IT. JO
l4& BB LA CHINE. LIT. V.
-- — rr^ » cieu8»nefoiirDitpasdegrains.)» Gesmaximes Chine; ses ne soiit poiiit celle» du peuple, et, quoique M^iLcs , ses les mines soient fermëes , les Chinois n>n rivières. ^^^^ ^^ moinsun très-grand commerce d'or. pr<iiig<i popuui. Les Chinois ra[^ortent de quelques-i^ncs
rcs «ir les mer- •■»/%•
^•iiies de^<i«*i- de leurs montagnes des phénomènes singu^ liers et extraordinaires , qui donnent l=a. mesure de leur crédulité. Il en est plusieurs , disent-ils , qui ne produisent que des berj[>es utiles et salutaires , et où tontes les autres ne peoTent croître. Ils assurent que quelquesunes ont la propriété de rendre immortels ceux qui s^ retirent ; qu^une montagne du Chêne -si, qui a la figure d'un grand coq, chante quelquefois si haut, qu'elle se fait entendre de trois lieues ; quMne autre , dans la proTincedeFou-kiene, s'ébranle quand le ciel menace de quelque orage , et se balance en différents sens , comme un arbre que le vent agite. On en voit une dans la prorince de Kiansi , qu'on nomme le Dragon^tfgre , parce qne lès bonzes prétendent que sa partie supérieure, qui a la figure d'un dragon , s'élance sur celle qui est au-dessous , et qui représente un tigre. Les Chinois préconisent sur -tout une montagne du Fou-kiene , qui , dans sa totalité , n'est autre chose , selon eux , qu'une
fitSTOIKË NAT01I£LLS« (4?
sidtae OU figure d« dieu JFîo/Cc coloade est si ^JîilI^TTT^ mondtnteox , que les yeax eti sont \»gei de ^»"« » «^ plusieurs milles, et le nez IcHig de plusieurs s«»Jacs, ses lieues. Gomment les Chinois y qui aiment le^ ^ *** beautés camuses, ont -ils pu donnera leiir idole faTorite un nez d'une si prodigieuse étendue ? Il faut bien que la configuration de cette montagne ne soit point leur ouvrage.
Une singularité plus réelle , et qui doit plus î:™ iq^îf rV! intéresser que ces contes populaires , est celle '^'' qu^obserrent les voyageur» qui se rendent d^Yan-tchon^hiene à Ou-tcheou , sur la fron-» . tière du Kouan-si : ce sont des roches isolées d'une hauteur extraordinaire » et qui imt la forme de grosses tours carrées , que Toeil voit avec étonnement sMlever au milieu des plus vastes plaines. Il est asse& difficile d'expliquer Torigine de ces masses quadrangulaire» , i moins qu'on ne suppose qu'elles furent autre* fois des montagnes , et que les eaux da cid ajrant peu-à^eu fait ébouler la terre qui lék environnoit , elles les auront à la longue âihsd dépouillées et mises à no de toutes parts. Ce qui semble donner du poids à cette conjecr^ ture , c'est qu'on voit quelques-unes de ces roches y dont les bases sont encore recouvertes de terre jusqu'à une certaine hauteur.
l48 DE LA CHINE. LIV. V.-,
Climat de la ^^ priocipa^x lac^ de la Chine sont le Chine ; set Ton-tin^hou y situé dans la province de Hou-
moEitagiieft , . *
ses lacs, se» Louan y et qui a plus de quatre-vingts lieues
-' de circonférence ; le Tai-hou • dont une par- Lacs de u aine. ' <^
tie s^ëtend dans le Kian^nane y Tautre dans le Tché-kian ; le Hon*tsé et le Kao-yeou , qui se trouvent dans .la province de Kian-nane , et le Po-yan*bou , formé dans le Kian*si par la réunion de quatre rivières considérables, et sujet f comme la mer , aux typhons et aux tempêtes. Ce dernier lac a près de cent lieues de circuit Nous avons parlé ailleurs du charmant et délicieux lac Si-hou, situé dansleTché-kian (i)« FicuTèi et rifiw £i]tre uuc infinité de fleuves et de rivières
rtt.
qui arrosent ce vaste empire , il en est deu|^ qui jouissent d^une célébrité particulière. Le Le T«.is<-kîaB. premier est le Yan*tsé-kian , ou fleuve fileu. Il prend sa source dans la Tartarie , au couchant des provinces de Cbene-si et 4e Sétchuene; vers le trente-quatrième diegré de ilatitude et le vingtième de longitude ouest de Pé-rkin. Il coule du nord au midi , entre dans la Chine par la province d^Yune-nane , traverse celles de Sé-tchuene , de Hou-kouan , de Kian-nane , et après un cours d^environ sept cents lieues , se jette dans la mer orien*
( I ) Tome I**", page 1 1 3.
