entrer dans une maison de refuge : il en est qui, certainement, n’ont jamais paru devant une cour de justice.
Pour réussir dans l'étude du paupérisme, il faut se bien pénétrer de cette pensée que les indigens sont des hommes en tout nos semblables, possédant les mêmes droits que nous, doués comme nous d’une âme immortelle, enfans comme nous de celui que nous appelons notre Père céleste. On doit, en conséquence , ne s'occuper d'eux qu'avec le respect, l'intérêt et l'affection qui leur sont dus, en vue de notre
NOTES. | 405 commune origine et des rapports qu'elle établit entre nous. Ce n'est pas qu'il faille oublier les devoirs des pauvres envers la société, et faire servir la charité à l'encouragement de la paresse et du vice , mais on ne prendra jamais de mesures efficaces pour Îles soulager et pour en diminuer lenombre, tant que ceux qui les assistent n'auront pas gravé dans leur cœur Île sentiment de notre commune nature, et qu’ilsn'agiront pas d'après les larges principes de la justice et de l’humanité chrétiennes.
$. 2. Des pevorns DU MINISTRE DES PAUVRES.
Le ministre des pauvres doit exercer toutes les branches de la bienveillance envers les indigens dont le soin lui est confié. Il doit d’abord leur donner l'assistance matérielle nécessaire pour les mettre à l'abri du froid et de la faim. Mais après avoir pourvu à ces besoins pressans , il doit regarder plus haut et plus loin. Un grand nombre de pauvres sont exposés a de vives souffrances, et si l'habitude les allége en partie, ils n’en sont pas moins tristement abandonnés à eux-mêmes ; souvent ils ne savent pas se procurer le bien-être qui serait à leur portée. D’autres dépensent à satisfaire leur intempérance et leurs appétits déréglés le salaire qui devait fournir à leurs familles les vétemens et la nourriture. Quelques uns sont inhabiles ou paresseux ; ils ont besoin d’encourage-
mens; mais sans entrer ici dans plus de détails, le service le plus important qu'on puisse rendre aux pauvres, soit sous le rapport de leur bonheur présent, soit pour les former au devoir et préparer dans leurs cœurs l'accès aux sentimens religieux, c'est de les aider dans l’éducation de leurs enfans. Ces enfans, s'ils n’ont d'autre guide que leurs parens, ne seront peut-être pas envoyés à l’école, ni soumis à une discipline domestique ; ils grandiront dans l'ignorance, la désobéissance, le vagabondage et le crime. Quelquefois on opère un grand bien dans une famille en l’engageant à changer de demeure, et en la soustrayant ainsi aux dangers d'un mauvais voisinage : on lui est utile par des avis judicieux qui l’aident à sortir d’embarras, ou par des secours donnés au temps de la maladie. On obtient ainsi une influence salutaire qui permet ensuite de travailler avec plus de succès au bien moral des individus. En un mot, le ministre de la charité doit être l'ami des pauvres aussi bien que leur pasteur ; et pour cela il faut qu’il connaisse, non seulement leurs dispositions d'esprit, de cœur et de caractère, mais encore les moyens de les modifer. Il arrive fréquemment que les circonstances qui causent les souffrances de l’indigent sont indépendantes de sa volonté, bien qu’il soit au pouvoir d'an bienfaiteur d'y porter remède. Ces circonstances devront alors fixer l'attention du ministre des pauvres : car s'il les
NOTES. 407 perdait de vue, ou les regardait comme indignes de son intérêt, je ne crois pas qu'il püût résulter un grand bien des services qu'il leur rendrait.
Celui qui embrasse ce ministère ne doit pas oublier qu'il est appelé à servir de lien. entre les diverses classes de la société. S’il s'adresse à l’indigent comme ministre de la religion , il doit s'adresser aussi, et comme revêtu du même caractère, à ceux qui vivent dans l'abondance ; car, à moins qu'il ne possède des biens considérables, il ne peut exercer son ministère qu'en devenant le distributeur des aumônes du riche et en étant soutenu par ses largesses. Il aura donc des occasions constantes d’exciter Je pauvre à la reconnaissance envers ceux qui assistent, et il se gardera bien d’ÿ manquer ; il cherchera à donner aux indigens une Juste idée des rapports que Dieu a voulu établir entre les divers besoins et les intérêts variés de ses créatures , rapports d’où résulte entre elles un échange de devoirs ; il leur inspirera ces principes de droiture et de fidélité qui trouvent leur application dAns les moindres emplois et dans les plus humbles occupations. D'autre part, le ministre des pauvres pourra seul faire connaître au riche la pauvreté, ses souffrances et les rémèdes à y apporter; animer la sympathie et la charité des heureux de ce monde ; établir entre eux et les indigens les rapports qui doivent exister entre les enfans d'un méme père , quiont
des intérêts commuos et inséparables. Ainsi, ce ministère sagement rempli et justement apprécié par ceux qui s'y dévouent, deviendra une source de bénédictions pour le riche comme pour l’indigent ; il entretiendra entre eux des rapports touchans, et réprimera le paupérisme. plus efficacement qu'aucune législation ne peut le faire.
. 3. Des PRINCIPES ET DES SENTIMENS QUI DOIVENT