‹ De la charité légaleChapitre 92 sur 106 · DIRIGER LE MINISTRE DES PAUVRES · texte numérisé non relu

DIRIGER LE MINISTRE DES PAUVRES

Pour qu'un ministre des pauvres puisse remplir sa tâche avec joie, il doit regarder les indigens comme des frères, être animé d’une vive sollicitude pour leur perfectionnement moral et pour leur bien-être matériel: Ce désir de les voir heureux, cette vraie sympathie , est la première garantie de l'utilité de son ministère. Ces sentimens affectueux le guideront à travers les difficultés, et l'affermiront contre les obstacles qu’il rencontrera sur sa route; ils lui suggéreront de nouveaux modes d'action quand les anciens seront usés; ils le rendront patient avec lés esprits stupides, indulgent avec les caractères faibles et susceptibles , affectueux et persévérant avec les êtres endurcis, doux vis-a-vis des plus violens ad- versaires. Ainsi il gagnera par degré les cœurs les plus inflexibles et les disposera à un respect et à une confiance qui lui sont nécessaires pour travailler eff.

cacement à Jeur régénération morale. Je ne crois pas qu’on doive renoncer à cette vocation par cela seul qu'on n'a pas éprouvé dans tous ses degrés ce tendre intérêt pour des frères pauvres et misérables ; mais il me semble que si, après s'être voué sincèrement à cette œuvre, on ne sent pas que tes impressions se développent et remplissent le cœur, on doit reconnaître qu’on n’a pas choisi le service auquel on était appelé par la Providence.

Le second sentiment qui doit animer le ministre des pauvres dans l'exercice de ses fonctions est celui de ses jmperfections et de sa faiblesse; qu'il en soit bien pénétré lorsqu'il parlera aux autres de leurs fautes, et il verra quel est le degré d'intimité qui se formera entre lui et les personnes qui sont les objets de sa charité. Il faut en avoir fait l'expérience pour croire à toute l'influence que peut donner sur les esprits les plus effrénés cette sympathie qui naît de la couviction profonde de notre propre misère. Il est peu d'hommes, quelque endurcis qu’ils soient, qui n'aperçoivent , sans s’en rendre compte, l'action de ce principe dans l’âme de celui qui leur parle ; il est peu de consciences assez cautérisées pour y rester insensibles. Le ministre des pauvres qu’animeront de tels sentimens ne sera jamais dur, impérieux ; il n'aura point des manières blessantes, il ne parlera à

l'indigent coupable qu’en termes affectueux : sa charité le rendra éloquent et lui gagnera tous les cœurs. Le ministre des pauvres doit prêter toute son attention à la situation de chacun des individus dont il s'occupe, découvrir quels sont ses principes, ses penchans, les conséquences de l'état qu'il a embrassé, de la vie qu'il mène, et les influences domestiques qui l’ont conduit soit au bien, soit au mal ; il doit étudier quelle est sa tournure d'esprit, quelles sont les dispositions les plus chères à son cœur et Les babitudes qui le dominent, afin de cultiver celles qui pourront améliorer son caractère. Quelques hommes, quoique très vicieux, ont reçu une éducation religieuse ; il leur en restera quelque germe , qu'il faut avec-soin chercher à développer. D'autres, au contraire, ne connurent jamais leurs obligations comme chrétiens, et ne reçurent point, dans leurs premières années de bonnes impressions morales ; cependant ils ent un sens moral. ils ont une conscience : la tâche de celui qui les dirige est de réveiller ces facultés presque éteintes. Quelques uns furent élevés dans une position aisée, tandis que les autres ont toujours vécu dans l'indigence ; il est donc nécessaire que le ministre des pauvres apprenne à connaitre ces circonstances variées qui exercent une influence boyne ou mauvaise sur les individus.