HISTOIRE KATURELtE. 149
talc, vis-à-vis Tisle Tson-min, formée à son cKmâideh embouchure par les sables qu^il y charrie. Chine; ses
^ , * montagnes ,
Les Chinois ont coutume dé dire en proverbe : ses lacs , se^ La mer if a point de riv^s , et le Kian est sans fond. Devant Nan-kin y et à pliis de trente lieues de son embouchure , ce fleuve a une petite demi4ieue de large : à son embou-^ churç mémç , il a près de sept lieues. Le passage dti Kian est dangereuiE, et devient de jour en jour plus fameux par les naufrages. Il forme dans son cours ^ <^iest extrémemeM rapide , ti<i grand nopibre dHsles , toutes uti^ les à la province parla multitude dej^c^ de dix à douze pieds de haut , qu^elles prcului*sent y et qui servent au chauffage de toutes les villes voisines. Mais quand les torrents des montagnes enflent le Kian, il devient alors si impétueux dans son cours , qu'il submerge et emporte la plupart 4e ces isles , el dé leurs écbris en forme d'autres^dans les différents ièn-^ . droits de son lit ou il les dépose.
L'autrfe^grand fleuve dela^Chine est le.Hoan^ ^* Ho»n-hp. hô , ô'ést^-dire le fl,euve Jaune. I^es Chinois rappellent- ainsi , parce que les terres et l^ar-^ gile qu'il entraine , aur-tout au temps des pluies ) communiquent cette couleur 'à. ses ç^u:^.. On croit qu'il prend sa source dans la
l5o BE LA CaiNE. LIY. V.
ciimai <u la TarUrie cliiooi$e occUlenUle, rers I«s Iac5 Chine ; se$ TcbarlQ çt Onp , au »ard cl à pea de d»se* bc5 , fCA tancA d« lien ^ lis fteuTe Bi^sii prend loir même nais^nce. Le Hoan-lio coule d^abprd à Test ; il remonte )>ieft(èt t«w le nord » descend ensuite du oord aa midi , et repreitant sa ctirectioo ^v^er^ Parient^ U roale et -va perdre ae$ eaw Umoneitsei» dané la mer qui biigne les ^^te» du Kian-naoe^ assez près de Pemboujt^ure du Kiao, Aiwîeea deux grands fieuTes, fwth d«i vfènrn ciirto(L*de la Tartarife , vieniKeut ftf rondre a<i moitié terkne, aprèsr avoir fi9reottf u^par diSRinenUs route^i une éteild^e de pay> à pen près égide,
Obseneohs cepeudanl: ici que de nonvelles recherches sur les raurces do How^bo , faites aotts le règne du feu ^oopeteur Kiefle-lon^ «^tmblcnt ireeulei* plus loin vers Tôceident , le pèâat.oA ce grand fleu<re pread uàissance. Une ktlreda P. Amibt^ daté& de Pé*bm le do octobre 1 782 y nâU3>Dpptehd qu^Amita « fiU du généitii Akoui , 'an^dit reçu ordre de; i'/9»perenviie suivre le cours du Hoan-^hoetde re* HiontÊT ji:ffiqd^à ââ sçuree. pe rëtoar au bwt dé deuxrsuis ^ Ailiita rendit corapte au. soutcraîn dc^son expédition et de ses découvertes , fi^ue.&iemc^loH s^empresâa ; de rendre publi-
ccate des «ourttsdecc fleuTC.
KISTOIQLS NATUHELLi:. l5l
^ues par un rescrit impérial. « Amita , dit ce ciîmaideia » prince^ s'est très^biea. acquitté de, U corn- Cbîne ; ses ^ miçsiaaque je lui avoi^. donnée; la boussole «es lacs, su
^ . • •! • • • . 1 Ti rivières
» a la mam > il a suivi jour. par jour le Hoaa- ^ ho , et est enfin arrivé à sa véritable source. » Il m'a offert la c^rte qu*il a C^ite , i^ m'en a » donné Texplication de viye voix > et je l'ai jo ensuite examinée à loisir; tout y est clair ^ » exact et précis. Plus loin que Si-nin » et à » l'ouest de Sine^ourbai, d'où Ton crojroit » ci-devant que.le Hoan-^ho prenoîtsa source , » il y a une rivière que les gens du pays nom- » ment Alotan-koiiolo. Ces deax mots sont » moungous , et signifient ce que nous expri- » moAs en chinois par les mots Hoan-kine-ho » ( fleuve d'or ou fleuve du métal jaune ). » G'çst de la rivière Alotao-lkouolo que le jfk Hoan-ho tire exi particulier sonjciooide » finale Jaune , parce que les eaiw sont là 7» d^uRe couleur très-jaune. Sous k«> Uank^ » sous les Sq^ et spus tes Yi;?£XS|.oa avoit '» &it diverses tentatives. pour r^nonter jus- » qu'à la source primitive 4efe fietiveuGeux » qui furent envoyés la qua^ran^t^-ti^oi^ènie » année du règ^e dfi Kan-bî, n'allç^riçnt que » jusqu'à Sine-sou-bai I :et çrurept que c'étoit »< de laque tous les rui6$eaux réunis partoient,
iiTier«&
l52 BE LA CHINE. LIV. V;
rr TT" »' et qu'ils fermoient une rivière qui , à raison
Climat de la ^ , ,
Chine ; ses » de U Goqleur jdé ses èaujc ; a été nominée la
montagues , i>/ m ♦ ^ a •* ^ *^ i
ses lacs, $e$ » Hmere jaufie Amiia est remonte plus
» haut^ Apres s^'étre . assuré que les eaux de y> Sîne-^ou-hai veuoient de la rivière Alotan- » kouiJoVila wî^He éoùrs de PAlotan, et y> est p^arvenu jùsqù^â Alo^an*kaiasou4(aoIao o> ( roèhe dW de l'étoile polaire ). Cette ro- »> • ehe a^ été ainsi noniHiée à cause que par » 'sa hauteur^ qui e^f déplus dé cent pieds, et » de sa couleur , qui* est- d -un jaune d'or en- » tremél4 de quelques .veines* rouges » elle » brille dérldin et pteut servir de visée coiïinie » rétoile polaire. Sur son sommet est un lac,. » appel-é par ceux Au p^ys lue du Ciel ; du >> sein die^ ce lac' sortent en bouillonnant plus ^ de, cei^t di(téi?ente& sèurces d'une eau d'un »• tfès-beau jaune d'or^ Les'eaujc, en se ré- M pandattl de difierents côiés^ de la roche, o»« pi'Oduisent plusieurs ruisseaux , dont la 'i>^ réuDion^forme élle-raéme la rivière Alotan, »-• d*o4 së' forme ensuite i par le mélange de -'» quantité d'autres eaux , le fleuve que "nous À nomirioris' eh chinois fToan-Âo. »
Lé flêùVe Jaune est fort large ^ très-rapide , mâiis peu p'^ofond et peu' ^avigablcv Souvent il «IrrîHre (jue dans ses débordements ilense vcKt
le fleute Janae.
HISTOIRE NATURELLE. l53
des villes entières ; et il a fallu , pour le con- cn„,atdela tenir , élever dans plusieurs endroits de Ion- Chine ; $e«
* , montagnes »
gues et fortes digues , qui' n'empêchent ce- se^hcs , ^^s pendant point les villes d'alentour de* craindre encore ses inondations: Aussi a-ton eu soin dans la province de Ho^ané; dont les terres sont tirés-basses, d'entourer la plupart ^des villes, à la distance d'un d^smi-quart de lieue , d^un fort rempart de terre , revêtu de gazon. •
M. Barrow, l'un des Anglais qui accom- S^**B^"nr.a*r
pagnoient le lordMacartney , traversale fleuve
Jauiieàsdixantè-dix milles de son embouchure
dans la mer* « Il n'a guère là, dît^il , qu^un
» mille de large , et dans^le milieu du courant
». la profondeur est de neuf à dix pieds. Ce-
i> . pendaM , quoique le pays soit très^ plane ,
» le cottcant du fleuve est si rapide, qu'il fait
» sept à huit milles par heure * . « Four éviter
i) toute possibilité d'exagération , supposons
D que dans l'endroit où les Anglaistraviersèrent
» le.^eiLve Jaune il n'eût que trois quarts de
» mille de large , une prbfondeor moyenne de
» cinqipiedsy-etun courant de>quatre milles par
» henjre : de -là \\ s'ensuit ^ue- ce fleuve verse
» chaque heure, dans la mer Jaune un volume
» d'eau égal à quatre cent dix 7 huit millions
Climat de la Chine ; ses i^ontagnes , ses lacs, ses rivières.
j54 0£ I^A chine. LIV. T.
» cent Boixante^seîze mille piedscubeSiOudeux » milliards cinq cent soixante-^troîa millions » gallons (i), (dix milliards deux cent cin- » quanie^iix mîUfs pintes , mesure de Pa- » ris ) : ce qui fait oiise fois plu^ d^eau quele 2> Gange n^en fourmt à la mer des Indes.