NOTES. 4rt Un sentiment dont il doit être constamment pénétré en remplissant ses fonctions, c'est le respect pour les facultés et les droits des hommes. Quels sont les droits, pensera-t-on peut-être, quels sont les droits qui appartiennent à l'ignorance, à la dégradation , à la dépendance et au vice? Quel respect doit-on à ceux qui ne se respectent pas eux-mêmes? Je répondrai que les facultés et la nature d’un être immortel, qui est susceptible de s'attacher par un libre choix à la vérité et au devoir, ont les plus hauts droits au respect d’un ministre de la charité. Quelque perverties qu'elles soient, ces facultés ne sont pas amorties ; c'est précisément l’une des attributions de ce ministère de révéler une âme à elle-même , de la rendre attentive aux dons qu ’elle a reçus, au rapport qui s'établit entre son sort à venir et la condition morale dans laquelle elle se place. Le ministre des pauvres ne doit jamais considérer une créature humaine comme devant étre délaissée , comme étant en dehors du cercle des miséricordes divines, des efforts et des espérances de la charité. | Enfin , il est un autre sentiment qui doit accompagner le ministre des pauvres dans l'exercice de ses fonctions : c'est celui qui le portera à recourir aux lumières et aux secours que Dieu seul peut lui accorder. Je ne connais pas, dans le domaine de l'activité humaine, une sphère où l’on éprouve davantage le

Ava NOTES.

besoin de l'assistance divine que dans le ministère des pauvres; il faudrait qu’un esprit füt étrangement constitué pour ne pas étre vivement frappé de son impuissance, de son insuffisance personnelle , lorsqu'il se trouve en face du spectacle varié des faiblesses, des besoins, des souffrances, des épreuves, des tentations ; des penchans et des habitudes qu'il doit combattre sans cesse, s’il veut atteindre le but pour lequel l'Évangile l'appelle à déployer son intérét , sa sympathie et son activité.

$. 4. Des QUuALITÉS QUE DOIT POSSÉDER UN MINISTRE DES PAUVRES.

Les fonctions d'un ministre des pauvres sont ass milées par plusieurs personnes à celles d'un missionnaire. L'un et l'autre office requièrent en effet une profonde piété, un cœur plein de bienveillance et un désir ardent dé faire le bien. Ces qualités doivent être prédominantes chez celui qui se destine au ministère des pauvres ; mais elles ne lui suffisent pas. Pour apprécier l'état moral de chacun des indigens dont il s'occupe, pour leur donner les instructions et les directions les plus convenables, pour les aider à conduire sagement leurs affaires, et pour ne pas opérer plus de mal que de bien par la distribution des aumônes qui lui sont confiées, il faut qu’il connaïsse le cœur humain, qu’il ait du jugement, de la

NOTES. 413 réserve, de la fermeté, et qu’il exerce une surveillance active. Il convient qu'il entretienne dans le monde des relations sociales, afin d’être à même de procurer de l’ouvrage aux pauvres qui sont inoccupés, et de fournir aux personnes qui se trouvent momentanément dans la gène les moyens d'en sortir. IL doit inspirer le respect par son caractère, afin de pouvoir exercer de l'influence sur les pauvres que les circonstances et leurs vices placent dans des situations pleines d’écueils et de difficultés. La diversité des inclinations et des positions des personnes à l'égard desquelles il est dans le cas d'exercer son ministère exige qu'il ait des facultés variées. Comme il est à désirer que les ministres des pauvres appartiennent à diverses communions, il importe que ce ne soient pas des hommes dominés par l'esprit de secte , mais des chrétiens d’un esprit large et généreux , qui vivent unis entre eux , qui se prêtent une bienveillante coopération dans l’œuvre commune à laquelle ils travaillent, et dont l'affection mutuelle soit vivifiée par la pensée du glorieux héritage auquel ils sont tous appelés à participer. Le ministre des pauvres ne doit pas se proposer le but de réunir à son église le plus grand nombre possible de personnes, mais le but plus élevé d'amener le plus grand nombre possible de personnes à un christianisme pratique ; il doit se tracer une limite qui renferme

toutes les familles pour lesquelles il peut ètre un pasteur fidèle et un ami chrétien , et s’efforcer d'amener les individus qui ne professent aucun principe religieux non pas à être membres de l'église anglicane , ou presbytérienne, ou catholique, mais simplement à être disciples de Christ. Ce que je redoute surtout pour ce ministère, c'est l'esprit étroit de parti : nous avons trop vu ses inconvéniens dans les œuvres chrétiennes, entreprises par ceux qui en sont animés, pour ne pas chercher avec soin à en préserver cette institution nouvelle.

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