» Pouf pouvoir se former quelque idée de ^ la quantité deliraon làelé aux eaux du fleuve ^ Jaune, on &t Texpérience suîvante.Danft Fen- » droit où le courant étoit desept à huitmilles » par heure , on prit un gallon et trois quarts y d'eau , mesure commune. Cette eau déposa » un sédimept qui , lorsqu^il lot compacte et » pressé eA forme de brique, forma une masse » de deux pouces et un tiers cubes. Ce sédi- » ment étoit composé d'un limon argileux , » tris-fin et d'une teinle jaunâtre , et lorsqu'il » fut sec I on le réduisoit aisénBieiit en* poudre » impalpable , en le pressant «entre les doigts. 1» D'après cette proportion , le fleuve porte , » chaque heure , dans la mer Jaune , trois » milliards quatre cent vingt millions pouces » cubes 9 deux millions pieds cubes de terre ; ^ ce qui fait quarantci-huit millions par }Our, » et dix-sept milliards cinq cent vingt mil-
' (i) Galbn , mesure anglaise qui éqiiivaut à ênvl]X)n quatre jiintes, mesure de Paris.
HISTOIRE NATUEBLLE. l55
» lions pari» . . . . Qu^Jqqe^ uns des roya- cii«aidehi >» geurs qui ont parcouru TË^ypte , ont cru ^o*"®'^^"* M que la ouaatiié de limon mêlé aux eaux du ses lacs, ses
rivières»
^ Ifil , dana le temps où ce fleuve déborde « » forinpit ua viiogtîènie de son yolume. Mais » le docteur $haw , o^^rervateur bien plu6 ^ exact., «ayant &it évaporer une quantité don^ » née d^ eau du Nil i trouva que le ré»idu n^é^ 3» toiA :^e la cent vingtième partie de la masse i> première. Suivait la méthode observée pour » estj,aier la quantité de limon contenu dans >v lea ^aux du fleuve Jaune , il piaiTut que le U- » mon, ne formoit que la deux centième par- » tie du volume des eaux. » Ce résultat est bien dliïéxfRi de celui que donne Yarenius dans sa Géographie géwmk , chap 18 , où il avance que le limon et les sables charriés par le Hoan-b^ forment presque le tiers du vo'^ lume dç '^^ eiiu^, C*est 9i^si que Terreur trouve, plaod jusque dans le$ meilleurs ouvrages* 11 est vrai cependant que les Aurais convienifient que^ par les circonstances de leur expéi'ieiice t il ^ dû se pe^dre une quantité considérable de Umon (i)« .
On doit syr-tout admirer rintelligence avec iJi^V. ;,"/'; laquelle les Ghinoiasavent tirer le parti le plus ^*'"'^"'
l56 DE LA CHINE. LIV. V.
^jj ^jj^j . av^nlaçeux de Pheureuse situation de leurs Chine; ses lacs et de IçuTS rivières. Un de leurs plus
montagnes , r \ \
se$iacs, sei grands ouvrages en ce genre est la célèbre I route qui conduit par eau depuis Canton jusqu-à Pé-kin , et qui lie toutes les provinces du midi à celles du nord. Cette route est de six cents lieues , et la navigaticm n^est interrompue qû^à la montagnp Mey-line, qui sépare la province de Kian-^i de celle de Kouan*ton , où les voyageurs sont obligés defairedix à douze •lieues par terre. On peut cependant ne pas quitter les bairques , Wsqa^on dirige sa route par les provinces de Kouàn-si et de Houlouan.
Le lord Màcarto^y et soi» cortège suivirent le capal impérial en revenant de Pé-kia à Canton , et franchirent le passage des mon^ tagnesde Mey-line, « Bientôt les Anglais corn- » mencère^t à e^alader la plus baulède ces » montagnes , le sommet de laquelle étoit A>- confondu a^vec les nuages qui l^environ- » noient. Quelqiîies-uns des voyageurs cru- » ^rent vodr que deux de ces nuages restoient ^> immobiles et étoient séparées par un espace » régulier. Mais quand ils eurent parcouru » en montant un gi^nd espace de terrain ^ yk auquel on a £)it faire l^eauc^a{> de sinuosi-^
HISTOIRE KATUB£LL£. lS>J
* lés pour qu^on puisse y passer à cheval , ils ciîmiit de la » virent avec étonnement que ce qu'ils avoient ^**^"*^ ^ *«"
* ^ montagnes ,
» pris pour dçux nuages immobiles n'étoit sçs.iars, ses
' '^ rmères.
» que le sommet d^une montagne , dans la* » qaelle on a creusé un passage très- profond. » Quelque difficile que soit encore ce passage , » il Test beaucoup moins qu^il neTétoit avant » que le sommet de la montagne fût partagé. » Aussi la statue du mandarin qui a fait exé* » cuter cet ouvrage occupe-t-elle une place » dans Pun des temples des environs (i). » Diaprés leurs calculs , les voyageurs donnent à cette montagne huit mille pieds d'élévation au-dessus du niveau de la mer (a).
Le canal impérial, qu'on nomme ïu-ho, s« direction. commence à Ilan'tcheou-fou , capitale de la province de Tché-kian , traverse celles de Kiannane et de Chane^ton , et après avoir parcouru un espace d'environ cent soixante-dix lieues , se termine à la ville de Line-tçine , d^où les barques remontent la rivière d'Yunelean-ho et ensuite celle de Pey-ho , qui les conduit à Pé-kin. C'est sous le règne d'Yonlo, troisième empereur de la dynastie des
(i) Voyage de lord Macartney, tome IV, page a43. (a) Fqyez tome P*^ de cet ouvrage, page 190.
ï58 DE LA CHINE. LiV. V.
Climat de la ^'^ » ^^^ ^^ immense oflvrage a iié mis à Chine ; ses p^Q près daiis Tétat où on le voit aujourd'hui :
montagnes i * *
ses lacs , ses SOUS Ics cmpercurs moungous ou les YueUe, il
rivières. . , , . . . , i
ne s^etendoil que dans une partie de la province de Chane-ton , depuis Lîne4çtne jusqu^à Tsi-nin.
?-«*'ira7iîc"! On sent combien il a dû en coûter de tra- ***"' vaux pour opérer la communication d*on si
grand nombre de rivières , et combien d'obstacles ont dû se rencontrer dans P^ëcution d'un canal aussi ëtendo: des ouvrages de toute espèce , des ëclnse^ , de&digues , des levées en pierres de taille , ont forcé par-tout les résistances de la nature. Dans les lieux bas et ma^ récageux , le canal , exhaussé et contemi entre deux chaussées , conle pour ainsâ dire enTair, et promène à longues distances ses eaux suspendues plusieurs toises au-dessus de leur ancien lit. Il ne présente alors aux yeux qu'un aqueduc immense, dont on admire la hardiesse, lorsqu'on pense à l'énorme yolunie d'^eau qu'il soutient. Partout où le canal est ainsi suspendu , les chaussées qui le renferment sont soutenues par des murs de douze pieds d'épaisseur , composés de blocs de marbre lies les uns aux autres par des crampons de fer. Dans les terrains montueux on découvre d'au-
HISTOIRE NATURELLE. iScj
très prodiges : on y a pour ainsi dire fenda les ciin^^t de la montagnes, pour ouvrir on passage au canal : ^^'^^^ * ^^"^
'^ * r o montagnes ,
en quelques endroils, il a fallu creuser jusqu^i ses lacs, ses
. . , , . mières.
qaatre*Yingts pieds pour trourer le niTcau.
Les dignes chinoises , partout oà il a été îe^îd^u^S" nécessaire d'en élever pour contenir les eaux, **** sont aussi belles et aussi régulièrement construites que celles de la Hollande. M. Van- Braam en a vues qui avoient cinquante pieds d'épaisseur à leur sommet (r). Du côté de Peau, elles descendent et se prolongent eii talus très-inclinés ; principe de construction qui n^a été adopté que depuis environ soixante ans pour les digues de la Hollande , où il semblait qo^on eût ignoré jusqu'alors que Teaa a moins d^action contre une surface trèsinclinée que contre un plan presque vertical. Ce principe dliydrostatique a été connu des Chinois depuis le temps qu'ils construisent des digues, et l'œil observateur retrouve la trace de cet esprit géométrique dans tous les travaux qu'à exigés la difficile exécution de cette roule impériale.
A ce canal principal, qui traverse tout ^.•^•yv*;,^"^ Tempire, on en voit aboutir un grand nom- ""*"' bre d'autres qui se prolongent dans les terres,
(i) Relation de V Ambassade kollanduUej tome II, page 48.
l6o DE LA CHINE. LIV. V.
cumaideia ^* communiqjuent aux villes ^ bourgs et vil- Chine ; ses lagcs voisius. La plupart de ces canaux pard-
inontagnes , ^^ r ir j.
SOS lars , ses culicrs oiit été cxécutés aux frais de la commanaute de ces villes et de ces' bourgs , qui n^ont ménagé ni peines ni dépenses , pour se procurer le précieux avantage d'avoir une communication facile pour le transport de leurs denrées dans toutes les provinces de Tèmpire. La patience et l'opiniâtreté chinoises , dans ces sok'tes d'entreprises utiles , ont même surmonté des obstacles qui auroient peut-être effrayé tout autre peuple. Telle est , par exemple, la partie d'un canal ^ui conduit de Chao-hin à Nin-po (province de Tchékîan ). On trouve , en cet endroit , deux canaux dont les eaux ne se communiquent poin t , et dont le niveau diflere de dix à douze pieds. Pour rendre ce passage praticable aux barques , lés Chinois ont construit un double glacis en larges pierres , ou deux plans inclinés qui s'unissent en angle à leur extrémité , et s'étendent de part et d'autre jusqu'à la surface de l'eau. Si la barque est dans le canal inférieur, on la guindé, par le moyen de plusieurs cabestans , sur le plan du premier glacis , jusqu'à ce qu'étant élevée sur l'angle , elle retombe par son propre poids le long du second
HISTOIRE NATURELLE. |6l
glacis dans Peau 4^ canal supérieur, où elle ^iîi^^îdkir se précipite avec la rapidité de la flèche ^ IX ^^*"* » **^
* ; * '^ ' * ' ." , montagnes ,
est étoiuiant que cesf .barques^ ^ qui saut 0]:^i?r s^^Jac^. sts
r t ^1 e ' rivières-, .,, ^
nairemept fort ..iongueset tresrchaf g^^s , :fiq se
rQp[i|>ent point pa^: le.miUeu<{ lomqu-eUes, se
trouisreat s^nsibalaiPkcees.fi^ilVrïSiir çe-t isi^gle
aiguv ^Cependant jOp nç : dit* pas • qu^^ jjimve
d'aççi44nt à çe;pa$èl^9,vlj( enivrai qift^oii>.Ia
préiEStutiop de a'^ap^l^y^jpôut Caire lil qtàitle
de f^ps barques. qii^ un boi^ extrêmement 4ur ^
et.eapaiblfi.de i^si^teri^à »lafviolepi^6. d$ cet
effort. J^i capitaine ]VU<:ldntQ$h, en s^ren^nt
^e H^PnlfiijeOilrfiw iataâ^es de Tch^
pour yj*iûinàffîi^t)ni:yaie»eau:, ^suiyÀt. le canal
parjîç.ulwaî qne nr^s.d^criisons. On (V<«t,pansa
retaUcosb que f^kwit^^ jifu% slanc^v s^rw tme
vékkçj^^ipi^odisleiiâe; 4i(4'#n Ciîfilal) sMipérîekiF<
dana un autrerfiîIiiiéWilt w^*Qiî$<;^^.: . /
î^çmst 'tenniiieq<>n&ibe$. détails pair lea^^ob^ir^ Tatijcèi^iS dêis.voyagetfrsapgkûs sur If^/Cjs^nal ifUT^ pédaib ff;Ceigi[^ndt^H4vf jBige^ •^i$Qn|4k»îdîSî[re Arbf^çpnpidjes mn^^ofx dfÊuropev lesquelSfse » prolongent on-din^ireinent en ligne directe , » et sQnt; étroits 6t;$9ns courant. Cellui :4^|la< » Chine fait be^uOQup .de^iniioaités dans son » cours, Il est 4!uAf: largeur inégale » même
' (0 ^^ag^ (felêixi M^cartkéjf /tome IV, page 171. n. * II
riritTt%
CKniitdcU '* quelquefois eonsi^ablè , et ses eaux sont
Ghîiic; ats' fc. rendement âtaghantes. Ile^t rare qtreses
ses lacs , s€a u^ éclu^eis sôfetit à ittoiAs d -M MSUe ^e ^tance n rune de Tairtre, Peau ft^yfcht qùe^^ de iir^(^irHantdéf]isbëdud(^j^d'^èMi^ Cèsicluw'éés tt'ônt poiiitkfe pèï*t^ ecWinfè eeHes >» d'Efuro^; elIeS' feonl d^uiiè ^n^Vuction )^ dirHjytei» j&dlès à otitirir '^t k fe^M^r^ et i> »'«xigeM (|U'61à«M:reil^ ^ to(ai^1L. E\h% » 'ironèistenf en '^uelq'uës {ilat^eli^s ^ qvfoû )» pose sépairéiAènl-râiïe ad<-dêss«s â(a ]^4^$re , 3» dâlis là liriiMi^ d^ ^lèûit'tMJMiei^piKet*^ de » j^kt^è^ à^vstot^és 4<»s 4eWk^ bâtés ^dà^Âiàl» li <àC^*ayàtttentiferê8ikque4He8]^Qe^t4;si«i^ 3» <pOqr ie pâlsèage ^dèspltisH^oâ Màit^isà^/r..., À II fem Mt i^^hii «^e«sie *pâ«t' ^fM^ ks 3» iyâteafn^ q«ii pâs^eMi>par >}^>^)Me^ii'é)^lt^ » vent |tols ^tieh}uetteold^àti^Sli'Cotil^^ifeâ<6e, » il i ta stn^ le devà^l ^de l^qxie tiftêtftt ua » : très-g)^A àtlitiW 3 pdf iè)(Qbyeti dy (^1 uti » hoitim^ à^ Pîé^âpagê 4ecgëâ^'eiëi)ë <b^t ^bièn. )» Pendant ce teAfts-là d^M^fy^n^ ^omttiëSi pla^- » «éà ëtfr les ^iàek'è «t Utiirtit dès tùMfiëlâà de » peau tembotiiYésd^ eritf, ^émpétfi«tit <}ue » le bateau ûMpt'ouve ci<ièlc|ue àVàrîè , en » heuttant contre ces piliers. De légers pôtttts | » de bois sont jetés sur les piliers , et on les
HISTOIRE NATUBELLE. l63
» retire très-aidément qtiaûd les bateaux ont ciîmatdeU » besoin de passer. Les écluses ne s'ourrent' ^^^^^ » *««
^ montagnes ,
» qu'à des îteures marquées f et alors tous les ««lacs , ses
. . , , rivières.
» bateaux jqm se sont rassembles passent en » payant un Wger péage ', qui sert à Tentre- » tien des écluses et^te bbWsidu canal (t). »
La montagne Mey-lîne; tiôrft nous venons de ^T^TJn\«" rit»
parler , donne lieu à une observation qui tient "*"*
à la physique générale des "méi-s. ^oiis lé»
physiciens instruits «avént que les cdloàtleV
qui composent la masse' d*ùn fluide homogène
pèsent également les unes sur les autres , et
que ^équilibre dans leqiiipl tttes se soutiennent
produit le niveau ^e la sbtfetc tiu fluide.
Quoique ce fait ne s^drit pas' èontcsté , on* tie
convient dépendant pas généralement que tou-^
tes les mers qui àe^otttrittifiiquent soient à la
même hauteur et dans u» tealèt niveau. Quel--
ques^ttns regardent eîkère dette question
comme p^obl^atîquev et doutent ii la sur-
face* de ' la mer rfe^t' pais jîAus élevée en ter-*
tains etfdraits que dans -d^'autres :de là 4eé
objections si Souvent t*épétces contre Pou-
verture 4^s isthmes* dé 6uez et de Panama.* Le
fait qu^e je vais exposer sembleroîlfavoîiigfer c«
dernier sentiment , qui me 'paroît toutefois
(i) Voyage de lord Maùartney , tome IV, page 85.
-l64 DE LA CHINE. LIT. V.
Ctimatdek ^^P^ moins vraiseinblable. De la haute mon- Cbîne ; st$ tafi[ne de Mey-lîne sortent deux rivières ; T un e ,
montagnes , ^ , '
ses lacs, tes appelée Pé-kian, coule vers le sud, et après
rivières. '"^. , . ^ .. , . ^^
avoir arrose cinquante lieues.de pays , se jette dans la nier sous les murs de Canton. L'autre, ^ qu'on nomme Kane^kian, prend sa direction vers le nord, qu'elle change insensiblement en se détournant vers l'est. Elle traverse deux provinces dans l'espace de deux cents lieues, et va se perdre dans la mer orientale , vis-à* vis le Japon. Ces deux rivières partent du même point : celle du sud arrive à la mer , après avoir parcouru cinquante lieues. Celle du nord, avant de parvenir au même terme, décrit, un espace quadruple, et son cours. est coiistamment plus rapide. Elle semble donc descendre à une plus grande profondeur : la mer qui la reçoit n'est donc pas aussi élevée que celle qqi baigne Iç rivage^de Canton. Cependant ces mers SQnt parfaitement lil^res et ouvertes , et les embouchures des deux rivières , même en suivant les sinuosités des côtes qui les séparent , ne sont pas éloign^ de plus de[ trois cents lieues* Ainsi , dans un espace si peu étendu , on trouverqit donc que deux por* tions d'une qaémemer ne sont pas de niveau , que leurs surfaces n'ont pas la même cour-
bore , et ne peuTcnt faire partie d'une même climat de b sphère. C*'*"* î »««
* ^ ^ montagnes ,
Voici un autre phénomène qu'offre encore ««.lacs, ses une riTière de la Chine , et qu'a observé le ^ - P. le Coûteux, missionnaire français. Cette lî^^eioîîî.'^i rivière coule vers Ché-pai , grosse bourgade îîiîi* ^ *** située au-dessous de Ngane-lo , dans la province de Hoù^louan. Nous ne changerons rien au récit du missionnaire. « Quelques Ueues ail- » dessus et au*dessous du bourg dé Ché-pai , » la rivière se trouve considérablement dimiy> nuée , sans qu^ se fasse aucun partage de » ses eaux ; et à huit ou neuf lieues au -des- » sous , elle reprend sa première grandeur » sans recevoir de nouvelles eaux , autres que » celles de quelques petits ruisseaux , qui , » pendant la plus grande partie de Tannée , » sont presque à sec : vis-à-vis Ché-pai , elle » est tellement diminuée , qu'à la réserve d'un » canal voisin qui n'est pas fort large , je l'ai » passée et repassée plusieurs fois avec le se- » cours d'une simple perche. J'ai toujours été » surpris dé trouver là cette rivière si basse et » si étroite ; mais je n'ai ^ènsé à en chercher » la raison qu'à l'occasion d'un naufrage que » fit une grosse barque, qui appartenoit à une » famille chrétienne. Dans l'endroit où la ri«
rivières.
166 D£ LA CHINE. lîIV. V.
"^jj ^ . ^ » vière diniiaue presque tout* à -coup , elle Chine ; ses » coulc avcc UDC extrêmc rapidité ; et dans le
montagnes y ^
&es bis , set p lieu OU elle reprend sa grandeur , elle est n également rapide. A la sixième lune , que » les eaux étoient grandes et le vent assez fort , » la barque dont je parle arrivant au - dessus » de Ché*pai , fut jetée sur un banc de sable ; » car entre ces deux endroits tout est plein » d^un sable mourant qui change continuelle- » ment de place . Le batelier jeta Pancre jusqu^à » ce que le yent diminuât et lui permît de » continuer sa route; mab un bouillonnement » de sable mouvant , qui vint de dessous Peau , » jeta sa barque sur le côté ; un second bouil- » lonnementylui succéda » puis un troisième i» et un quatrième, qui mirent la barque en
» pièces Quand j'arrivai à cet endroit,
» où se fit le naufi^age , le temps étoit doux et serein ; 'fy aperçus de tous côtés des tour- » noiements d^eau , dont le centre entrainoit » au fond les ordures de la rivière , avec des » bouillonnements de sable. Au-dessous de ces » bouillonnements , Teau éloit rapide , mais » sans aucune chute d^eau. Dans Pautre en- » droit , qui est plus bas , et où la rivière )> reprend sa grandeur naturelle , on n^aper- » çoit point de tournoiements, mais des bouîl-
» lonnements de sable , et la rapidité de la cumai de b » rivière est accompagnée de chutes d'eau : ^^"* » ^^
' • ^ ' ^ ^ montagne:» ,
» oa Y voit de« espèces de petites isles à quel- wsiacs, ^c»
-, - - ^ • rivières.
» que distance les unes, q^ autres. Ce n'est
» point de )a tertre qui paroît sur la surffice de
» Teau et forme ces isles, ce spnt des branches
» d'arbres ) des rqseaux, des herbes liées en-
» seipble. U^ chrétien de ce lieu-là i qui étoit
» sur ma barque, mç le^ fit remarquer, et me
» dit que ces branchages sortoie^t de dessous
3>» l'eau , sans qu'on pût savoir d'où ils ye-
» noient ; et que ces masses , qui avoient sept
» à huit toises de face du côté par où nous les
^» dépassâmes, étoient immobiles, et tenoient
» au fond de l'eau sans flotter; qu'il étoit dan-
» gereux d'en approcher de trop près , parce
» que l'e^u bouillonnoit tout autour ; que ce-
» pendant, quand les eaux étoient fort basses ,
» les pécheurs se hàsardoient à aller prendre
» ce qui sumageoit, pour s'en servir en guise
» de bois de chauf&ge.
» Yoiêi ma conjecture. Je juge qu^^ l'endroit jd de la rivière qui est aurde^sus de Ché-^pai , » l'eau entre dans desgouflfres de s^ble qu'elle » fait bouillonner , pi gu^elle coi^le sous terre » jusqu'à l'endroit qui est huit à ueuf lieues » au-dessous , d'où éUe sort en poussant avec
l68 DE LA CHINE. LIV. V.
Climat de la '* forcc lês ordures qu^elle a précipitées avec montâmes" >j cllc dahs le premier endroit , et forme ainsi ses lacs, ses „ ccs islots d^herbes et de bfanchages qu^on y
riTieres. .
» aperçoit On connoît des rivières qui se » perdent entièrement ou en partie dans la 3> terre , et vont sortir ailleurs ; mais je ne y) icrois pas qu^on ait encore entendu parler de » rivière dont une partie se perde sous son >> propre lit , pour aller s^y rendre à quelques A lieues de là. »
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